Molenbeek n’échoue pas par accident, elle échoue par choix politiques répétés. Ce constat s’impose dès que l’on observe la réalité de Molenbeek-Saint-Jean sans filtre idéologique. Pauvreté structurelle, chômage élevé, insécurité persistante, fragmentation sociale : la liste est connue. Faire passer cette situation pour une fatalité est une manière de fuir les responsabilités. Molenbeek n’est pas victime d’un sort abstrait ; elle est le produit d’un mode de gouvernance installé dans la durée, où la communication a trop souvent remplacé l’action.
Ce déficit de vision est particulièrement visible dans l’enseignement. L’ancienne école Serge-Creuze, aujourd’hui Athénée royal du Sippelberg, reste associée à de lourdes controverses. Des signalements syndicaux et des rapports d’inspection ont fait état de dysfonctionnements sérieux : gestion contestée de projets, soupçons d’utilisation problématique de programmes comme Erasmus+, tensions idéologiques autour des contenus pédagogiques. Plus préoccupant encore, certains élèves auraient refusé de suivre des cours fondamentaux français, sciences, histoire ou philosophie au motif qu’ils contrediraient leurs convictions. Quand l’autorité éducative recule, c’est le socle commun qui se fissure.
Cette fragilisation de l’école s’inscrit dans un cadre politique plus large marqué par l’absence de pilotage. La majorité communale, dominée par le PS et le PTB, n’a pas incarné la rupture annoncée. Peu après son installation, la bourgmestre Catherine Moureaux s’est mise en incapacité de travail. Son absence prolongée laisse la commune sans direction politique clairement incarnée, alors même que les difficultés s’accumulent.
La campagne électorale a révélé ce vide. La majorité a gagné parce que le projet se résumait à une posture internationale. Sauver la Palestine comme programme communal. Une posture internationale utilisée pour masquer l’absence de projet local. Or, gouverner une commune, c’est gérer des écoles, des rues, la sécurité, l’emploi et le logement.
L’absence de cap favorise les dérapages. Saliha Raiss milite pour le port du voile dans l’administration communale et organise des événements religieux dans l’espace public. À ceux qui contestent, la réponse tombe : « dégagez si vous n’êtes pas contents ». Cette phrase traduit une vision du pouvoir où la critique devient illégitime.
Au conseil communal, le débat démocratique est régulièrement évacué. Toute critique est aussitôt disqualifiée par l’accusation de racisme. Le président du conseil communal a tenu par le passé des propos contestant la réalité des attentats du 11 septembre, qualifiés de manipulation, fragilisant la crédibilité institutionnelle.
Les dysfonctionnements internes s’additionnent. La nomination de l’échevin Kalander a été annulée par la commission nationale de vigilance du PS pour irrégularités de procédure. D’anciennes prises de position publiques, perçues comme complaisantes envers des discours radicalisés, continuent de susciter l’inquiétude.
Même le CPAS n’est pas épargné. Son président s’est illustré par des prises de position militantes controversées, notamment en faveur de la libération d’Atar, auteur d’un attentat ayant causé la mort de nombreux innocents.
Pendant que ces dérives monopolisent la scène politique, les habitants paient le prix fort. L’insécurité est devenue structurelle avec des fusillades à répétition, un trafic de drogue organisé, des points de deal visibles et des interventions policières incessantes. Les soirs de matchs, certains quartiers basculent dans un climat de quasi-émeute avec des kalachnikovs exhibées, des biens publics vandalisés et des policiers blessés.
À cette insécurité s’ajoute une pression financière croissante. Les parkings deviennent payants, les loyers des logements sociaux augmentent, l’IPP est en hausse et les services publics sont saturés. Le PTB promet la gratuité généralisée sans cadre budgétaire crédible. Le PS invoque l’égalité des chances sans s’attaquer aux mécanismes qui produisent l’échec.
Il est temps de cesser de parler de naufrage institutionnel comme d’un accident. Molenbeek est le résultat de décennies de gestion par les mêmes partis, avec les mêmes méthodes.
La violence, l’agressivité, les accusations et l’intimidation sont devenues monnaie courante aujourd’hui à chaque conseil communal dans une capitale européenne. C’est honteux. Mais le problème est plus large : ce qui se passe aujourd’hui à Molenbeek pourrait se produire demain dans l’ensemble de la Région bruxelloise si rien ne change et si cette coalition de gauche devient la norme.
Molenbeek et Bruxelles ont besoin de décisions claires, de contrôle réel, d’une autorité démocratique assumée et d’une rupture nette avec un système politique qui préfère la posture à la réalité.
Melissa Amirkhizy, conseillère communale MR à Ganshoren
(D.R.)