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L’Arctique redevient un front

par Harrison du Bus
SIMON ELBECK / Danish Defence Co / HO / AFP

Pendant longtemps, l’Arctique a joui d’un statut à part, c’était un espace immense, hostile, coûteux, où la coopération l’emportait sur la confrontation, et où les États réduisaient leurs dispositifs hérités de la guerre froide. Cette parenthèse est désormais close. En quelques mois, la région est redevenue un lieu de friction stratégique, un espace de projection militaire et un terrain de compétition entre grandes puissances. Le Groenland, longtemps perçu comme une marge glacée, en est devenu l’épicentre politique et symbolique.

Le retournement ne tient pas à un événement unique, mais à la convergence de plusieurs dynamiques telles que la militarisation méthodique menée par la Russie depuis deux décennies, l’irruption progressive de la Chine dans le Grand Nord, la fonte accélérée des glaces, et, plus récemment, l’activisme brutal de Donald Trump autour du Groenland. Bout à bout ces facteurs ont remis l’Arctique au cœur des préoccupations occidentales et contraint l’OTAN à regarder vers le nord avec une attention qu’elle avait longtemps différée.

Le Nord comme axe vital de la dissuasion

Vu depuis l’Arctique, le monde change de géométrie. Les capitales européennes, les grandes villes américaines, les bases stratégiques apparaissent soudain plus proches, reliées par des trajectoires directes passant au-dessus du pôle. C’est par là que transiteraient les missiles intercontinentaux en cas de conflit majeur. Dix-huit minutes suffiraient pour relier la péninsule de Kola aux grandes métropoles américaines. Dans cet intervalle se jouent détection, identification et riposte.

La péninsule de Kola concentre l’un des nœuds militaires les plus sensibles de la planète. Elle abrite la flotte du Nord russe, dont les sous-marins nucléaires constituent un pilier central de la dissuasion de Moscou. Contrairement à l’Ouest, la Russie n’a jamais véritablement abandonné l’Arctique. Dès les années 2000, elle a entrepris de reconstruire et de moderniser ses infrastructures militaires dans la région : bases aériennes, ports, stations radar, capacités de surveillance et de projection. Aujourd’hui, elle contrôle environ la moitié des terres et des eaux arctiques, disposant d’un avantage géographique et logistique considérable.

Cette présence n’est pas seulement défensive, elle s’inscrit dans une doctrine globale où l’Arctique sert à la fois de sanctuaire nucléaire, de couloir de mobilité stratégique et de zone de contrôle maritime. La route maritime du Nord, qui longe les côtes russes, est présentée par Moscou comme une alternative commerciale majeure entre l’Asie et l’Europe, même si son potentiel reste largement conditionné par la fonte des glaces et par des investissements lourds.

Une OTAN longtemps en retrait

Face à cette montée en puissance, l’OTAN a longtemps paru hésitante. Après la fin de la guerre froide, la plupart des États arctiques, y compris les États-Unis, ont réduit leur présence militaire dans la région. Des bases ont été fermées, des effectifs rapatriés, des capacités abandonnées. L’Arctique était perçu comme coûteux, secondaire et marginal.

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