Guerre des tarifs : Stephen Miran, l’économiste qui murmure à l’oreille de Donald Trump
Publié par Nicolas de Pape
• Mis à jour le
Stephen Miran, docteur en économie formé à Harvard, nouveau président du Council of Economic Advisers est l’homme qui inspire la politique tarifaire du 47e président des États-Unis. Figure montante de l’économie trumpienne, il a publié le 23 novembre 2024 un essai remarqué : A User’s Guide to Restructuring the Global Trading System. Sa thèse ? Les droits de douane ne sont pas des reliques protectionnistes mais des instruments fiscaux et géopolitiques.
Moquée d’emblée par de nombreux médias économiques, la politique commerciale de Trump repose pourtant sur une analyse rigoureuse des déséquilibres du système mondial. Dans son essai, Miran théorise une guerre des tarifs comme levier de puissance économique, industrielle et stratégique. Son influence sur le nouveau mandat de Trump est évidente. Elle structure désormais le cœur de sa doctrine économique.
Une réponse assumée aux maux structurels
Les tarifs douaniers sont au cœur de la stratégie économique trumpienne. Et ce n’est pas un hasard. Pour Miran, les États-Unis sont enfermés dans ce qu’il appelle le « Triffin world » : un monde où le dollar, en tant que monnaie de réserve mondiale, est structurellement surévalué. Résultat : les importations explosent, les usines ferment, et l’Amérique s’endette pour fournir au monde les dollars qu’il réclame.
« Dans le monde actuel, le dollar est structurellement surévalué »
Cette surévaluation, ajoute-t-il, « handicape les exportations américaines, facilite les importations, et détruit le tissu industriel ». Le diagnostic est implacable : depuis 1982, les États-Unis enregistrent un déficit courant ininterrompu. Entre 2000 et 2011, près d’un million d’emplois industriels ont été rayés par le choc commercial chinois. Et contrairement aux discours lénifiants sur la "reconversion", Miran tranche : « Les pertes ont été localisées, durables, et socialement dévastatrices. »
Il pointe aussi la financiarisation de l’économie, qui détourne les capitaux vers Wall Street et siphonne l’investissement productif. « L’Amérique subventionne involontairement les consommateurs étrangers en leur offrant un accès bon marché à ses marchés, au prix de son industrie », écrit-il. D’où la nécessité d’un changement radical.
Droits de douane : outil fiscal ou stratégie de reconquête ?
Miran assume : les droits de douane sont une arme économique. Ils permettent de restaurer une forme d’équilibre sans alourdir la fiscalité nationale. Mieux : ils peuvent rapporter gros. Il cite l’exemple de 2018-2019. Les tarifs contre la Chine ont été relevés de 17,9 points ; dans le même temps, le yuan a chuté de 13,7 % face au dollar. Résultat : les prix à l’import n’ont augmenté que de 4,1 %, mais le Trésor, lui, a encaissé.
« Ce sont les pays visés qui paient, via la baisse de leur pouvoir d’achat »
Selon lui, l’idée que le consommateur américain supporte seul le poids de la taxe ne tient pas. Et cette fiscalité extérieure pourrait, à terme, réduire la pression fiscale intérieure. Il va même plus loin : Miran propose d’intégrer les tarifs dans une réforme fiscale plus large. En combinant baisse des charges et hausse ciblée des droits de douane, il imagine des « dévaluations fiscales » qui stimuleraient la production sans faire exploser les prix.
Commerce, défense, monnaie : la nouvelle trinité stratégique
Ce qui distingue Miran, c’est sa capacité à articuler économie, souveraineté monétaire et stratégie de défense. Pour lui, ces domaines ne sont pas cloisonnés. Ils sont liés. Et les partenaires des États-Unis doivent désormais le comprendre.
« Les pays qui bénéficient de notre marché doivent aussi participer à notre effort de sécurité »
Miran propose donc un système de « gradation tarifaire ». Les pays alignés sur Washington en matière stratégique, commerciale ou technologique bénéficieraient d’un tarif réduit. Les autres – ceux qui commercent avec la Chine, qui ne respectent pas la propriété intellectuelle, ou qui ne paient pas leurs engagements OTAN – verraient leurs exportations surtaxées. À chacun de choisir son camp.
Il pousse la logique plus loin : le dollar est un outil de puissance. Il permet de sanctionner, d’exclure, de contrôler. Mais il a un coût. Ce privilège de battre monnaie mondiale, les États-Unis ne peuvent plus l’assumer seuls. Il faut le faire financer par ceux qui en profitent.
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