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Une rectrice « hallucinée » ou comment l’UGent se rend immortellement ridicule (carte blanche)

par Contribution Externe
Photo Linkedin Université de Gand

Ces révélations d’Apache sont littéralement et figurativement « hallucinantes » : la rectrice de l’UGent, Petra De Sutter, a utilisé dans son discours d’ouverture trois « citations » totalement inventées et hallucinées par l’IA, attribuées à Albert Einstein, Hans Jonas et Paul Verhaeghe.

Pire encore, De Sutter a ensuite discrètement étouffé ces bévues embarrassantes à coups de « corrections » mensongères, sans la moindre excuse ni rectification. Elle aurait simplement « résumé » les propos de ces auteurs. C’est faux, car l’intervention d’Einstein portait sur tout autre chose et le discours rectoral de Hans Jonas n’existe tout simplement pas (puisqu’il n’a jamais été recteur à Munich).

Si un étudiant se permettait une telle chose dans un travail écrit, il récolterait un zéro, ou pire.

Selon les directives de l’UGent, l’utilisation de l’IA générative présentée comme un travail personnel s’apparente au plagiat à savoir : reprendre sans distance la production d’autrui (en l’occurrence d’une IA) et se l’approprier, avec toutes les erreurs et les inventions que cela comporte. De plus : inventer des citations relève de la désinformation

Un étudiant m’a spontanément envoyé le message suivant : « Le plagiat s’apparente à la plus grosse fraude dans le monde académique. Qu’une rectrice puisse s’y prêter est un signal terrible au monde extérieur et aux étudiants actuels et à venir de l’Université de Gand. » Il/elle a 100 % raison, mais évidemment, ils ne diront pas cela ouvertement aux médias, en pleine période d’examens.

Un parfum indéniable de bouillie IA

L’ensemble du discours de la rectrice est d’ailleurs construit sur des platitudes et dégage un parfum indéniable de bouillie IA. Les citations pédantes sont censées impressionner l’auditoire : « Vous connaissez peut-être la citation d’Einstein », dit-elle même dans son discours, exhibant une érudition imaginaire (puisque la citation n’existe pas).

Il faut le lire soi-même, le texte est archivé ici (NDLR : vous pouvez lire via ce lien le discours original non corrigé en néerlandais où figurent les citations inexistantes comme celles d’Einstein et de Hans Jonas, soi-disant « recteur de l’Université de Munich »).

Après avoir clairement montré, il y a quelques mois, qu’elle ne comprend rien au principe de « liberté académique » – le fondement de toute université -, De Sutter démontre aujourd’hui qu’elle piétine aussi les règles élémentaires de l’intégrité scientifique. Rappelez-vous qu’elle voulait sanctionner des chercheurs qui osaient simplement poser la question de savoir si Israël commet un « génocide » à Gaza. Mettre cela en doute constituait pour elle une « ligne rouge » à ne pas franchir (Lire à ce sujet son interview dans De Morgen).

Notez aussi le schéma récurrent : De Sutter commet une erreur embarrassante, une polémique éclate, mais au lieu de reconnaître franchement sa faute, elle ment ensuite pour sauver sa peau. Après la controverse autour de son interview dans De Morgen, elle a menti à ce sujet à son propre Conseil d’administration (!) et rejeté la faute sur le journaliste, accusé d’avoir tout déformé et « framé », et qui a ensuite dû rectifier.

« Non-pology »

Et maintenant que cette bourde douloureuse n’était plus dissimulable, grâce au travail d’enquête d’Apache, De Sutter aggrave encore la situation avec une communication qui fait siffler les oreilles, connue des spécialistes du genre comme une « non-pology » : une tentative d’excuse qui n’en est pas une. On n’y trouve aucune excuse, seulement des constructions passives typiques de quelqu’un qui cherche à esquiver sa responsabilité : je « me suis laissé » berner, je « suis tombée » dans un piège tendu pour moi. Et, dans la foulée, elle donne à nouveau des leçons aux autres.

Comme Einstein l’aurait dit à la Sorbonne en 1927 : « Sorry is the hardest word ». Vraiment, chère UGent, jusqu’où cette affaire peut-elle encore s’enfoncer ? L’ironie, c’est que pour une fois, elle aurait mieux fait de faire appel à l’IA. ChatGPT rédige une lettre d’excuses de ce type en un clin d’œil, avec un ton humble et sans faux-fuyants. Je lui ai posé la question, et voici ce qui en est sorti :

« Lors de mon discours d’intronisation, j’ai utilisé des citations qui se sont révélées inexactes. Ces fautes sont la résultante de l’utilisation de l’IA sans vérification critique.
J’en assure la pleine et entière responsabilité. En tant que rectrice de l’Université de Gand, j’assure non seulement un rôle de gestion mais aussi d’exemplarité. L’Université de Gand – à juste titre – exige que l’utilisateur de l’IA contrôle en profondeur, porte un regard critique et rétablisse la vérité. Dans ce cas précis, j’ai contrevenu à ces règles (…) »

Le Conseil d’administration s’est prononcé sur l’affaire : il maintient sa « pleine et entière confiance » dans la rectrice et apprécie même son « ouverture » – après avoir d’abord étouffé l’affaire pendant des mois, puis menti à son sujet, et n’avoir réagi qu’une fois qu’Apache a étalé le linge sale au grand jour. On en reste bouche bée. Non seulement la rectrice De Sutter, mais l’ensemble du Conseil d’administration perd désormais toute crédibilité. On se moque des étudiants en pleine figure. Pour moi, c’est la goutte de trop : je vais mettre fin à mon affiliation avec l’UGent.

Le strict minimum serait que Mme De Sutter offre sa démission et présente de vraies excuses. Même cela n’arrivera pas : elle reçoit simplement la « pleine confiance ». Mon alma mater se rend ainsi immortellement ridicule, et pour moi, c’est la goutte qui fait déborder le vase.

Pour être honnête, cela fait déjà plus d’un an que j’ai honte de travailler pour l’UGent à cause de notre boycott des universités israéliennes, dans lequel nous jouons même un rôle de leader mondial (l’UGent envoie des lettres à d’autres universités pour les inciter au boycott). Tout le monde ne sera pas d’accord avec moi, mais je considère cela comme une parodie de la liberté académique. Dans les universités israéliennes se trouvent précisément les contre-pouvoirs libéraux et progressistes du régime actuel, ainsi que des dizaines de milliers de Palestiniens et d’Arabes.

Mais maintenant, ce plagiat et cette tromperie de la rectrice dans son discours d’ouverture, qui passent tout simplement comme une lettre à la poste ? C’est la goutte de trop pour moi. Mon contrat rémunéré s’est déjà terminé le 31 décembre, et j’avais l’intention de rester provisoirement chercheur non rémunéré à l’UGent, comme en 2024 (j’ai introduit la demande le mois dernier, c’est une formalité), mais je vais également y renoncer. Si je souhaite encore être affilié à une université pour publier des articles scientifiques, j’en choisirai une autre.

Maarten Boudry, philosophe et auteur (photo)

(Photo Linkedin compte de l’Université de Gand)

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