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Bruxelles, ou le Bal des lâches (Carte blanche)

par Contribution Externe

Que de choses n’ont déjà été écrites et dites sur la crise bruxelloise. Depuis le soir du 9 juin 2024 – une éternité en politique – à aujourd’hui, rien, ou presque n’a évolué et le blocage semble total.

En 1850 déjà, cet économiste de génie qu’était Frédéric Bastiat écrivait : « Il faut le dire : il y a trop de grands hommes dans le monde ; il y a trop de législateurs, organisateurs, instituteurs de sociétés, conducteurs de peuples, pères des nations, etc » Il ne connaissait pas encore la Région de Bruxelles-Capitale, mais ses mots raisonnent aujourd’hui comme s’ils avaient été écrits hier.

Un constat d’abord. Bien que la gauche et l’extrême-gauche se maintiennent à Bruxelles sur fond d’importation du conflit moyen-oriental, phagocytant le débat politique, l’espace public et même sa grande université, Bruxelles a, comme du reste du pays, voté pour un changement dans la façon de faire de la politique. Comme tous les Belges, les Bruxellois ont compris que le collectivisme était une voie sans issue. Ils ont aussi compris que des finances publiques saines était le meilleur – et finalement le seul – garant d’une prospérité future et d’un maintien d’un haut niveau de protection sociale.

Un autre constat. Bruxelles est une ville magnifique. Elle n’est l’est peut-être pas au premier regard du visiteur comme ses cousines de Gand ou d’Anvers, mais elle le devient quand on prend le temps de la connaître et de l’explorer, de passer une nuit enfiévrée au Cimetière d’Ixelles ou de lever les yeux en rue et de découvrir les joyaux Arts Déco qu’elle a à proposer. Bruxelles mérite mieux que sa classe politique qui la mène vers l’abîme.

Les Bruxellois, comme beaucoup de Belges, ont du mal à réaliser la mine d’or sur laquelle ils sont assis. Notre pays, et nos trois régions, pourraient concurrencer nos voisins néerlandais et luxembourgeois si nous avions le courage de lancer des réformes courageuses et, pour reprendre les mots célèbres du Turgot dans sa célèbre lettre à Louis XVI : « de s’armer contre notre bonté, de notre bonté même ».

Pour que Bruxelles vive, il faut qu’elle soit libre. Libérée d’une partie de sa classe politique qui ne voit la Région que comme une dispensatrice de subsides pour les associations des amis. Libérée aussi des ambitions personnelles de celles et ceux qui pensent que réguler encore et toujours plus et taxer encore et toujours plus une région et ses habitants qui n’en peut plus de réglementation et qui croule sous une charge fiscale inconnue dans l’histoire moderne de notre pays, n’est que la seule voie possible à emprunter.

Le courage pour certains sera donc d’accepter de faire passer le bien-être de tous avant leurs intérêts personnels. Le courage pour d’autres sera de comprendre que Bruxelles est en train de crever dans un carcan taxatoire et réglementaire. Le courage sera pour tous de comprendre que la seule solution possible est la liberté, à savoir la liberté de pouvoir vivre dans sa ville, la liberté de pouvoir y travailler, la liberté de pouvoir s’y déplacer en sécurité dans tous les quartiers, la liberté enfin d’avoir la Région de Bruxelles-Capitale comme serviteur, et non comme maître.

Il fut un temps où les intellectuels de gauche et de droite régnaient sur la politique belge. Nous avons reçu en héritage de cette époque un pays à l’architecture complexe. Ce n’est pas toujours beau à regarder mais nous pouvons nous enorgueillir que, désormais, nous jouissons de la paix civile. 

Les responsables politiques bruxellois actuels mettent cet héritage en péril. Ils ont beau s’en défendre, il n’est qu’un mot et qu’un seul qui vient à l’esprit quand on regarde les plus de 550 jours qui viennent de s’écouler : lâcheté.

Lâcheté de ceux qui n’ont pas compris le signal des électeurs. Lâcheté de ceux qui ont l’intérêt personnel de laisser pourrir la situation, au détriment de tous. Lâcheté de ceux qui refusent les compromis et les réformes nécessaires.

Car c’est bien du courage qu’il faudra, pour réformer en profondeur, pour revenir sur les gabegies du passé, pour, et c’est bien là le plus important, que les Bruxellois et les Bruxelloises puissent vivre dans une ville libre, sûre et prospère.

Contribution externe – Xavier Koener, Avocat

(Photo : Musée Ensor – Ostende)

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