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De l’Énergie au lobby éolien : le calendrier sensible de Tinne Van der Straeten

par Harrison du Bus
Martin Bertrand / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

Comme le rapporte la DH, le départ de l’ancienne ministre fédérale de l’Énergie Tinne Van der Straeten (Groen), sur la photo, vers la direction du lobby européen de l’éolien WindEurope, à peine un an après la fin de son mandat, suscite une vive controverse politique. En cause : un calendrier jugé problématique au regard des principes mêmes que les écologistes défendaient encore récemment pour prévenir les conflits d’intérêts.

À compter du 2 février, l’ex-ministre écologiste quittera le Parlement fédéral pour devenir CEO de WindEurope, organisation représentant quelque 600 entreprises du secteur éolien ; une reconversion rapide qui a fait réagir jusqu’au sein de la majorité. Le ministre de la Défense Theo Francken a dénoncé une « fuite » et un abandon des électeurs, tandis que d’autres élus pointent un symbole désastreux pour la crédibilité politique.

Un calendrier qui interroge

Au-delà de la polémique partisane, plusieurs responsables soulignent un problème de fond. Le président de la commission Justice, Ismaël Nuino (Les Engagés), interroge la compatibilité entre les fonctions exercées hier et celles assumées aujourd’hui, citant notamment la sortie du nucléaire négociée avec Engie ou encore le dossier coûteux de l’île énergétique Princesse Élisabeth. Des entreprises directement impliquées dans ces projets figurent parmi les membres de WindEurope.

L’ancien ministre-président flamand Geert Bourgeois (N-VA) rappelle, lui, qu’au Parlement européen, un ex-élu rejoignant un groupe de pression est soumis à une période de suspension d’un an. Une règle destinée précisément à éviter toute suspicion d’influence indue.

L’ironie de la situation n’échappe à personne. En 2019, le groupe Ecolo-Groen avait déposé une proposition de loi imposant un délai de 18 mois avant qu’un ancien ministre ne puisse rejoindre une entreprise liée à ses compétences passées. Le texte était cosigné par… Tinne Van der Straeten elle-même. Partie du gouvernement en février 2025, elle rejoint aujourd’hui, douze mois plus tard, un lobby directement concerné par les politiques qu’elle a conduites.

Aucun élément ne permet d’affirmer l’existence d’un conflit d’intérêts avéré. Mais, comme le rappelait la proposition de loi de 2019, « toute situation susceptible de susciter un doute raisonnable » suffit à fragiliser la confiance. À ce stade, l’ancienne ministre n’a pas répondu aux demandes de réaction. Reste un malaise persistant : celui d’un discours exigeant sur l’éthique publique, contredit par un passage trop rapide du pouvoir politique au lobbying sectoriel.

Harrison du Bus

(Martin Bertrand / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP)

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