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« On est à 70 % de clients en moins » : la grève vide les commerce à Liège… et dans tout le pays

par Demetrio Scagliola
BELGA PHOTO GREGORY PIERARD

La semaine de grève qui paralyse les transports en commun en Belgique a des conséquences bien plus larges que les simples désagréments pour les usagers. À Liège  par exemple, où tous les dépôts du TEC Liège-Verviers sont à l’arrêt depuis plusieurs jours, les effets se font déjà lourdement sentir dans le centre-ville. Et ce constat local illustre un phénomène bien plus global : à chaque mouvement prolongé dans les transports, c’est toute une partie de l’économie qui tourne au ralenti.

Dans les rues commerçantes du centre de Liège, le contraste est frappant. Là où l’affluence est habituellement soutenue en semaine, les passants se font rares. « Pour le moment, c’est terrible. Avec cinq jours de grève, on est totalement impactés », témoigne Virginie, pharmacienne rue Cathédrale, dans les colonnes de La Meuse.

Son constat est sans appel : la fréquentation a chuté de 60 à 70 %, avec un impact immédiat sur le chiffre d’affaires. « En ville, notre clientèle est surtout composée de personnes qui viennent travailler ou étudier. Quand elles ne peuvent plus se déplacer, il n’y a tout simplement plus personne. »

Même son de cloche chez Oxfam, à quelques mètres de là. « Lundi et mardi, le magasin n’a pas ouvert. Ce mercredi matin, à peine deux ou trois clients », explique Michelle, bénévole. Faute de bus et de trains, une partie du personnel ne peut même plus rejoindre son lieu de travail. « Sur la semaine, le déficit va être important. »  Un témoignage également relayé par RTL Info.

Un impact économique qui dépasse largement Liège

Ce qui se joue cette semaine à Liège n’a rien d’isolé. L’impact économique des grèves est connu, mesuré et important, aussi bien pour le commerce que pour l’économie du pays en général. Selon plusieurs études économiques menées ces dernières années, chaque journée de grève dans les transports coûte des dizaines de millions d’euros à l’économie belge, en raison des pertes de productivité, de la baisse de consommation et des absences forcées dans les entreprises.

Les secteurs les plus touchés sont bien connus :

  • le commerce de détail, particulièrement dans les centres-villes ;
  • l’horeca, très dépendant des flux pendulaires ;
  • les PME, qui subissent retards, absentéisme et désorganisation ;
  • les services publics et privés, ralentis par l’impossibilité pour une partie du personnel de se déplacer.

À cela s’ajoute un coût indirect difficilement quantifiable : reports de rendez-vous médicaux, annulations de formations, retards de livraisons ou encore renoncement pur et simple à certaines activités économiques.

Une spirale préoccupante pour les centres-villes

Pour les commerçants urbains, déjà fragilisés par la hausse des coûts de l’énergie, l’inflation et la concurrence du commerce en ligne, ces grèves répétées agissent comme un accélérateur de fragilisation. Moins de transports, c’est moins de clients… et parfois moins d’emplois à terme. « On peut s’organiser un jour ou deux. Mais une grève de cinq jours, c’est une autre histoire », résume la pharmacienne liégeoise. Derrière cette phrase, un malaise largement partagé : celui d’acteurs économiques pris en otage de conflits sociaux dont ils ne sont ni responsables, ni bénéficiaires.

Un débat qui dépasse le seul cadre social

Si le droit de grève reste un pilier fondamental du modèle belge, la multiplication des mouvements prolongés dans les transports interroge de plus en plus sur leur impact collectif. À l’heure où la mobilité est présentée comme un levier central de la transition économique et environnementale, chaque semaine de paralysie affaiblit un peu plus la confiance dans les transports publics… et dans la vitalité des centres urbains.

À Liège comme ailleurs, les commerçants espèrent désormais un retour rapide à la normale. Mais la question de fond demeure : combien de semaines comme celle-ci l’économie belge peut-elle encore encaisser ?

Demetrio Scagliola

(BELGA PHOTO GREGORY PIERARD)

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