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Venezuela : l’ouverture du pétrole au privé, monnaie d’échange stratégique avec Washington

par Harrison du Bus
Federico PARRA / AFP

Le Venezuela est en train d’opérer un virage historique. Après vingt-cinq ans de contrôle étatique quasi exclusif sur son secteur pétrolier, Caracas a engagé une réforme en profondeur de sa législation sur les hydrocarbures afin d’ouvrir largement l’exploitation et la commercialisation du pétrole aux entreprises privées, locales comme étrangères. Derrière ce tournant économique majeur se dessine une réalité éminemment politique : la volonté d’aligner le pays sur les exigences de Washington, au moment même où les États-Unis renforcent leur mainmise sur l’or noir vénézuélien.

L’Assemblée nationale vénézuélienne a approuvé en première lecture un projet de loi qui autoriserait les compagnies privées à exploiter des champs pétroliers « à leurs risques et périls », tout en assouplissant drastiquement les règles fiscales et juridiques héritées de l’ère chaviste. Le texte doit encore être soumis à un second vote, attendu dans les prochains jours, mais son adoption finale ne fait guère de doute tant le pouvoir dispose d’une majorité écrasante.

Au cœur de cette réforme, il y a une conviction martelée par le président du Parlement, Jorge Rodríguez : « Le pétrole sous terre ne sert à rien ». Une formule devenue le mantra d’un exécutif pressé de transformer ses réserves colossales — les plus importantes prouvées au monde — en revenus immédiats, alors que la production, autrefois supérieure à trois millions de barils/jour, s’est effondrée au fil des années sous l’effet conjugué de la corruption, de la mauvaise gestion et des sanctions internationales.

Une rupture avec l’héritage de Chávez

Le projet de loi rompt avec l’architecture mise en place par Hugo Chávez à partir de 1999, qui avait nationalisé l’essentiel du secteur et placé la compagnie publique Petróleos de Venezuela (PDVSA) au centre de toutes les opérations. Désormais, des entreprises privées pourront gérer des champs, exporter la production et percevoir directement les recettes, y compris lorsqu’elles sont minoritaires face à l’État. Les redevances, fixées en principe à 30 %, pourraient être abaissées jusqu’à 15 % pour les projets jugés complexes ou très capitalistiques. Une autre concession majeure est la possibilité de recourir à l’arbitrage international, mettant fin à l’obligation de régler les litiges devant les seuls tribunaux vénézuéliens.

Ce sont autant de mesures réclamées de longue date par les compagnies étrangères, échaudées par les expropriations massives du début des années 2000 et par l’insécurité juridique persistante. Washington n’a jamais caché que ces garanties constituaient un préalable à tout retour massif des investisseurs américains.

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