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Le problème n’est pas de dire que la RTBF est de gauche. Le problème, c’est qu’elle soit de gauche (Édito)

par Nicolas de Pape

La polémique actuelle n’a rien de nouveau. Que la ministre des Médias affirme que la RTBF est trop à gauche n’a rien de scandaleux. On pourra discuter de savoir si c’est à elle de le dire, si elle doit le dire dans un cadre public, la forme pourra être toujours être améliorée mais au moins certaines vérités sont dites et doivent être dites. Ce qui devrait au contraire interpeller, c’est que cette affirmation corresponde à un ressenti largement partagé depuis des décennies par une grande partie de l’opinion publique. Tous les politiques de droite vont se plaindre de la ligne éditoriale de la RTBF et tous les politiques de gauche vont trouver qu’elle fait un excellent travail… Face à un tel bulletin, la RTBF pourrait se poser des questions.

Ce n’est en effet pas la première fois qu’une personnalité de droite dénonce le biais idéologique du service public. Yves Leterme, Didier Reynders, et à peu près tous les leaders politiques de droite, à un moment ou à un autre, se sont plaints du traitement médiatique de la RTBF, de son ton, de sa ligne éditoriale et de son manque de pluralisme. Rien de nouveau sous le soleil. Un ancien dirigeant du MR avait ainsi déclaré : « Les émissions en Flandre, c’est comme dans le monde occidental : tout le monde est à bord. Mais du côté francophone, les émissions, c’est plutôt comme en Corée du Nord : seulement un parti et un seul homme « .

Un service public financé par tous ne peut pas durablement parler au nom d’un seul camp. Ce déni de pluralisme n’est plus acceptable.

Le vrai problème est ailleurs. Il réside dans l’incapacité – ou le refus – de la RTBF de se remettre en question. Avec près de 350 millions d’euros de subsides publics chaque année, la moindre des exigences serait d’assurer un pluralisme réel sur ses antennes. Pas un pluralisme de façade. Un pluralisme effectif. Si le service public est incapable de le comprendre c’est qu’un moment donné il faut agir. Sans réduction de dotation majeure à la RTBF, rien ne bougera. Comment peut-on encore justifier qu’une chaîne reçoive autant d’argent public alors que son pouvoir subsidiant est en quasi-faillite et que les groupes privés francophones sont eux aussi aux abois faute d’un minimum de soutien et de cette concurrence totalement déloyale ?

Qui peut citer ne fût-ce qu’un seul chroniqueur clairement de droite régulièrement invité dans les émissions de débat de la RTBF dans une émission de débat et qui puisse ainsi émerger ? La réponse est tout aussi simple : personne.

D’abord parce que le service public produit très peu de véritables émissions de débat. Ensuite – et surtout – parce que lorsqu’il en organise, il ne cherche pas réellement la confrontation des idées. Lorsque le service public invite un sociologue de l’ULB et un de l’UCL, il prétend garantir le pluralisme parce que l’un est “laïc” et l’autre “catholique” alors que les deux invités pensent à peu près la même chose sur tous les sujets. À quoi bon prétendre débattre de l’immigration en réunissant autour de la table un représentant du MR, un du PS, un de DéFI… et puis Unia ou la Ligue des droits humains ? Ce n’est plus un débat, c’est un quasi-monologue idéologique où les nuances sont inexistantes et les désaccords artificiels.

Dans ces conditions, la droite est systématiquement minorisée, caricaturée ou placée en position défensive, tandis que les grilles de lecture progressistes sont présentées comme neutres, objectives, voire scientifiques.

Le plus ironique dans cette affaire, c’est que France Inter, pourtant régulièrement accusée de pencher à gauche, apparaît aujourd’hui plus pluraliste que la RTBF. C’est dire l’ampleur du problème.

Un service public financé par tous ne peut pas durablement parler au nom d’un seul camp. Ce déni de pluralisme n’est plus acceptable. Il alimente la défiance, renforce la fracture démocratique et décrédibilise la mission même du service public audiovisuel.

Le débat n’est donc pas de savoir s’il est permis de dire que la RTBF est de gauche. Le débat est de savoir combien de temps encore elle pourra l’être sans jamais se remettre en cause.

Nicolas de Pape

(Photo : Belgaimage)

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