Xi Jinping, l’homme qui concentre tout : la puissance absolue d’un règne et l’inquiétude qu’elle inspire
Purge de l’armée, pression sur Taïwan, montée nucléaire, discipline du Parti et contrôle du tempo économique : sous Xi Jinping, la Chine s’est structurée autour d’un pouvoir personnel d’une ampleur inédite depuis Mao. Cette verticalité nourrit la puissance du pays autant qu’elle inquiète ses partenaires, révélant un système à la fois redoutablement efficace et traversé de tensions.
Publié par Harrison du Bus
• Mis à jour le
Résumé de l'article
En une décennie, Xi Jinping a recentré le système chinois autour d’un pouvoir personnel sans équivalent depuis Mao, imposant sa ligne au Parti à l’armée, à la diplomatie et jusqu’au rythme économique du pays. Cette verticalité renforce la puissance de la Chine et sa capacité stratégique, notamment face aux États-Unis et son appétit pour Taïwan, mais elle révèle aussi des tensions internes et nourrit l’inquiétude d’un monde confronté à l’affirmation d’un État de plus en plus centralisé et déterminé.
En un peu plus d’une décennie, Xi Jinping a profondément reconfiguré la nature du pouvoir chinois. L’architecture collégiale patiemment mise en place après Mao pour éviter le retour d’un dirigeant omnipotent s’est progressivement effacée. À sa place s’est imposé un centre de commandement unique, où la décision remonte vers un homme qui incarne à la fois le Parti, l’État, l’armée et la trajectoire historique du pays ; autrement dit un potentat.
La mécanique est visible dans la discipline imposée aux élites politiques comme administratives. Les campagnes anticorruption, massives et continues, ont d’abord été présentées comme un assainissement nécessaire. Elles sont devenues au fil du temps un instrument de gouvernement. Dans l’appareil, la loyauté ne se mesure plus seulement à l’adhésion au Parti mais à l’alignement sur la ligne du secrétaire général. Le pouvoir n’est plus simplement exercé, il est concentré et ramassé sur un seul homme.
Cette verticalité s’étend désormais au rythme économique lui-même. Le ralentissement assumé des objectifs de croissance, la pression exercée sur les autorités locales pour mettre fin aux projets d’apparat et aux artifices statistiques, traduisent un changement profond. Xi privilégie une croissance maîtrisée, "réelle", compatible avec la stabilité politique. La performance économique n’est plus un horizon autonome. Elle devient un paramètre au service de l’ordre.
L’armée, cœur du système et objet de purges
C’est dans l’Armée populaire de libération que cette transformation apparaît avec la meilleure définition. Depuis plusieurs années, les purges s’y succèdent à un rythme soutenu, frappant des dizaines de généraux et culminant récemment avec l’éviction de figures majeures du haut commandement. Officiellement, il s’agit d’éradiquer la corruption. En pratique, la discipline militaire se confond avec la consolidation de l’autorité politique.
La Commission militaire centrale, placée sous l’autorité directe de Xi, a vu son fonctionnement profondément remanié. Les analystes soulignent que la vassalité au chef de l’État y est devenue un critère central, parfois au détriment de l’expertise ou de l’ancienneté. Le message est clair, l’armée n’est pas seulement un instrument stratégique ; elle est le pilier du régime et doit être irréprochablement alignée.
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