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Zelensky ferait bien de respecter un peu plus l’Europe qui l’a aidé à coups de dizaines de milliards (Edito)

par Nicolas de Pape
Photos Belgaimage

À force de vouloir secouer ses partenaires, Volodymyr Zelensky a fini par franchir une ligne. En qualifiant l’Europe de continent « perdu », fragmenté et incapable d’agir sans impulsion extérieure, le président ukrainien n’a pas seulement critiqué une lenteur politique : il a manqué de respect à des sociétés entières qui se sont lourdement sacrifiées pour soutenir l’Ukraine.

Car derrière les discours diplomatiques et les sommets internationaux, il y a une réalité que Zelensky semble oublier — ou choisir d’ignorer. Les citoyens européens ont payé, très concrètement, le soutien à l’Ukraine. À coups de dizaines de milliards d’euros de prêts, d’aides directes et de garanties financières, mais aussi à travers des dizaines de milliards d’euros de surcoûts énergétiques provoqués par les sanctions contre la Russie. Ces choix ont été assumés politiquement, mais surtout supportés socialement.

Dans de nombreux pays européens, les factures d’énergie ont explosé. Des ménages ont vu leur pouvoir d’achat fondre. Des entreprises, notamment industrielles, ont fermé ou fait faillite, étranglées par des coûts de production devenus insoutenables. Ce n’est pas un détail collatéral : ce sont des emplois perdus, des territoires fragilisés, des tensions sociales accrues. Et tout cela a été accepté, bon gré mal gré, au nom de la solidarité avec l’Ukraine.

Dans ce contexte, entendre le chef de l’État ukrainien expliquer que l’Europe serait faible, inutile ou incapable de se défendre elle-même relève au minimum de l’ingratitude. On peut exiger davantage d’engagement, pousser à une Europe plus forte militairement et politiquement – ce débat est légitime. Mais mépriser ceux qui ont déjà payé un prix élevé n’est ni juste ni stratégique.

Elio Di Rupo l’a d’ailleurs souligné avec justesse en estimant que ces propos semblaient moins destinés à faire progresser l’Europe qu’à séduire d’autres puissances, dans un jeu de postures internationales peu respectueux de la réalité européenne. Cette lecture mérite d’être entendue, car elle pointe un malaise plus profond : l’Europe est sommée d’aider toujours plus, tout en étant publiquement dénigrée.

L’Europe n’est pas parfaite. Elle est lente, souvent divisée, parfois frileuse. Mais elle n’est ni absente ni indifférente. Elle a agi, massivement, parfois au détriment de ses propres équilibres économiques et sociaux. Cela mérite au minimum de la reconnaissance et du respect.

À vouloir constamment sermonner ses alliés, Zelensky prend le risque de fragiliser le soutien populaire européen – celui-là même qui conditionne la durée et la solidité de l’aide à l’Ukraine. Or sans ce soutien, aucune alliance ne tient longtemps.

La solidarité ne se décrète pas à coups de reproches. Elle se construit dans le respect mutuel. Et sur ce point, le président ukrainien ferait bien de se souvenir que l’Europe ne s’est pas contentée de paroles : elle a payé, cher.

Nicolas de Pape

(Photos Belgaimage)

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