À chaque attentat en Europe ou fait divers violent, le mot « terrorisme » s’impose brutalement dans le débat public belge. Souvent sans nuance. Pour le député fédéral Jean-François Gatelier, cette confusion permanente affaiblit l’analyse… et donc la sécurité. Dans une lecture détaillée du dernier rapport annuel de la Sûreté de l’État, le parlementaire propose une mise au point rigoureuse sur la menace terroriste réelle en Belgique, rappelant que toutes les radicalités ne se valent pas. On décortique ce rapport avec le député Jean-François Gatelier (Les Engagés).
« La Sûreté de l’État ne travaille ni à l’émotion ni au slogan. Elle hiérarchise les risques sur un critère simple : la probabilité réelle de passage à l’acte violent structuré sur notre territoire », souligne Jean-François Gatelier dans une analyse diffusée sur les réseaux sociaux.
Djihadisme : une menace prioritaire et persistante
Premier constat posé sans ambiguïté : le terrorisme djihadiste demeure la menace numéro un en Belgique. Même si le contexte a évolué depuis les attentats de 2015-2016, le danger reste bien réel. « Nous ne sommes plus face à de grandes cellules organisées comme par le passé, mais à des individus isolés ou à des micro-réseaux, souvent radicalisés en ligne, parfois très jeunes, et capables de basculer très rapidement », analyse le député.
Le rapport pointe une idéologie transnationale, une légitimation explicite de la violence contre les civils et des modes opératoires déjà éprouvés. Un cocktail qui explique pourquoi, selon Jean-François Gatelier, le djihadisme reste la priorité absolue des services de sécurité.
Know-how opérationnel, imprévisibilité des profils et diffusion en ligne rendent cette menace particulièrement difficile à détecter.
Extrême droite : une menace surveillée mais non structurée
L’extrémisme violent d’extrême droite fait lui aussi l’objet d’une attention soutenue, mais dans une logique proportionnée. La Sûreté de l’État observe des trajectoires de radicalisation individuelle nourries par des discours complotistes, identitaires ou suprémacistes, souvent importés via les réseaux numériques.
« Le risque principal est celui du passage à l’acte solitaire, parfois mal préparé mais potentiellement meurtrier », reconnaît Jean-François Gatelier.
Toutefois, le député insiste sur un point central du rapport : « En Belgique, il n’existe pas de structures terroristes d’extrême droite durables, organisées et opérationnelles comparables à celles du djihadisme. » La menace est donc jugée réelle mais marginale, instable et non structurée.
Extrême gauche : radicalité idéologique, pas de terrorisme organisé
Sur l’extrême gauche, le rapport opère une distinction que le débat public oublie souvent. La Belgique connaît une radicalité idéologique parfois virulente, et ponctuellement violente lors de manifestations ou d’actions ciblées, comme on l’a encore vu à plusieurs reprises ces dernières semaines lors des manifestations violentes ciblant le président du MR, Georges-Louis Bouchez.
Mais selon la Sûreté de l’État, le terrorisme d’extrême gauche, au sens strict, est aujourd’hui quasi inexistant. « Les services évoquent tout au plus l’émergence très marginale de courants dits “accélérationnistes” ou nihilistes, dont l’objectif est la déstabilisation du système plutôt qu’une revendication politique structurée », rappelle Jean-François Gatelier.
À ce stade, il s’agit davantage d’un enjeu de vigilance et d’ordre public que d’une menace terroriste organisée.
J-F Gatelier : « Hiérarchiser n’est pas minimiser »
Le message central porté par le député est clair : hiérarchiser les menaces ne revient pas à en nier certaines. « Toutes les formes de radicalisation violente sont suivies et prises au sérieux. Mais une politique de sécurité crédible doit rester fondée sur les faits, pas sur les amalgames ou les surenchères idéologiques », insiste-t-il.
En Belgique aujourd’hui, le constat est sans appel : le djihadisme constitue la menace la plus élevée, l’extrême droite un risque secondaire mais surveillé, et l’extrême gauche un phénomène marginal sans structuration terroriste.
Un paysage de menaces plus large que le terrorisme
Enfin, le rapport de la Sûreté de l’État rappelle que le terrorisme n’est qu’un élément d’un environnement sécuritaire plus vaste. Jean-François Gatelier attire l’attention sur d’autres risques majeurs : ingérences étrangères, espionnage, actions hybrides, désinformation, cybermenaces, sabotage potentiel d’infrastructures sensibles ou encore criminalité organisée liée au trafic de drogues.
« Ce sont des menaces parfois moins visibles ou moins spectaculaires, mais tout aussi déterminantes pour la sécurité et la résilience de l’État belge », conclut le député. Dans un contexte international instable, Jean-François Gatelier plaide pour une approche lucide et rationnelle : « La peur ne peut pas remplacer l’analyse. Et la sécurité ne se construit ni sur l’aveuglement idéologique, ni sur l’amalgame. »
Demetrio Scagliola
(Photos Belgaimage + DR)