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Formation bruxelloise : Yvan Verougstraete face à un crash test budgétaire et politique

par Demetrio Scagliola
BELGA PHOTO VIRGINIE LEFOUR

Ce mardi matin, le formateur bruxellois Yvan Verougstraete (Les Engagés) entame les négociations budgétaires les plus périlleuses de sa jeune mission. Objectif officiel : doter la Région de Bruxelles-Capitale d’un budget 2026 en évitant le piège des douzièmes provisoires qui creusent un peu plus le déficit régional. Objectif officieux : prouver que sa coalition de centre-gauche peut encore exister.

Mais la table de négociation du Parlement bruxellois ressemblera plutôt à un champ de mines politiques. Le ministre libéral flamand en affaires courantes, Dirk De Smedt (Open VLD) a décidé de ne pas assister à la réunion, malgré les efforts insistants du formateur pour l’y faire venir. L’absence du ministre du Budget symbolise à elle seule la fragilité d’une initiative où ni majorité ni cohésion ne sont véritablement au rendez-vous.

Une coalition fantôme et des partenaires inquiets

Autour d’une note en quatorze points, Yvan Verougstraete espère concerner Ecolo, DéFi, le PS, les Engagés, Groen et Vooruit. Mais cette formule ne récolte qu’un maigre total de 43 sièges sur 89 — sans la moindre assise côté néerlandophone. Une majorité introuvable, alors même que le CD&V a choisi l’opposition et que l’Open VLD se tient obstinément à l’écart.

Les partenaires potentiels multiplient déjà les réserves. Chez DéFi, la présidente Sophie Rohonyi a redit ses exigences : une majorité solide, un engagement sur l’équilibre budgétaire et une trajectoire pluriannuelle crédible. « Nous ne savons toujours pas dans quelle pièce nous jouons », lâche-t-elle, exprimant la lassitude d’un parti qui se voit invité dans un scénario dont le dénouement reste flou. Côté Ecolo, Zakia Khattabi parle d’« inquiétude » sur les réseaux sociaux et juge irréaliste un retour à l’équilibre budgétaire en fin de législature.

Les libéraux flamands font cavalier seul

Pendant ce temps, l’Open VLD a choisi d’organiser ses propres consultations budgétaires, aux côtés du MR et de la N-VA, dans le cadre strict des affaires courantes. Son président, Frédéric De Gucht, rejette l’idée d’un engagement dans le projet « Verougstraete ». Le libéral flamand Dirk De Smedt, pourtant pressenti comme interlocuteur-clé, s’en tient désormais à cette ligne dure, confirmant son absence aux discussions.

À défaut d’un soutien institutionnel, le formateur bruxellois tente de maintenir un dialogue symbolique, mais l’arithmétique parlementaire comme les divergences idéologiques semblent déjà condamner l’exercice à l’essoufflement.

Une équation budgétaire et politique insoluble

L’équation que tente de résoudre Yvan Verougstraete combine urgence financière — un déficit à ramener à un milliard d’euros d’ici 2026 — et impasse politique. En théorie, il s’agit d’un budget. En pratique, c’est un test de survie pour une coalition incomplète. Les tensions entre ancrage social et rigueur budgétaire, entre ambitions climatiques et impératifs de simplification administrative, rendent la synthèse quasi impossible sans un socle politique stable.

Une mission à haut risque

Un mois après avoir succédé à Georges-Louis Bouchez comme formateur, Yvan Verougstraete tente d’exister dans un espace politique étroit, coincé entre un MR offensif, des libéraux flamands réfractaires et des partenaires francophones hésitants. Son initiative de centre-gauche, déjà fragilisée par la géométrie variable des adhésions, risque à tout moment de se déliter. Le « crash test » de ce mardi le dira : sans majorité claire ni volonté partagée, il sera difficile de transformer une simple réunion de travail en véritable acte de gouvernance.

Demetrio Scagliola

(BELGA PHOTO VIRGINIE LEFOUR)

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