À Davos, les moquettes épaisses n’étouffent plus le bruit du monde. La station suisse, longtemps vitrine d’un ordre libéral sûr de lui, devient cette semaine l’amphithéâtre d’une inquiétude plus profonde, presque existentielle, pour l’Europe. Car derrière les discours sur la croissance, la compétitivité ou l’innovation, une question s’impose, coupante et nue. Jusqu’où un allié peut-il pousser sa volonté de puissance sans que l’alliance elle-même ne se délite ? Le Groenland, territoire autonome danois, surgit comme l’épreuve décisive, non pas un épisode périphérique, mais un révélateur, le lieu précis où les mots de souveraineté, de sécurité et de solidarité cessent d’être des formules et deviennent des lignes de front.
Donald Trump arrive à Davos en chef de file d’une diplomatie qui ne s’embarrasse plus de liturgie. Il traite les dossiers comme des acquisitions possibles, les institutions comme des obstacles, les partenaires comme des variables d’ajustement. Sa méthode n’est pas seulement la menace, même si elle y recourt volontiers. Elle consiste à mettre chacun devant un choix immédiat, humiliant parfois, puis à mesurer qui plie, qui temporise et qui se rebiffe. Le Groenland n’est pas seulement une île arctique riche en ressources et située sur une route stratégique. Il est devenu le test grandeur nature de la capacité européenne à tenir son rang quand le centre de gravité de l’Alliance atlantique se déplace vers la contrainte.
Une Europe sommée de respirer, puis d’obéir
L’atmosphère à Davos se charge de cette tension dès avant l’arrivée du président américain. Son entourage pousse les Européens à contenir leur irritation, à se calmer, à attendre, à ne pas réagir trop vite. La recommandation n’est pas anodine. Elle dit une hiérarchie. Elle suggère qu’il y a d’un côté ceux qui fixent l’agenda et de l’autre ceux qui s’adaptent. Elle renvoie aussi à une inquiétude plus prosaïque, et donc plus efficace : la crainte de représailles commerciales. Dans ce bras de fer, les droits de douane deviennent un instrument de discipline politique. L’argument est d’autant plus dérangeant qu’il touche le tabou d’une Europe qui dépend de ses exportations, qui se déchire sur la doctrine industrielle, et qui peine à parler d’une seule voix face aux pressions extérieures.
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