Vous avez vu, de très nombreux reportages tv, radio et sur les Médias sociaux ont parlé de la réforme du chômage ? On pouvait entendre ou voir des personnes directement impactées par la réforme s’en plaindre. On pouvait aussi écouter les réactions politiques, souvent de gauche, qui expliquent à quel point les décisions de l’Arizona sont mauvaises. « Bain de sang social », « L’Arizona qui broie les petites gens », « On va assister à des suicides et ce sera la faute du gouvernement »… La palme des derniers jours revenant à la nouvelle patronne de la FGTB qui a dit sans sourciller « L’Arizona aime les femmes comme un homme qui bat sa femme ».
Mais, au fait, de quoi parle-t-on ? On parle d’une réforme qui a pour objectif la remise à l’emploi de personnes qui sont au chômage depuis de nombreuses années, et de la limitation d’aides à maximum deux ans. À partir du 1er janvier 2026, les premiers effets de la limitation à deux ans des allocations de chômage se sont fait sentir. Les chômeurs de longue durée, bénéficiant d’allocations depuis plus de 20 ans ne perçoivent désormais plus ces allocations depuis le 1er janvier 2026. Plusieurs vagues sont prévues jusqu’en juillet 2027, et certaines catégories de demandeurs d’emploi ne seront pas concernées par cette réforme du chômage. Il y a, évidemment, des cas particuliers plus compliqués, comme les aidants proches (parents, amis…), auxquels il faut trouver une solution. Non pas en leur prolongeant le chômage, mais en leur créant un réel statut.
Responsabiliser n’est pas punir, c’est aider
Derrière les slogans d’une opposition de gauche, il y a une conception du rapport au travail totalement différente. À force de confondre protection sociale et assistanat permanent, la gauche a oublié la notion de responsabilité. Non, le travail n’est pas quelque chose de honteux ou de tabou — mais bien une dimension essentielle de la vie sociale, personnelle et économique. Et oui, il faut aussi que certains gagnent de l’argent pour continuer à payer le modèle social dans lequel on vit. Responsabiliser, ce n’est pas punir. Responsabiliser, c’est rappeler que les droits vont de pair avec des devoirs. Un système de protection sociale solide ne peut fonctionner que s’il repose sur un équilibre : la solidarité envers ceux qui en ont réellement besoin, mais aussi l’encouragement clair à l’activité, à la formation et au retour à l’emploi lorsque c’est possible. Faire croire l’inverse, c’est mentir aux plus fragiles.
Le travail n’est pas une humiliation, contrairement à ce que certains discours laissent entendre. Il est souvent un levier d’émancipation, de dignité, d’intégration et d’autonomie. Il permet de structurer une vie, de se projeter, de se sentir utile.
Bien sûr, tout emploi n’est pas parfait. Bien sûr, le marché du travail doit être amélioré, rendu plus juste, plus inclusif. Mais la réponse n’est pas de décourager l’effort ou de sacraliser l’inactivité. La réponse est de valoriser le travail, de mieux accompagner les transitions et de rendre le système plus efficace.
Sortir de la caricature
Parler de « bain de sang social » ou comparer une réforme du chômage à des violences conjugales n’est pas seulement excessif : c’est indécent. Ces outrances n’élèvent pas le débat, elles le dégradent. Elles empêchent toute discussion sereine sur la soutenabilité de notre modèle social et sur les moyens de le préserver pour les générations futures. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : préserver. Préserver un système qui aide réellement ceux qui ne peuvent pas travailler, tout en encourageant ceux qui le peuvent à retrouver un emploi. Refuser ce débat, c’est faire le choix du confort idéologique au détriment du réel. La gauche défend la solidarité en théorie, mais oublie trop souvent qu’elle n’existe que grâce à ceux qui créent de la richesse. Quand la gauche diabolise le travail, elle ne protège pas les plus faibles : elle les condamne à dépendre éternellement de l’État.
Travailler n’est pas un gros mot, ni une injonction morale destinée à culpabiliser celles et ceux qui rencontrent des difficultés. C’est une réalité sociale, économique et humaine sans laquelle aucune société solidaire ne peut tenir dans la durée. Le travail permet l’autonomie financière, mais aussi la reconnaissance, l’intégration et parfois la reconstruction personnelle. Le présenter systématiquement comme une contrainte insupportable ou comme une forme d’exploitation généralisée revient à nier ce qu’il représente pour des millions de personnes.
Un système social juste doit protéger ceux qui ne peuvent pas travailler, pas encourager durablement l’inactivité de ceux qui le peuvent. Faire de l’emploi un tabou ou un fardeau, c’est enfermer les plus fragiles dans une dépendance qui ne dit pas son nom. Valoriser le travail, ce n’est pas fermer les yeux sur ses défauts, c’est au contraire chercher à l’améliorer. Sans travailleurs, il n’y a ni sécurité sociale, ni soins de santé, ni solidarité. Défendre le travail, c’est défendre la dignité, la responsabilité et l’avenir collectif.
Marcela Gori, vice-présidente (MR) du CPAS d’Anderlecht
(D.R.)