« Il faut des tarifs aux frontières de l’Europe » : Bernard Delvaux appelle l’UE à rompre avec ses réflexes
Face à la montée des importations chinoises, au coût de l’énergie et aux effets jugés contre-productifs de certaines règles européennes, Bernard Delvaux estime que l’Union doit changer de logiciel. Pour l’ancien patron d’Etex, l’heure n’est plus aux ajustements marginaux, mais à des mesures de protection rapides et à une gouvernance européenne plus forte.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
— Bernard Delvaux estime que l’Europe doit agir vite face au coût de l’énergie et au dumping chinois.
— Pour lui, des tarifs aux frontières sont désormais devenus indispensables.
— L’ancien patron d’Etex alerte aussi sur le manque d’investissement qui menace l’avenir industriel belge.
21News : Plusieurs industriels ont appelé l’Europe à se réveiller. Quelles seraient, selon vous, les deux ou trois mesures les plus urgentes à prendre ?
Bernard Delvaux : Il y a d’abord un premier niveau de protection qui est directement lié au coût de l’énergie. Tant que l’Europe acceptera un gaz durablement plus cher, une partie de son industrie restera structurellement pénalisée. Pour des groupes très consommateurs de gaz, comme peut l’être Etex, l’électricité verte ne suffit pas. Il faut donc limiter l’augmentation du coût du gaz, indépendamment même du contexte géopolitique actuel. Cela suppose notamment de geler ETS1, afin d’éviter une hausse du coût du CO2 qui deviendra très lourde dans les années à venir et qui rendra l’industrie européenne encore moins compétitive.
21News : Vous mettez aussi en garde contre ETS2. Pourquoi ?
Bernard Delvaux : Parce qu’on ajoute une deuxième couche de coût liée au CO2 alors que le mécanisme correcteur aux frontières n’est pas encore réellement opérationnel. On peut envisager ETS2, mais à condition que le CBAM fonctionne vraiment. Or ce ne sera pas le cas avant des années. Il ne faudrait donc pas mettre en place ETS2 avant que ce tarif carbone aux frontières soit pleinement efficace. Sinon, on fragilise encore davantage les producteurs européens sans corriger le déséquilibre vis-à-vis des importations.
21News : Vous insistez sur la question chinoise. À vous entendre, on n’est plus seulement dans un problème de compétitivité classique.
Bernard Delvaux : Exactement. On est sorti d’un cadre de concurrence normale. En Chine, on a aujourd’hui des capacités excédentaires très modernes, très efficaces, largement soutenues par l’État ou par les régions, et qui doivent tourner. Politiquement, il faut montrer qu’elles tournent. Donc elles vendent en dessous de leurs coûts. C’est du dumping. Et ce dumping cherche un débouché. Il ne peut pas vraiment aller vers les États-Unis, qui ont mis des tarifs, ni vers d’autres marchés qui se protègent davantage. Il se déverse donc en Europe. On voit déjà une forte hausse des importations chinoises dans plusieurs grands pays européens. Cela devient un sujet de souveraineté bien plus qu’un simple débat économique.
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