L’Europe voulait prendre le leadership moral dans la lutte contre le changement climatique. Selon l’économiste anversois Peter De Keyzer (photo), il apparaît aujourd’hui de plus en plus clairement quel prix économique est payé pour ce choix. Fermetures d’usines chimiques, investissements qui se déplacent vers la Chine ou les États-Unis et prix de l’énergie durablement élevés ne sont pas des problèmes isolés, affirme-t-il, mais la conséquence de choix politiques délibérés.
Peter De Keyzer (Growth Inc.) est en Flandre un commentateur très sollicité dans les émissions d’actualité à la radio et à la télévision, ainsi qu’un éditorialiste incisif sur les réseaux sociaux. Dans cet entretien avec 21News, il analyse comment, selon lui, l’Europe en est arrivée à cette situation. Il ne plaide ni pour l’immobilisme ni pour l’abandon des ambitions, mais pour une Europe qui ose à nouveau choisir la croissance, l’industrie et le progrès.
21News : Le port d’Anvers est sous pression après la fermeture de l’entreprise chimique Envalior et la décision du producteur de plastiques verts Vioneo d’investir non pas à Anvers, mais en Chine. Que cela révèle-t-il, selon vous, des dysfonctionnements structurels actuels ?
Peter De Keyzer : Cela va bien au-delà d’Envalior et de Vioneo. Si l’on remonte un an en arrière, on observe des décisions similaires chez TotalEnergies, BASF et ExxonMobil, et auparavant déjà chez Arlanxeo. Il ne s’agit pas de dossiers isolés. L’Europe voulait résoudre un problème climatique mondial, mais entre-temps, c’est surtout notre industrie qui est en train de se « résoudre » elle-même.
Ce qui ne fonctionne pas structurellement, c’est une combinaison de facteurs qui se renforcent mutuellement. Tout d’abord, il y a la montée en puissance de la Chine. Nous nous sommes longtemps persuadés que la Chine continuerait à produire à bas coût, tandis que la valeur ajoutée resterait chez nous. Cela s’est révélé être une erreur d’appréciation.
Ensuite, la position des États-Unis a fondamentalement changé. L’énergie y est beaucoup moins chère et les entreprises y sont confrontées à nettement moins de règles. Enfin, l’Europe a trop longtemps pensé que le reste du monde finirait naturellement par nous ressembler. Imposer des accords commerciaux, des règles et des standards : c’était notre modèle de réussite pendant des années. Et il y a 25 à 30 ans, cela fonctionnait effectivement. L’accord climatique en a été l’aboutissement : prendre des engagements, en tant que communauté internationale, pour s’attaquer à un problème mondial.
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