L’affaire groenlandaise a cessé d’être une lubie de campagne ou une provocation rhétorique. En quelques jours, la revendication répétée de Donald Trump de prendre « possession du Groenland d’une manière ou d’une autre », s’est muée en crise stratégique ouverte entre alliés. Pour Copenhague et Nuuk, il s’agit d’un principe de souveraineté non négociable. Pour plusieurs capitales européennes, le sujet est devenu existentiel, parce qu’une annexion par la force d’un territoire lié à un allié de l’Otan signerait la mort politique de l’Alliance. Et pour Washington, la Maison-Blanche traite désormais ce dossier comme une question de sécurité nationale, au point d’affirmer que la présence militaire européenne sur place ne change rien à l’objectif américain d’acquisition.
Derrière la joute diplomatique, se dessinent trois lignes de fracture. La première touche au droit et à la souveraineté, puisque le Groenland est un territoire autonome du Royaume du Danemark et refuse d’être « acheté » ou « pris ». La deuxième renvoie à la sécurité arctique, sur fond de rivalité avec la Russie et la Chine et d’ouverture progressive des routes maritimes. La troisième est transatlantique, parce qu’elle oppose frontalement le discours américain sur la « protection » et l’argument européen sur l’inviolabilité des frontières dans un contexte où l’Europe dépend encore de Washington sur l’Ukraine.
Washington teste le rapport de force
Le point de départ immédiat de l’affaire tient à la répétition insistante de la position américaine. Donald Trump affirme que les États-Unis « prendront » le Groenland pour des raisons de sécurité nationale, arguant de menaces russes et chinoises dans l’Arctique, et allant jusqu’à estimer que l’Otan ne serait pas un dispositif de dissuasion efficace sans un Groenland sous contrôle américain. La Maison-Blanche, par la voix de sa porte-parole Karoline Leavitt, a même déclaré que l’envoi de troupes européennes ne modifiait en rien « l’objectif d’acquisition » du président.
Ce durcissement verbal est encadré par une diplomatie à bas bruit. Une réunion à Washington entre JD Vance, Marco Rubio et les ministres danois et groenlandais n’a pas réduit le désaccord de fond, mais a débouché sur la mise en place d’un mécanisme de discussions régulières. La fréquence évoquée varie selon les versions, mais l’idée est la même : une crise suffisamment grave pour justifier un « canal » permanent. Le simple fait qu’un tel format s’installe dit quelque chose de l’ampleur de la tension.
Dans le même temps, l’argumentaire américain, tel qu’il ressort des papiers, suit une logique cohérente. Le Groenland est présenté comme un verrou stratégique dans le Grand Nord, utile à la surveillance, à la défense aérienne et maritime, et à la protection d’infrastructures critiques. L’argument économique, lui, est moins frontal mais sous-jacent, avec la référence aux minerais critiques et aux terres rares, dans un contexte où l’Europe elle-même cherche à réduire sa dépendance à la Chine sur ces matériaux.
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