Abu Dhabi : reprise des pourparlers Russie-Ukraine-États-Unis sous la pression des frappes sur l’énergie
Mercredi, Ukrainiens, Russes et Américains se sont retrouvés à Abu Dhabi pour une deuxième session de discussions directes. Officiellement, l’objectif demeure inchangé. Explorer une sortie de guerre, ou au moins réduire les risques d’escalade et dégager des arrangements partiels. Dans les déclarations publiques, Kiev assure travailler « dans le cadre des directives du président Zelensky pour parvenir à une paix juste et durable ». Moscou, de son côté, répète une ligne tout aussi constante selon laquelle « l’opération militaire spéciale » continuera tant que l’Ukraine n’acceptera pas les conditions russes.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Une nouvelle séquence diplomatique s’ouvre ce mercredi à Abu Dhabi. Pour la deuxième fois en deux semaines, Ukrainiens, Russes et Américains se retrouvent en format trilatéral afin de tenter de rapprocher des positions encore très éloignées sur une issue au conflit. Le verrou principal reste territorial : Moscou maintient l’exigence d’un retrait ukrainien du Donbass, tandis que Kiev défend l’idée d’un gel le long de la ligne de front actuelle et refuse toute concession unilatérale. À cette fracture s’ajoutent des dossiers sensibles, comme le sort de la centrale de Zaporijjia, qui mêle enjeux militaires et énergétiques. Les discussions se tiennent surtout dans un climat aggravé par la reprise de frappes visant l’infrastructure énergétique ukrainienne, avec des coupures de chauffage et d’électricité au cœur d’un épisode de grand froid. Ce contexte rend la négociation plus incertaine et renforce la question qui plane sur ce round : s’agit-il d’un vrai effort de désescalade ou d’une diplomatie conduite sous contrainte, où la guerre continue de dicter le tempo.
La symétrie des langages masque une asymétrie de position. L’Ukraine veut d’abord éviter d’être poussée, au cœur de l’hiver, vers un accord dicté par l’urgence énergétique et la fatigue stratégique. La Russie cherche à capitaliser sur ce même hiver, sur la pression psychologique des coupures et sur le différentiel de rapport de force qu’elle estime favorable. Les États-Unis, enfin, apparaissent comme l’aiguillon et le metteur en scène, se disant proches d’un accord tout en constatant que les deux camps restent éloignés sur les paramètres clés.
Le format ressemble à celui du premier round : une séquence trilatérale, puis des discussions thématiques par groupes. Là encore, la diplomatie se déroule avec une part d’ombre. Les Russes entretiennent une communication minimale, le Temps évoque même une règle interne de silence jusqu’à la fin des échanges. Cette opacité n’est pas un détail de protocole. Elle devient un outil qui permet à Moscou de conserver le contrôle du tempo, de priver l’adversaire d’un récit public et d’empêcher les lignes rouges de se figer trop tôt dans l’opinion.
Le verrou territorial et l’ombre de Zaporijjia
Sur le fond le verrou est le territoire, et plus précisément l’Est. Moscou veut un retrait ukrainien du Donbass, en particulier de la région de Donetsk, y compris de cette ceinture de villes fortifiées qui sert de rideau défensif à l’armée ukrainienne. La demande russe est posée comme une condition préalable, ce qui revient à exiger de Kiev qu’elle se découvre avant même de négocier un cessez-le-feu consolidé.
Kiev, à l’inverse, plaide pour un gel du conflit le long de la ligne de front actuelle et rejette un retrait unilatéral. Cette divergence n’est pas seulement cartographique. Elle touche à la crédibilité future d’un accord. Un gel sur la ligne actuelle, pour l’Ukraine, limite la perte et laisse ouverte la question du statut. Un retrait imposé, pour l’Ukraine, aurait l’allure d’une capitulation progressive, donc d’un précédent. À l’arrière-plan, la question des garanties de sécurité continue de planer. Certains textes insistent sur l’absence de progrès sur ce chapitre, d’autres suggèrent des schémas de réaction en cas de violation. Ce sera l’articulation entre territoire, garanties et mécanismes d’application qui conditionnera la solidité d’un éventuel cessez-le-feu.
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