Olivier Rafowicz (Tsahal) : « La destruction du Hamas est aussi une œuvre de libération des Palestiniens »
Publié par Nicolas de Pape
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Pour le colonel Olivier Rafowicz, porte-parole francophone de Tsahal (armée israélienne), la guerre à Gaza menée par Israël “n’est pas dirigée contre les habitants mais contre le Hamas et le Djihad islamique”, accusés par Israël de « piller l’aide humanitaire » et de « plonger leur propre population dans le chaos ». Il balaie les accusations de famine – « il n’y a pas de famine à Gaza » – et rappelle que même Mahmoud Abbas tient le Hamas pour responsable de la situation. M. Rafowicz évoque un lourd bilan pour Israël – près de 500 soldats tués et 16.000 blessés. Il dénonce au passage « l’UNRWA, partie du problème et non de la solution ». Il appelle l’Europe à un sursaut face au terrorisme islamiste et à l’antisémitisme qui grandit en Europe : « En général, lorsqu’on touche aux Juifs, c’est un signe avant-coureur pour des sociétés meurtries par le terrorisme et l’islamisme. Nous espérons un réveil en profondeur des sociétés européennes pour qu’elles réalisent qu’Israël est du bon côté de l’histoire. »
21News : On vous reproche d’organiser la famine à Gaza, de bloquer les camions de vivres…
Colonel Olivier Rafowicz : Il n’y a aujourd’hui aucune limite concernant l’entrée de l’aide humanitaire dans la bande de Gaza, que ce soit par la route ou par les airs, nourriture ou médicaments. La seule chose c’est que, évidemment, il y a vérification par nos soins, des camions. Pour éviter qu’il y ait des armes ou des munitions qui entrent par l’intermédiaire de la contrebande. Mais nous faisons les contrôles extrêmement rapidement.
L’aide humanitaire en tant que tel est la bienvenue. Il faut qu’elle rentre. La seule problématique dans cette situation dramatique de guerre à Gaza (je rappelle que cette guerre nous a été imposée par le Hamas) ? Le Hamas vole, pille, des camions de vivres et les revend à des prix exorbitants ! 2 millions de tonnes d’aide humanitaire sont rentrées dans la bande de Gaza. Il y a des milliers de camions qui sont rentrés toutes les semaines. Certaines semaines, il y a eu moins d’entrées. Pour des raisons relevant d’autres situations.
Des vivres, mais un problème de distribution
Il n’y a pas de manque de nourriture à Gaza, il y a un manque de distribution. Et la distribution aujourd’hui est plus efficace. Mais il y a eu des problématiques reliées à l’ONU et à des ONG. Pour des raisons qui leur sont propres, elles n’ont pas pris les cargaisons qui étaient entreposées au point de passage de Bel Kerem Shalom (point de passage au sud de la Bande de Gaza, NDLR) et elles n’ont pas été distribuées. Heureusement, je pense que sous pression de différents pays dont Israël, la distribution reprend.
Il y a aussi les centres de distribution de la Gaza Humanitarian Foundation (GHF). C’est un procédé américain avec le soutien israélien. La GHF opère dans les zones que contrôle Israël. Israël ne contrôle pas toute la bande de Gaza. Nous contrôlons une partie. Dans cette partie, la GHF distribue sans pillage par le Hamas. Ce qui fait que cela gêne considérablement le Hamas qui s’y oppose. Car cela l’empêche de piller l’aide et de la revendre.
« Il n’y a pas de famine à Gaza ! Il y a une situation de chaos et de tragédie. »
Il n’y a pas de famine à Gaza ! Il y a une situation de chaos et de tragédie à Gaza. Elle n’est pas due à Israël mais à la guerre, imposée par le Hamas, qui détient toujours 50 otages (sur environ 250 dont certains sont morts et d’autres ont été libérés, NDLR). Tout cela réuni fait que Gaza vit une tragédie. Si, là, aujourd’hui, le Hamas libère les otages et dépose les armes, la guerre s’arrête à Gaza. Et la tragédie qui va avec.
21News : Pourrait-on dire que la distribution des vivres est une forme de pouvoir ? Souhaitez-vous, avec la GHF, reprendre le contrôle sur cette aide ? Lors de leur conférence de presse à Bruxelles que notre journal a relayée, son dirigeant, le révérend Moore, a expliqué que la GHF est indépendante mais collabore avec l’armée israélienne…
Colonel Olivier Rafowicz : Absolument. Ils sont indépendants. Nous ne sommes pas présents dans les centres de distribution. Nous soutenons ce procédé dans les zones que nous contrôlons. Mais Israël ne veut pas contrôler l’aide humanitaire. Le Hamas, par contre, le veut. Car celui qui contrôle l’aide humanitaire, contrôle les Gazaouis. On a par exemple des endroits dans Gaza où il y a des restaurants et de la nourriture et d’autres endroits où il n’y en a pas. Le Hamas a lancé, avec malheureusement des « alliés » dont je ne citerai pas les noms, une campagne délibérée de mensonges et de fakes sur la « famine » à Gaza. C’est une invention du Hamas. Israël, à l’évidence, n’a aucun intérêt à ce qu’il y ait un chaos humanitaire à Gaza. Nous ne sommes pas en guerre avec les Gazaouis mais avec le Hamas et avec le Djihad islamique. D’ailleurs, les membres les plus élevés de l’Autorité palestinienne à Ramallah, Mahmoud Abbas et son entourage, accusent le Hamas d’être responsable de ce chaos, pas Israël.
« L’UNRWA fait partie du problème, pas de la solution. »
21News : Comment expliquez-vous l’attitude des ONG et de l’ONU à votre égard ? Est-ce par « habitude » qu’elles veulent continuer de travailler avec le Hamas qui est au pouvoir depuis 2006 ?
Colonel Olivier Rafowicz : L’UNRWA fait partie du problème, pas de la solution. L’UNRWA a participé activement à l’enseignement de la haine contre Israël et contre les Juifs dans ses écoles. Elle n’a rien modifié, bien au contraire, concernant les narratifs des manuels scolaires. Des membres de l’UNRWA ont participé activement au massacre du 7 octobre. Et nous avons demandé à l’UNRWA les conclusions de l’enquête qu’ils devaient mener à ce sujet. Jusqu’à présent, nous n’avons reçu aucune réponse. Nous avons une organisation, dont des membres ont participé activement au massacre du 7 octobre, qui est reliée aujourd’hui encore aux terroristes, au Hamas et au Djihad islamique. L’UNRWA, ni hier, ni aujourd’hui, n’a joué un quelconque rôle pour la paix dans la zone ou pour calmer la situation. D’ailleurs, les chefs de l’UNRWA, dans leur communication, continuent de répandre la haine d’Israël alors qu’ils devraient être neutres. Ils relaient les fake-news au nom de leur agence. C’est un véritable scandale !
21News : On rapporte des faits de violence et des tirs de l’armée israélienne autour des lieux de distribution. Certains vous accablent, d’autres disent que le Hamas est à la manœuvre pour perturber la distribution… Qu’en dites-vous ?
Colonel Olivier Rafowicz : Il y a eu dans certains cas, des mouvements de foule impressionnants mettant en danger nos forces armées qui se trouvent à plusieurs centaines de mètres des centres de distribution. Il y a eu, effectivement, dans certains cas, des tirs de Tsahal, pour éviter que la foule mette en danger nos soldats. Nous avons amélioré cette situation pour éviter ces mouvements de foule. En aucun cas, Israël ne veut ou n’encourage des tirs délibérés (telle est l’accusation qui pèse sur nous) sur des civils palestiniens… Je le répète : le Hamas a mis en place une stratégie de chaos humanitaire depuis le départ. Et le Hamas n’a aucun problème à mettre en danger son peuple lorsqu’il met en place ses hommes en armes dans des mosquées, des écoles. Dans les centaines de kilomètres de tunnels construits par le Hamas, il y a toujours interdiction pour les civils gazaouis d’aller s’y abriter en cas d’attaque. Les membres du Hamas qui rendent les armes actuellement sont bien gros et gras. S’ils parlent de famine, eux en tout cas ne la vivent pas !
21News : Au niveau de l’armée israélienne même, la révélation des vidéos atroces de vos otages décharnés qui rappellent les camps de concentration… Est-ce que cela change quelque chose sur place au niveau de la stratégie ?
Colonel Olivier Rafowicz : Nous vivons depuis le 7 octobre un film d’horreur. Accompagné de campagnes de dénigrement, de campagnes relevant de l’antisionisme et même de l’antisémitisme. La campagne de propagande du Hamas (qui ne l’oublions pas, filme les otages et relaie les vidéos – ce n’est pas nous qui montrons les otages). Ils souhaitent relayer ces images terribles car cela fait partie d’une campagne de terrorisme psychologique. Il s’agit de mettre les familles des otages et les spectateurs israéliens en état de choc pour fragiliser le tissu de cohésion nationale. Pour provoquer des confusions. Pour imposer à Israël la guerre selon leurs termes. Tsahal agit selon les plans définis par le politique. Les deux objectifs principaux restent les mêmes : libérer les otages et détruire la menace du Hamas.
« Nous avons perdu dans la bande de Gaza depuis le début des opérations terrestres près de 500 soldats. Des milliers de soldats ont été blessés. Près de 2.000 Israéliens – enfants, femmes et hommes - sont tombés depuis le début de la guerre à Gaza. Nous déplorons plus de 16.000 blessés. »
21News : Combien de soldats avez-vous perdu à Gaza et combien de terroristes avez-vous éliminé ?
Colonel Olivier Rafowicz : Nous avons perdu dans la bande de Gaza depuis le début des opérations terrestres près de 500 hommes. Des milliers de soldats ont été blessés. Près de 2.000 Israéliens – enfants, femmes et hommes - sont tombés depuis le début de la guerre à Gaza. Nous déplorons plus de 16.000 blessés. C’est une guerre existentielle pour nous puisque le Hamas, le Djihad islamique, le Hezbollah et l’Iran souhaitent notre disparition. Ils veulent la fin d’Israël et le remplacement d’Israël par un grand califat génocidaire dans lequel Israël n’existerait plus. C’est le slogan que vous entendez dans les différentes manifestations de par le monde : « Free Palestine from the River to the Sea ». Il faut écouter les paroles de ce slogan pour mesurer à qui nous avons à faire. Cette guerre nous a été imposée par le Hamas.
Le Hamas a perdu à peu près 25.000 hommes. Et nous estimons à à peu près le même nombre, les civils palestiniens morts dans cette guerre. La guerre contre le terrorisme en milieu urbain est une guerre très difficile. Encore une fois, le Hamas se cache parmi sa propre population qu’il utilise comme boucliers humains. Nous faisons le maximum pour que des civils ne soient pas pris dans les combats. Nous demandons à l’avance par des moyens multiples d’évacuer les endroits où il risque d’y avoir des frappes. Ceux qui nous accusent des pires choses – dont de génocide – ignorent que nous avons participé à la campagne de vaccination contre la poliomyélite auprès des enfants de Gaza. C’est une réussite à 100%. Nous donnons la possibilité à des malades de Gaza d’être évacués vers des pays tiers qui peuvent les soigner. Toute cette campagne d’intox repose sur les mensonges du Hamas, malheureusement repris par une certaine presse qui ne vérifie pas la fiabilité des informations.
21News : Au niveau militaire pur, est-ce qu’on peut donner un pourcentage territorial que vous contrôlez ? À quelle échéance comptez-vous terminer cette guerre ?
Colonel Olivier Rafowicz : Je ne peux pas vous donner cette information. Soit le Hamas dépose les armes, soit ses capacités terroristes sont détruites en grande partie et donc nous obtenons la fin de la guerre dans les deux cas. Le temps que cela prendra, nous n’avons pas de chronomètre en main. Nous voudrions bien sûr que les choses se passent plus vite. Que cette guerre s’arrête. Mais tant que l’ennemi conserve nos otages et en joue, est armé et continue la guerre eh bien, il y a encore des efforts à fournir pour y arriver malheureusement.
21News : Pouvez-vous révéler le nombre de combattants hamassistes qui restent opérationnels à cet égard ? J’ai vu qu’ils recrutaient des jeunes gens de 16 ans…
Colonel Olivier Rafowicz : Entre 15.000 et 20.000 à notre avis. Les nouvelles recrues ont été recrutées récemment grâce à l’argent de l’aide humanitaire. Ce n’est pas le même type de combattants qu’auparavant. Ils sont moins expérimentés. Le Hamas dispose de moins de moyens militaires (fusées, roquettes) qu’auparavant.
21News : Si vous arriviez à vous en débarrasser, quel rôle jouerait l’armée israélienne dans l’après-Hamas à Gaza ?
Colonel Olivier Rafowicz : Attendons que les choses se passent. Nous sommes une démocratie. Une fois la guerre terminée, le gouvernement israélien décidera. Et Tsahal fera ce que le gouvernement décide.
« Des démocraties occidentales qui ont eu maille à partir avec du terrorisme islamiste « soutiennent » le narratif du Hamas. C’est paradoxal. »
21News : Vous parliez des médias, quel est votre sentiment ? Faut-il accentuer les moyens de communication de l’armée et aussi de l’État d’Israël puisque vous semblez considérer certains médias comme hostiles ?
Colonel Olivier Rafowicz : Ce qui est paradoxal dans cette guerre, c’est que des démocraties occidentales qui ont eu maille à partir avec du terrorisme islamiste « soutiennent » le narratif du Hamas contre Israël. Il y a inversion des rôles. Israël a été attaqué, massacré le 7 octobre 2023. Des milliers de femmes, d’hommes et d’enfants ont été tués, violés. C’est une guerre juste, très complexe. Elle a réveillé des fantômes qu’on pensait disparus.
Le plus inquiétant est la vague d’antisémitisme qui se colle à ce qu’on appelle la critique contre Israël. Tous ces termes comme génocide, famine, qui nous rappellent un passé terrible qui a touché le peuple juif en Europe, le Hamas tente de le coller sur notre front. Cette sémantique est reprise par certains milieux, certains politiques. C’est très grave. Mais nous continuerons. Nous avons un pays, une nation, un peuple à protéger. Nous savons exactement ce que nous faisons et nous ne nous arrêterons pas avant d’avoir libéré nos otages et détruit la menace constituée par le Hamas. C’est aussi, croyez-moi, un travail de libération pour les Palestiniens.
« Israël est du bon côté de l’histoire »
21News : Est-ce que les Israéliens, dans leur forteresse et protégés par un État, sont sensibles et conscients du danger qui pèse sur les diasporas juives européennes – plusieurs faits divers sont éclairants à cet égard : une colonie de vacances juive expulsée d’un avion, des Juifs insultés en Italie, des musiciens israéliens expulsés d’un café à Vienne, etc. ?
Colonel Olivier Rafowicz : Nous ne sommes pas seulement conscients mais extrêmement inquiets de l’impact négatif des campagnes de désinformation et de propagande sur les Juifs. En général, lorsqu’on touche aux Juifs, c’est un signe avant-coureur pour des sociétés touchées par le terrorisme et l’islamisme. Nous espérons un réveil en profondeur des sociétés européennes qui réalisent qu’Israël est du bon côté de l’histoire.
Entretien : Nicolas de Pape
(Photo : Tsahal)