Les déclarations de J.D. Vance révèlent des divergences croissantes avec Marco Rubio (Analyse)
21News a déjà évoqué l’entretien remarqué de J.D. Vance avec Joe Rogan. Mais un aspect mérite davantage d’attention : ses déclarations montrent à quel point sa politique étrangère diffère de celle de Marco Rubio, son possible rival pour la succession de Donald Trump en 2028.
Publié par Peter Backx
Résumé de l'article
J.D. Vance défend un trumpisme non interventionniste, critique le soutien automatique à Israël et privilégie la négociation avec l’Iran.
Marco Rubio incarne au contraire une politique étrangère plus ferme, fondée sur la puissance américaine et la défense des alliés traditionnels.
Derrière leur loyauté commune envers Trump se dessine ainsi une possible bataille idéologique pour l’investiture républicaine de 2028.
L’un des passages les plus marquants de cet entretien de près de trois heures concernait Jeffrey Epstein. Lorsque Joe Rogan lui a demandé si le milliardaire mort en 2019 travaillait pour le Mossad, les services secrets israéliens, Vance a répondu qu’il pouvait selon lui s’agir « du Mossad, de la CIA ou d’un autre État profond ».
Il a ajouté qu’Epstein entretenait des liens avec de hauts responsables des services de renseignement américains et israéliens. Vance a également évoqué ce qu’il décrit comme des composantes de centre gauche d’un « État profond » israélien.
Il n’existe aucune preuve publique concluante qu’Epstein ait travaillé pour un service de renseignement. Il est donc particulièrement frappant qu’un vice-président américain en exercice avance aussi ouvertement cette théorie. Vance n’a pas davantage épargné sa propre administration : la communication autour des documents Epstein a été mal gérée et les informations auraient dû être rendues publiques beaucoup plus rapidement, a-t-il reconnu.
Les critiques envers Israël dépassent le cas Epstein
Comme 21News l’a déjà rapporté, Vance s’en est également pris, au cours du même entretien, à ce qu’il présente comme une campagne d’influence financée par Israël. Cette accusation est directement liée à l’Iran.
Vance défend les négociations avec Téhéran et cherche avant tout à éviter que les États-Unis ne se retrouvent une nouvelle fois entraînés dans une guerre prolongée au Moyen-Orient. Les adversaires de cette stratégie redoutent toutefois que Washington ne fasse trop de concessions au régime iranien.
Vance soupçonne Israël d’exercer des pressions sur l’opinion publique américaine afin d’amener Washington à adopter une ligne plus dure envers l’Iran. Il n’a cependant présenté aucun élément concret démontrant l’existence d’une campagne financée par l’État israélien.
Son message dépasse néanmoins le seul cas d’Israël. Vance estime que les alliés étrangers ne doivent pas exercer une influence décisive sur la décision des États-Unis d’intervenir militairement. C’est précisément sur ce point que la différence avec Marco Rubio devient intéressante.
Vance et Rubio incarnent deux versions du trumpisme
Le secrétaire d’État Marco Rubio adopte une ligne plus ferme envers l’Iran et accorde une grande importance au partenariat stratégique entre Washington et Israël. Vance incarne un autre courant au sein du Parti républicain.
Il souhaite limiter autant que possible les interventions militaires américaines. Les expériences irakienne et afghane pèsent lourdement sur cette vision. Au sein du mouvement America First, beaucoup considèrent depuis longtemps que Washington a sacrifié des sommes colossales et des milliers de vies humaines dans des guerres dont les résultats sont, à tout le moins, contestables.
Rubio envisage différemment la puissance américaine. Il reste plus proche de la doctrine républicaine classique, selon laquelle Washington doit employer activement son poids militaire, économique et diplomatique pour protéger ses alliés et dissuader ses adversaires.
Cela ne signifie pas que Vance et Rubio soient ouvertement en conflit. Donald Trump fixe la ligne et tous deux insistent sur leur loyauté envers le président. Mais leurs divergences de fond deviennent de plus en plus manifestes.
La bataille pour la succession de Trump prend une dimension idéologique
Cette différence sera importante dans la perspective de 2028. Fin mars, 21News analysait déjà la possible bataille pour la succession de Donald Trump. J.D. Vance apparaissait alors comme le grand favori à l’investiture républicaine, mais Marco Rubio a depuis gagné du terrain. Leur rivalité potentielle prend désormais une dimension idéologique de plus en plus nette.
La question n’est pas seulement de savoir qui peut succéder à Trump, mais surtout quelle version du trumpisme lui survivra. Vance veut pousser plus loin la logique d’America First : moins d’interventions extérieures, davantage de retenue face aux conflits militaires et moins de soutien automatique aux alliés traditionnels. Rubio défend une présence américaine plus active dans le monde. L’Iran et Israël rendent cette différence particulièrement visible.
L’Iran, test majeur pour les deux camps
Vance s’oppose à une nouvelle guerre américaine prolongée contre l’Iran. Il privilégie donc, dans un premier temps, les discussions avec Téhéran. Son objectif est d’éviter que Washington ne s’enlise à nouveau militairement au Moyen-Orient. Ses adversaires y voient cependant un danger : si Téhéran pense que Washington veut éviter à tout prix une guerre d’envergure, les menaces américaines risquent de perdre en crédibilité.
Vance aborde le problème sous un autre angle. Il insiste surtout sur les conséquences possibles d’une nouvelle guerre ou d’un effondrement soudain du régime. Il a notamment mis en garde contre un exode massif depuis l’Iran, un pays qui compte environ 90 millions d’habitants, en établissant un parallèle avec la Syrie.
Cette comparaison est contestée. L’Iran diffère profondément de la Syrie par son histoire, sa population et son organisation politique. Personne ne sait non plus combien d’Iraniens quitteraient le pays si le régime actuel venait à disparaître.
Son raisonnement montre néanmoins clairement comment Vance envisage la politique étrangère. Il ne s’interroge pas seulement sur la menace représentée par un régime hostile, mais aussi sur les conséquences potentielles d’une intervention militaire américaine.
Un avant-goût de 2028
Les déclarations de Vance dépassent donc largement la polémique suscitée par un seul podcast. Elles précisent la direction qu’il souhaite donner à America First, tout en accentuant son contraste avec Rubio.
Ce débat est également important pour l’Europe. Vance estime depuis longtemps que les pays européens doivent consacrer beaucoup plus de moyens à leur propre défense. Il souhaite aussi que les États-Unis interviennent moins rapidement dans les conflits extérieurs.
La primaire républicaine de 2028 pourrait ainsi opposer deux versions du trumpisme. Pour l’instant, Trump maintient ces deux courants unis. Mais le débat sur l’Iran et Israël révèle déjà les principales lignes de fracture susceptibles d’apparaître après son départ.