Ehud Olmert : « La guerre est légitime, mais prétendre qu’une pression militaire supplémentaire est la solution relève du ridicule »
Publié par Maxence Dozin
L’ancien premier ministre israélien Ehud Olmert, en poste lors de l’opération « Plomb Durci » en 2009, a accordé une long entretien au quotidien italien La Repubblica. Il y dénonce la guerre à Gaza qu’il estime « insensée ». « Nous pourrions continuer à nous battre pendant dix ans, et au bout de ces dix années, il n’y aurait toujours qu’une seule issue politique possible : deux États », soutient-il. Morceaux choisis.
M. Olmert, lui-même a l’origine d’une opération militaire d’ampleur à Gaza en 2009 (l’opération Plomb durci, qui visait à mettre fin aux tirs de roquettes et de mortiers depuis la bande de Gaza vers le sud d’Israël), estime que l’opération que désire entreprendre M. Netanyahou ne sera « ni simple ni rapide », qu’elle pourrait « faire des victimes parmi les otages » et, qu’en un mot, elle n’est, « (comme l’estime la société israélienne), pas nécessaire ». « C’est même l’avis du chef d’Etat major et (des) généraux de l’armée israélienne », soutient-il, se questionnant de savoir si « Netanyahou bénéficie encore du soutien de la société israélienne ». Selon lui, « 70 % de la population israélienne souhaite la fin immédiate du conflit et la libération de tous les otages », sans préciser, tristement, comment opérer pour, précisément, faire revenir vers Israël la cinquantaine d’otages restant – ou leur dépouilles, puisqu'on estime que de nombreux ont perdu la vie.
« L’obstination (du premier ministre Netanyahou) s’explique en grande en grande partie par les pressions politiques exercées par les groupes messianiques alliés au gouvernement ».
« Prétendre qu’une pression militaire supplémentaire est la solution relève du ridicule »
M. Olmert, qui soutient l’appel à une grève générale lancé par les familles des otages, estime que « cette guerre menace la vie de nombreux soldats israéliens, celles des otages, ainsi que celles de nombreux civils palestiniens contre lesquels nous ne combattons pas ». « La guerre contre le Hamas », soutient-il « est parfaitement légitime mais, après 22 mois de conflit, prétendre qu’une pression militaire supplémentaire est la solution relève du ridicule ».
« Ce qui est certain, c’est que des milliers de vies sont fauchées. Et même si la politique israélienne ne vise pas explicitement à provoquer une famine, celle-ci semble bel et bien s’installer. C’est tragique. Et c’est grave. »
L’ancien premier ministre israélien, ancien membre du Likoud puis plus tard de Kadima, parti centriste fondé par Ariel Sharon (*), dit ignorer si l’annexion de certains parties de Gaza est l’objectif ourdi par le gouvernement. « Mais c’est certainement celle du ministre des Finances, Bezalel Smotrich », poursuit-il : « prendre le contrôle total de Gaza, déporter sa population vers un camp humanitaire quelque part au sud, puis préparer le territoire à une réinstallation israélienne ».
« Il n’existe pas d’alternative (à la solution à deux États). Nous pourrions continuer à nous battre pendant dix ans, et au bout de ces dix années, il n’y aurait toujours qu’une seule issue politique possible : deux États. Le fait que le Premier ministre choisisse délibérément d’ignorer cette réalité fait partie du problème ».
« Ce qui se passe à Gaza est tragique et grave »
M. Olmert, qui ne désire pas se prononcer, « au vu des informations dont il dispose », sur la qualification de « famine » en cours à Gaza (M. Trump lui-même va en tout cas en ce sens, NDLR), rappelle que, « même si la politique israélienne ne vise pas explicitement à provoquer une famine, celle-ci semble bel et bien s’installer. C’est tragique. Et c’est grave ».
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