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Gaza après les otages : la paix sans solution

par Harrison du Bus
Jack GUEZ / AFP

La restitution du corps de Ran Gvili (photo), dernier otage israélien retenu dans la bande de Gaza depuis l’attaque du 7 octobre 2023, marque un moment de bascule d’une portée bien plus large que sa dimension humaine, déjà immense. Elle met fin à un traumatisme national qui pendant plus de deux ans a structuré l’opinion israélienne, pesé sur les décisions du pouvoir exécutif et servi de ligne rouge politique au gouvernement de Jérusalem. Mais cette clôture symbolique, saluée comme une victoire morale et une promesse tenue, ouvre dans le même mouvement une phase d’incertitude stratégique où les équilibres demeurent précaires et les contradictions intactes.

L’armée israélienne a identifié le corps de Ran Gvili dans un cimetière musulman situé à l’est de Gaza City, à l’issue d’une opération de recherche d’ampleur exceptionnelle. Des centaines de tombes ont été exhumées, les corps examinés au moyen de scanners dentaires mobiles, avant que des expertises médico-légales ne permettent une identification formelle. Le jeune policier de 24 ans avait été tué alors qu’il défendait le kibboutz Alumim lors de l’assaut du Hamas, puis emmené mort dans l’enclave palestinienne.

La fin d’une ligne rouge politique pour Israël

Avec son retour en Israël pour inhumation, l’État hébreu peut désormais affirmer qu’aucun de ses ressortissants ne demeure captif à Gaza. Cette affirmation, lourde de sens dans une société marquée par la mémoire des disparus et par l’éthique militaire du « ne jamais laisser personne derrière », a été immédiatement revendiquée par le Premier ministre Benyamin Netanyahu, qui y voit l’aboutissement d’un engagement personnel. À Washington, Donald Trump n’a pas tardé à saluer l’événement comme un succès diplomatique et opérationnel, y voyant la confirmation de la viabilité de son plan de cessez-le-feu imposé à l’automne 2025.

Mais la portée de cette restitution dépasse la sphère mémorielle. Elle lève surtout la principale gageure politique qui entravait jusqu’ici la mise en œuvre complète de la trêve. Depuis octobre, le gouvernement israélien conditionnait explicitement le passage à la seconde phase de l’accord à la restitution de tous les otages, corps compris. Cette exigence, portée avec constance par la famille de Ran Gvili et relayée dans la rue israélienne, a servi de justification officielle au gel de mesures pourtant prévues dès les premiers jours du cessez-le-feu.

Rafah, symbole humanitaire et instrument de pression

Parmi ces mesures figurait en bonne place la réouverture du poste-frontière de Rafah. Ce point de passage, unique lien direct entre Gaza et l’Égypte, est devenu au fil du conflit un instrument de pression stratégique autant qu’un symbole humanitaire. Fermé quasi en permanence depuis la prise de contrôle israélienne du corridor frontalier en 2024, Rafah concentre les attentes contradictoires des acteurs régionaux. Pour Israël, il s’agit d’un outil sécuritaire indispensable, pour Washington, d’un passage obligé afin d’amorcer la stabilisation de l’enclave, pour la population gazaouie, d’une soupape vitale après deux années de guerre, de déplacements et de pénuries.

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