Les antifas de Liège sont punis, ce n'est que justice (Carte blanche)
"Les antifas de Liège (...) sont sanctionnés car ils ont fait le choix de sortir du cadre." Une carte blanche de Marcela Gori, vice-présidente (MR) du CPAS d'Anderlecht.
Publié par Contribution Externe
Résumé de l'article
"Une démocratie qui tolère que l’on fasse taire par la violence est une démocratie qui abdique." (Carte blanche)
Vous avez vu ? Huit personnes ayant participé à la manifestation « anti-Bouchez » à Liège ont été inculpées ce lundi, après des perquisitions menées dès le matin et de longues auditions. Comme le rappelle la RTBF ce mardi soir : « Le 18 septembre dernier, environ 400 manifestants s’étaient réunis devant l’université pour protester contre la venue de Georges-Louis Bouchez à l’occasion des trente ans du décès de Jean Gol. Des altercations, jets de projectiles et slogans hostiles avaient été observés. Le président du MR avait dû entrer par une porte dérobée. Plusieurs personnes avaient été en incapacité de travail suite aux incidents. »
Depuis ce mardi, certains crient au scandale « le MR est devenu fasciste, et la justice lui donne raison ». D’autres s’indignent « pourquoi arrêter des personnes pour une manifestation pacifique ? »
Une démocratie qui tolère que l’on fasse taire par la violence est une démocratie qui abdique.
Il faut mettre des mots sur ce qui s’est passé. Et la justice l’a fait : « Coups et blessures, association de malfaiteurs, rébellion en groupe et incitation à la haine ». Ce qui s’est passé n’est pas une sortie entre amis pour dénoncer dans le calme le positionnement du MR. C’était une manifestation haineuse, violente, et intimidante afin d’empêcher de s’exprimer ceux qui ne pensent pas comme eux. C’est inacceptable. Le MR l’a dit directement, notamment par les mots plein de justesse de Diana Nikolic, cheffe de groupe au Parlement wallon (et Liégeoise). Mais, évidemment, elle « exagérait ». Tout comme « le méchant Gloub ».
La justice vient de prouver l’inverse.
On ne peut que s’en réjouir.
Les bonnes et les mauvaises victimes
Ce qui est également choquant dans cette histoire, c’est que depuis mardi, ceux qui ont délibérément choisi la voie de la violence sont présentés par certains comme des victimes. Et ce renversement de la charge de culpabilité est une mécanique bien rodée à gauche, et à l’extrême gauche. Il y a les bonnes et les mauvaises victimes. Et quand la victime ne correspond pas à leur standard, alors celui qui a agressé cette victime devient elle-même… une victime. Certaines sorties sur les réseaux sociaux vont dans ce sens où la vraie victime « l’aurait quand même bien cherché ».
J’ai une question pour ces gens-là : avez-vous une seule seconde pensé à ceux qui ont été frappés ce 18 septembre, et qui sont peut-être encore choqués ? Aux personnes agressées pour le simple motif de participer à une conférence libérale ?
Nous connaissons tous la réponse.
Alors, je voudrais vous dire ceci : L’autorité n’est pas l’ennemie de la démocratie. Que du contraire.
L’autorité est une condition de la liberté collective
Une démocratie sans autorité n’est pas une démocratie plus libre. C’est une démocratie plus fragile. Car l’autorité, lorsqu’elle est exercée dans le cadre de l’État de droit, n’est pas une arme idéologique : elle est une condition de la liberté collective.
Manifester est un droit fondamental. Intimider, frapper, empêcher quelqu’un de s’exprimer ne l’est pas.
La frontière est pourtant claire. Mais depuis trop longtemps, certains tentent de la brouiller volontairement. À force de relativiser la violence lorsqu’elle vient “du bon camp”, on finit par normaliser l’intolérable.
Ce qui s’est passé à Liège n’a rien à voir avec la contestation démocratique. Empêcher un responsable politique — en l’occurrence Georges-Louis Bouchez — d’entrer par la porte principale, créer un climat de peur, provoquer des blessures, ce n’est pas débattre. C’est faire taire. Et une démocratie qui tolère que l’on fasse taire par la violence est une démocratie qui abdique.
Il est d’ailleurs révélateur que certains s’offusquent davantage des perquisitions que des coups portés. Comme si l’intervention de la justice était plus choquante que la violence elle-même. Comme si rappeler la loi était plus grave que de la violer.
La démocratie n’est pas le règne du rapport de force
Je suis juriste, et comme tous les juristes, j’aime rappeler une évidence : l’autorité judiciaire n’est pas un outil partisan. Elle ne protège ni un parti, ni un président, ni une idéologie. Elle protège un cadre. Et ce cadre est le même pour tous. Que l’on s’en réjouisse ou non, la justice a qualifié les faits, et ces qualifications existent précisément pour distinguer la manifestation légitime de la dérive violente.
À force de dé-légitimer toute forme d’autorité, on laisse le champ libre aux plus radicaux, aux plus bruyants, aux plus violents. Ceux qui respectent les règles se taisent. Ceux qui les piétinent imposent leur loi. Ce n’est pas un progrès démocratique. C’est une régression.
La démocratie repose sur une règle simple : les idées s’affrontent par les mots, jamais par la peur ou la violence. Et pour que cette règle tienne, il faut une autorité capable de l’incarner, de la faire respecter, et parfois de sanctionner. Les antifas de Liège ne sont pas sanctionnés parce qu’ils sont antifas ou parce que la police est (brillamment) pilotée par Bernard Quintin. Ils sont sanctionnés, car ils ont fait le choix de sortir du cadre. Et la justice leur rappelle que la loi du plus violent n’a pas sa place chez nous.
Elle rappelle également que ce n’est pas l’autorité qui menace la démocratie.
C’est son effacement.