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L’Iran en ébullition : anatomie d’une révolte sous blackout

par Harrison du Bus
Photos Belgaimage

Depuis fin décembre, l’Iran traverse l’une des crises les plus graves de son histoire récente. Manifestations massives, répression d’une brutalité extrême, coupure quasi totale d’Internet, menaces d’intervention américaine : tous les niveaux du pouvoir et de la société sont simultanément mis à l’épreuve. Mais derrière l’avalanche d’images, de chiffres contradictoires et de déclarations martiales, se dessine la réalité plus profonde d’un régime qui tue pour survivre, d’une société qui résiste sans direction politique claire, et d’un équilibre stratégique où chaque geste extérieur peut aussi bien précipiter la chute que refermer durablement le verrou.

Les scènes qui parviennent d’Iran, malgré un blackout numérique parmi les plus sévères jamais imposés, décrivent une violence d’une ampleur inédite depuis la révolution islamique de 1979. Des manifestations initialement déclenchées par la colère économique – effondrement de la monnaie, inflation, pénuries – ont rapidement basculé vers une contestation frontale du régime. Dans de nombreuses villes, les slogans visent directement le Guide suprême, Ali Khamenei (photo), et réclament la fin de la République islamique.

La répression, elle, s’est voulue immédiate et dissuasive. Tirs à balles réelles, usage massif de fusils à plomb et de chevrotine, descentes dans les hôpitaux, pression sur les familles pour récupérer les corps ; les témoignages convergent, même si leur vérification reste entravée par la coupure des communications. Les bilans oscillent de plusieurs centaines à plusieurs milliers de morts selon les sources. Cette divergence n’est pas un détail mais le produit même de la stratégie du régime. Couper Internet, c’est empêcher la société iranienne de se compter, et le monde extérieur de mesurer l’ampleur exacte de la répression.

Dans ce climat, la peur devient un instrument politique à part entière. Dans les grandes villes, une normalité trompeuse revient en journée ; la nuit, les slogans se crient depuis les fenêtres, les rues se vident, et chacun redoute que la contestation ne se transforme en guerre civile. Cette angoisse diffuse explique aussi le reflux partiel de la mobilisation. Lorsque la violence atteint un certain seuil, la classe moyenne se retire, non par adhésion au régime, mais par instinct de survie.

Le regard comme champ de bataille

Un trait frappe particulièrement les observateurs : la fréquence des blessures oculaires infligées aux manifestants. Des centaines de personnes auraient été hospitalisées pour des traumatismes aux yeux, souvent causés par des tirs délibérément dirigés vers le visage. Ce n’est pas une simple dérive opérationnelle. Dans l’histoire politique iranienne, l’aveuglement est un acte chargé de sens qui signifie la disqualification et la neutralisation sans effusion de sang. Autrefois réservé aux élites rivales, ce geste est aujourd’hui diffus, nié officiellement, mais reproduit à grande échelle.

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