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Crédit familial : la réforme sociale qui divise déjà majorité et syndicats

par Demetrio Scagliola
BELGA PHOTO ERIC LALMAND

Le ministre de l’Emploi David Clarinval (MR), en photo, l’a confirmé dans sa note de politique générale : le crédit familial fera partie des principales nouveautés sociales de la prochaine législature. Objectif affiché : simplifier, harmoniser et mieux répartir les congés liés à la naissance et à l’éducation des enfants, tous statuts professionnels confondus.

Inspirée d’une proposition de longue date du CD&V, la réforme sera mise en œuvre progressivement, en concertation avec les partenaires sociaux. « Il s’agit de favoriser une répartition plus équilibrée des congés entre les parents », précise le ministre.

Un « sac à dos » de congés lié à l’enfant

Concrètement, le crédit familial fonctionnerait comme une sorte de « sac à dos » de droits, non plus attaché au parent mais à l’enfant. Il regrouperait plusieurs dispositifs existants : congé de maternité, congé parental et crédit-temps pour s’occuper d’un enfant.

Ce capital de congés pourrait être réparti librement entre les parents, selon leurs choix et leur situation. Il n’y aurait plus de distinction entre salariés, indépendants ou fonctionnaires. Les parents solos pourraient, eux, utiliser l’intégralité des droits. Autre nouveauté notable : certaines périodes de congé pourraient aussi être prises par les grands-parents, afin de mieux refléter la diversité des modèles familiaux.

Vers des congés plus longs et plus flexibles

Si le projet final reste à préciser, les ambitions initiales du CD&V sont élevées : jusqu’à 24 mois de congé par enfant, utilisables jusqu’à l’âge de 18 ans. À titre de comparaison, le congé parental actuel est limité aux enfants de moins de 12 ans.

Dans un premier temps, le gouvernement a choisi une approche graduelle. Dès 2026, le congé de naissance sera enrichi d’une semaine supplémentaire, pouvant être prise soit comme repos de maternité, soit comme congé de naissance, par l’un ou l’autre parent, quel que soit son statut professionnel.

Les étapes suivantes devraient intervenir à partir de 2028, lorsque le budget alloué à la réforme sera renforcé. Le CD&V évoque même, à terme, un congé de 24 semaines pour les deux parents ensemble, alors qu’aujourd’hui le régime prévoit 15 semaines pour la mère et 20 jours pour le père.

Un budget appelé à monter en puissance

Sur le plan financier, une enveloppe structurelle de 25 millions d’euros par an est prévue pour soutenir la réforme. Un financement complémentaire de 15 millions d’euros sera accordé en 2026 et 2027, avant d’atteindre 35 millions d’euros dès 2028.

« En collaboration avec les ministres compétents, je présenterai, en juillet 2026, un avant-projet de loi établissant un cadre juridique global pour le crédit familial », annonce David Clarinval.

Des craintes du côté des familles et des syndicats

Le projet ne fait toutefois pas l’unanimité. La Ligue des familles redoute qu’un pot commun de congés ne garantisse pas automatiquement une répartition équitable au sein des couples et qu’il devienne une source de tensions, voire de conflits.

Du côté syndical, la FGTB s’inquiète d’un possible recul des niveaux d’indemnisation par rapport aux régimes actuels, ainsi que d’une plus grande insécurité juridique en cas de séparation ou de divorce, en particulier à la lecture des premières propositions portées par le CD&V.

Entre ambition sociétale, contraintes budgétaires et résistances sociales, le crédit familial s’annonce donc comme l’un des dossiers sociaux les plus sensibles des prochaines années. Affaire à suivre.

Demetrio Scagliola

(BELGA PHOTO ERIC LALMAND)

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