Affaire Epstein : chasse aux sorcières et hystérie collective (carte blanche)
Au-delà du scandale sexuel qui soulève une indignation légitime, l’affaire Epstein révèle une dérive plus générale : celle d’une opinion publique qui confond transparence et vindicte. Une carte blanche d’Alain Schenkels, dirigeant d’entreprise.
Publié par Contribution Externe
Résumé de l'article
Affaire Epstein : "une démocratie ne se mesure pas à la quantité d’informations qu’elle expose, mais à la manière dont elle les comprend. À vouloir tout montrer sans discernement, sans cadre ni analyse, on détruit la confiance publique au lieu de la restaurer."
La publication massive de documents liés à Jeffrey Epstein, le 30 janvier 2026 par le ministère américain de la Justice, semble lever un coin du voile sur la corruption touchant certains membres de l’élite : présidents, financiers, chercheurs, artistes, etc., déjà mise en évidence par la plainte de Virginia Giuffre contre le prince Andrew en 2021 et son suicide en avril 2025 – qui illustre tragiquement les ravages personnels en marge des feux médiatiques –, ou encore par la condamnation de Ghislaine Maxwell à 20 ans de prison pour trafic de mineures. Mais au-delà, elle déclenche une hystérie collective qui submerge la nuance.
Les listes de noms se propagent comme des preuves absolues de pédocriminalité, des hashtags viraux génèrent des milliers d’accusations sans vérifications, mêlant faits et rumeurs.
Les théories du complot explosent, transformant 3 millions de pages souvent caviardées – pas toujours au bon endroit – en arme de lynchage numérique immédiat.
L’avoir fréquenté fait-il d’une personne automatiquement un prédateur sexuel ? Poser la question c’est y répondre !
Dans la presse, des titres sensationnalistes dominent malgré l'absence de nouveaux procès ou inculpations. Le silence relatif de la justice alimente d’ailleurs des soupçons de complaisance vis-à-vis des élites, substituant le spectacle à l’enquête et menant à une suspicion généralisée ; une simple rencontre pouvant amener à présenter des excuses publiques.
Une chasse aux sorcières anti-élites
Un nom connu apparaissant dans un document suffit à déclencher une condamnation expéditive, une forme de culpabilité par association. C’est de l’anti-élitisme populiste qui permet à une rage jalouse de s’exprimer en stigmatisant des figures publiques de ce monde, prétendant ainsi assainir la société. C’est un effet boîte de Pandore, semer le chaos avec des données brutes qui polarisent plus qu’elles n’éclairent, nourrissant cynisme et division.
La question n’est plus « Qui sont les coupables dans l’affaire Epstein ? », mais « Quelles sont les personnes connues qui l’ont côtoyé ? ».
Comment réagir face à cet affolement médiatique ?
Cette hystérie dit notre époque, une fragilité démocratique où la transparence brute alimente la défiance et non la justice.
Car une démocratie ne se mesure pas à la quantité d’informations qu’elle expose, mais à la manière dont elle les comprend. À vouloir tout montrer sans discernement, sans cadre ni analyse, on détruit la confiance publique au lieu de la restaurer.
La vérité repose sur notre responsabilité collective, celle des institutions, mais aussi celle de chacun face à l’envie de juger trop vite.