Le pape Léon XIV en Algérie : entre dialogue islamo-chrétien, liberté religieuse fragile et mémoire de Tibhirine
Le pape Léon XIV entame ce lundi une visite dans quatre pays africains. L'Algérie constitue la première et la plus importante étape de ce périple. Il s'agit de la première visite d'un souverain pontife dans ce pays, où l'islam est la religion d'État.
Publié par J.PE
Résumé de l'article
- Le pape Léon XIV visite quatre pays africains du 13 au 23 avril : l'Algérie, le Cameroun, l'Angola et la Guinée équatoriale.
- Premier déplacement d'un pape en Algérie, où l'islam est la religion d'État.
En choisissant de se rendre en Algérie, le pape Léon XIV ne fait pas qu’inscrire son pontificat dans la lignée du dialogue entre chrétiens et musulmans. Il marche aussi sur une ligne de crête : celle d’un pays où la liberté religieuse demeure étroitement encadrée et où le souvenir des violences contre les chrétiens reste à vif, trente ans après le drame de Tibhirine.
Derrière ce voyage, il y a une part de conviction personnelle. Dès son élection en mai 2025, Léon XIV a été sensibilisé à la mémoire des « 19 martyrs d’Algérie », ces religieux assassinés dans les années 1990 au plus fort de la guerre civile. Une mémoire encore brûlante, qui a largement pesé dans sa décision de faire de l’Algérie une étape majeure de son premier grand déplacement africain. Car ici, le passé ne passe pas.
Hommage discret aux moines de Tibhirine
Dans le quartier populaire de Bab el-Oued, à Alger, où furent assassinées deux religieuses espagnoles en 1994, le pape a tenu à se recueillir loin des caméras. Un geste discret, mais lourd de sens. Plus encore, l’ombre des moines de Tibhirine plane sur toute la visite. Enlevés en mars 1996 puis assassinés dans des circonstances jamais totalement éclaircies, ces sept trappistes français incarnent encore aujourd’hui une plaie ouverte. Officiellement, aucune visite à Tibhirine n’a été inscrite au programme. Officieusement, le sujet demeure trop sensible pour les autorités algériennes. Trente ans après, cette tragédie reste un point de tension mémoriel, entre silence d’État et quête de vérité.
Mais au-delà de cette mémoire douloureuse, c’est bien la situation actuelle des chrétiens qui constitue l’un des enjeux majeurs de ce déplacement. L’Algérie revendique une tolérance religieuse encadrée. La liberté de culte existe en théorie, mais dans les faits, elle reste strictement limitée. L’islam est religion d’État, et toute tentative de conversion depuis l’islam est socialement, voire juridiquement, proscrite. Les activités de prosélytisme sont interdites, et plusieurs églises protestantes ont été fermées ces dernières années. Même des organisations caritatives catholiques ont été contraintes de cesser leurs activités.
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