Dans divers classements publiés en 2025, la Belgique obtient des résultats particulièrement médiocres. Elle n’occupe que la 19ᵉ place en matière de liberté économique en Europe et la 34ᵉ au monde sur 180 pays. Pour les entreprises, la Belgique devient progressivement un pays très peu attractif. Sur l’indice de corruption, elle affiche le pire score de tous les pays d’Europe de l’Ouest. Et la corruption augmente d’année en année.
Les chiffres proviennent de Transparency International pour l’indice de corruption et de Heritage pour l’Indice de liberté économique. La première ONG est plutôt de gauche, la seconde organisation est réputée libérale-économique. Quant à l’indice Freedom of Corruption, il est produit par TheGlobalEconomy.com.
« Un État réduit se se concentre sur ses missions essentielles : justice, sécurité, sécurité sociale, pensions, santé publique, infrastructures et enseignement. »
Il semble important de surveiller ces classements, car ils invitent à l’étude et à la réflexion. Chose qui, apparemment, n’a pas lieu dans les plus hautes sphères politiques belges, si l’on en juge par la dégradation annuelle, qui semble même s’accélérer.
La question est bien sûr de savoir si l’État est bien placé pour y remédier. Car dans ces indices, le gouvernement constitue une grande partie du problème.
Commençons par analyser la corruption. Un État réduit, avec peu de règles et peu de fonctionnaires, est la meilleure garantie contre la corruption et les abus de pouvoir. J’entends par là un État qui se concentre sur ses missions essentielles : justice, sécurité, sécurité sociale, pensions, santé publique, infrastructures et enseignement. Cela reste alors clair et transparent. Efficace si possible, et performant de préférence.
Chaque règle supplémentaire – et surtout chaque exception – ouvre la porte à l’inégalité et à l’abus de pouvoir. Dans le meilleur des cas, cela conduit seulement à des politiques inefficaces. Chaque politicien ou fonctionnaire payé par l’État – donc par vous, contribuable – est un acteur potentiel de corruption.
Chaque subvention est une opportunité de clientélisme, de favoritisme et de népotisme. Chaque subvention est un transfert financier des entreprises saines, qui paient des impôts, vers celles qui savent naviguer dans les réseaux politiques. Chaque subvention est un risque de corruption ou de rétrocommissions, comme disent les Américains. Un petit pourcentage « pour la peine », n’est-ce pas ? De l’argent boomerang.
Du copinage au « grabbing »
En Belgique, où chaque niveau de pouvoir (fédéral, régional, communal) veut s’immiscer dans tout, on ne peut que constater qu’il est presque miraculeux qu’il y ait relativement peu de scandales. Mais il y en a bel et bien. Pensez par exemple aux « tiers-lieux » des ministres Ecolo. La conclusion, c’est que tout cela semble se passer en toute impunité. En Belgique, on a même un mot particulier pour ce type de corruption ou de népotisme : le copinage. Cela sonne presque amical. Les Américains parlent de cronyism, ce qui paraît beaucoup plus sinistre.
Plus l’État s’immisce dans vos affaires, plus il y a d’opportunités pour la corruption active ou passive. Plus tout vous coûte cher également. Ou pensiez-vous que les coûts liés aux réglementations et aux pots-de-vin n’étaient pas répercutés par les entreprises ?
Et nous ne parlons même pas de l’autoservie éhontée. Le grabbing. Comment appelez-vous autrement ces postes internationaux dans des organisations intergouvernementales qui reviennent à des politiciens ou hauts fonctionnaires déchus ? Vous les payez aussi via vos impôts, qui financent la contribution de la Belgique à ces organisations.
Et quel est le résultat ?
La Belgique obtient moins de 50 sur 100 en termes d’efficacité gouvernementale. Et cela avec 56 % du PIB consacré aux dépenses publiques et une pression fiscale de plus de 60 % (la première plus élevée, à égalité plus élevée parmi les pays développés).
Un malgoverno sur toute la ligne, qui fait que la Belgique n’atteint même pas la moitié du score maximum, tandis que la Suisse et Singapour frôlent les 100 %.
Le rapport est négatif sur toute la ligne. La Belgique a un score de 69 sur 100 dans l’indice de perception de la corruption (CPI), selon le classement le plus récent de Transparency International. Une ONG aux préférences politiques marquées, mais c’est l’une des rares comparaisons disponibles. L’essentiel est que c’est le pire score de tous les pays d’Europe de l’Ouest.
Ces 69 points marquent une chute de 4 points par rapport aux 73 en 2023 et aux 77 en 2016. Au classement international, la Belgique occupe désormais la 22ᵉ place, nettement derrière ses voisins comme les Pays-Bas, l’Allemagne et le Luxembourg. Le score belge de 2025 est le plus bas jamais enregistré !
« Plus l’État s’immisce dans vos affaires, plus il y a d’opportunités pour la corruption active ou passive. Plus tout vous coûte cher également. »
Un point particulier de préoccupation est l’utilisation des fonds publics. L’étude révèle que les citoyens belges craignent une attribution inéquitable des subventions et des projets. Les citoyens redoutent cela. Et généralement, ils sont les meilleurs indicateurs pour mesurer la perception de la corruption – et, en réalité, la corruption elle-même.
Un indice dérivé est la Freedom of Corruption Index. Celui-ci atteignait 79 points en 2024. Encore une baisse par rapport aux 81 points de 2023. Cela signifie plus de corruption. La moyenne mondiale est de 44 sur 180 pays. Le score historique de la Belgique est de 72 pour la période 1996-2024, mais en 1999, il était tombé à 53 points et avait atteint un maximum de 96 en 1996, première année où l’indice fut calculé pour la Belgique. Le constat est clair : la Belgique est devenue de plus en plus corrompue au cours des 25 dernières années.
Cette corruption a des conséquences sur le climat d’investissement en Belgique. Elle rend notre pays peu attractif pour les investisseurs nationaux et étrangers. Un autre indice l’illustre parfaitement : la Belgique ne se situe qu’à la 34ᵉ place de l’indice de liberté économique. 19ᵉ au niveau européen. Derrière des pays comme le Botswana.
Pendant ce temps, nos politiciens ont tout le loisir de se disputer à propos des Palestiniens et de Gaza ou de fréquenter les festivals de musique. Ils réclament des commissions supplémentaires sur la question palestinienne, mais pas un mot sur la question belge dont nous parlons ici. C’est pourtant pour cela qu’ils sont grassement payés par les contribuables. Sur le conflit israélo-palestinien, ils ne peuvent rien changer : ce n’est pas de leur compétence, ni au niveau fédéral ni au niveau régional. En revanche, la lutte contre la corruption est une compétence fédérale. Nous payons même des fonctionnaires pour en discuter au sein du Conseil de l’Europe, et dans une institution spécialisée que nous avons contribué à créer et que nous finançons, le GRECO (Group of States against Corruption). Quant à l’économie, elle relève des Régions, sauf pour l’énergie et les télécommunications.
On pourrait penser que le climat économique, le climat entrepreneurial devrait être l’une des plus grandes préoccupations de nos élus et de nos gouvernements. Ne serait-ce que pour pouvoir continuer à prélever des impôts, afin de financer les dépenses publiques. Dans l’indice de liberté économique, il existe une sous-note consacrée aux dépenses publiques. Cette note est de 11,8 sur 100. Ce sont les dépenses publiques. La Belgique y obtient l’un des pires résultats au monde ! Cela signifie simplement que presque aucun autre pays ne dépense autant en proportion de ses revenus et de son PIB.
Peut-être les présidents de parti et les élus qui jugent les affaires gazaouies plus importantes que les affaires économiques devraient-ils se demander si ces Gazaouis paieront nos immenses dettes publiques, ou s’ils garantiront la durabilité de nos pensions ?
Lode Goukens
(Photo Jesus Monroy Lazcano – Unsplash)