Michel Claise : « Sans réaction de l’État face aux narcotrafiquants, nous deviendrons coauteurs de ces infractions »
Publié par Demetrio Scagliola
• Mis à jour le
Ancien juge d’instruction emblématique de la lutte contre la criminalité financière, Michel Claise est aujourd’hui une figure du parti DéFI. Depuis des années, il tire la sonnette d’alarme sur l’emprise croissante du narcotrafic en Belgique. Et son constat est sans appel : le pays est devenu une véritable « passoire » pour les trafiquants. Dans un entretien accordé à 21News, Michel Claise décrit une économie parallèle qui mine la démocratie, dénonce l’impuissance politique et appelle à une réponse ferme : la création d’un parquet national financier et d’une police anticorruption.
21News : Monsieur Claise, une magistrate anversoise vient de déclarer que la Belgique était devenue un « narco-État »...
Michel Claise : Effectivement, je ne suis pas très éloigné de cette analyse. Nous sommes d’accord sur la gravité des faits. La différence réside peut-être dans les mots, mais pas sur le fond. Oui, sur le plan économique, la Belgique est en grand danger. Dès lors qu’une économie parallèle prend le dessus sur l’économie légale, notre démocratie sociale — justice, sécurité, services publics — n’a plus les moyens de fonctionner. Cette magistrate a raison en disant qu'il y a une insécurité non seulement dans les rues mais également au sein de la magistrature, et ceci pour deux raisons. La première raison c'est évidemment le fait que des magistrats sont menacés depuis des années et vivent sus protection. On a même eu un ministre de la Justice (NDLR: Vincent Van Quickenborne) qui a dû vivre dans un bunker avec sa famille après des menaces sérieuses. Là où je nuance, c’est que contrairement à ce qu’on a vu en Colombie, à l’époque d’Escobar, les trafiquants n’ont pas encore pris possession des clés du pouvoir.
« Tant qu’on ne s’attaque pas à l’argent sale, on ne touchera jamais au cœur du système. »
21News : Vous avez été menacé, vous aussi ?
M.C. : Oui, bien sûr. Personnellement, j’ai reçu des lettres me disant : « Tu verras l’étoile du matin, mais pas celle du soir… » Nous sommes nombreux à avoir connu ce type de menaces. Ce phénomène s’aggrave, et c’est logique : le pouvoir des narcotrafiquants s’étend.
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