Municipales : le drôle de trou de mémoire de Prisca Thevenot sur Édouard Philippe
Invitée de France 2 pour commenter le second tour des municipales, Prisca Thevenot a provoqué un bref moment de flottement en semblant redemander de quel Édouard Philippe il était question, quelques instants après la victoire de l’ancien Premier ministre au Havre. Une séquence minuscule en apparence, mais politiquement révélatrice des lignes de fracture qui se dessinent déjà au sein du bloc macroniste à l’approche de 2027.
Publié par Harrison du Bus
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Résumé de l'article
— Invitée de France 2 lors de la soirée du second tour des municipales, Prisca Thevenot a provoqué un malaise en semblant demander s’il s’agissait bien d’Édouard Philippe lorsque Léa Salamé évoquait sa victoire au Havre
— La séquence, aussitôt relevée avec ironie par les journalistes et les autres responsables politiques présents, a mis en lumière les tensions implicites entre Renaissance et Horizons à l’approche de 2027
— Derrière ce flottement télévisuel se lit déjà la compétition au sein du bloc macroniste entre les partisans de Gabriel Attal et ceux qui voient en Édouard Philippe un candidat naturel pour l’après-Macron
Il y a des instants de télévision qui valent moins pour leur gravité intrinsèque que pour ce qu’ils révèlent. La séquence survenue dimanche soir sur le plateau de France 2 appartient à cette catégorie. Alors que la chaîne commentait le second tour des municipales 2026, Prisca Thevenot, députée Renaissance, a semblé marquer un temps d’arrêt lorsque Léa Salamé l’a interrogée sur la victoire d’Édouard Philippe au Havre et sur ses conséquences dans la perspective de la présidentielle de 2027.
🔴🇫🇷 ALERTE VIDÉO | Prisca Thevenot a oublié qui était Édouard Philippe, le plateau explose de rire. Puis elle essaye de se rattraper. pic.twitter.com/9Ed1WnzvhO
— Jon De Lorraine (@jon_delorraine) March 22, 2026
L’ancien Premier ministre venait pourtant d’intervenir en direct depuis la cité normande, après son élection à la mairie avec 47,7 % des voix. Dans ce contexte, la question de Léa Salamé était limpide. Après avoir entendu Prisca Thevenot mettre en avant Gabriel Attal et défendre la ligne de sa famille politique contre « l’extrême droite » et « l’extrême gauche », la journaliste lui a demandé si la victoire d’Édouard Philippe ne lui donnait pas, ce soir-là, une longueur d’avance sur l’ancien Premier ministre devenu figure montante de l’après-macronisme. C’est alors que la députée a répondu : « Vous parlez de monsieur Édouard Philippe d’Horizons ? »
La phrase, en elle-même, n’a rien d’explosif. Mais sa formulation, son ton et le contexte ont suffi à créer un léger moment de gêne sur le plateau. Léa Salamé a immédiatement relevé l’étrangeté de la réponse, en précisant avec une ironie visible qu’il s’agissait bien de « monsieur Édouard Philippe », avec qui Prisca Thevenot a travaillé. Les autres responsables politiques présents ont saisi l’occasion. Sébastien Chenu s’est engouffré dans la brèche en rappelant qu’il s’agissait de « l’ancien Premier ministre », tandis que Laurent Wauquiez en a rajouté avec un sourire appuyé. Laurent Delahousse, lui, a scellé la scène d’une formule télévisuelle presque écrite d’avance : « Ce petit moment restera dans les archives. »
Un flottement de plateau devenu symptôme politique
Prisca Thevenot a bien tenté de désamorcer l’incident en expliquant qu’elle cherchait simplement à préciser la question et qu’il n’y avait « aucune espèce de polémique à chercher ». Elle a ensuite rappelé qu’Édouard Philippe avait été Premier ministre d’Emmanuel Macron, qu’elle avait soutenu sa politique et qu’elle saluait sa victoire au Havre. Mais l’essentiel était déjà joué. Ce moment, aussi bref soit-il, a donné à voir une crispation qui dépasse le simple accident de plateau.
Car derrière cette hésitation, réelle ou jouée, se profile une question beaucoup plus lourde : celle de la compétition interne au sein de l’espace macroniste pour l’après-2027. En mettant aussitôt Gabriel Attal au centre de sa réponse, Prisca Thevenot a fait plus que défendre un camarade partisan. Elle a rappelé qu’au sein de Renaissance, l’évidence philippiste n’existe pas. La victoire havraise d’Édouard Philippe renforce certes sa stature, mais elle ne suffit pas à effacer les rivalités, les fidélités partisanes et les stratégies concurrentes entre Renaissance et Horizons.
C’est d’ailleurs ce qui rend la scène intéressante. Le téléspectateur n’a pas seulement assisté à un petit embarras télévisuel ; il a vu se matérialiser, en quelques secondes, le malaise d’un camp qui n’a pas encore tranché la question de son héritage. Édouard Philippe avance, Gabriel Attal est poussé par les siens, et chacun tente déjà d’installer sa légitimité dans la perspective de l’élection présidentielle.
La victoire du Havre comme point d’appui présidentiel
La réélection d’Édouard Philippe au Havre n’est pas un simple succès local. Cette victoire était très attendue par l’ancien chef du gouvernement, qui entend désormais peser dans la course à l’Élysée. Le Havre n’est pas, pour lui, un refuge municipal ou un repli provincial. C’est un socle politique, une base de légitimité, une démonstration de capacité électorale à un moment où l’ensemble du centre macroniste cherche encore son visage pour l’après-Macron.
Dans ce cadre, la question posée à Prisca Thevenot n’avait rien d’anecdotique. Elle touchait au cœur du moment politique. Édouard Philippe, fort de sa victoire, peut-il apparaître comme le candidat naturel du bloc central ? Ou bien Renaissance entend-elle défendre sa propre filière, en la personne de Gabriel Attal notamment ? La réponse embarrassée de la députée a, d’une certaine manière, confirmé l’existence même de ce problème.
Il faut aussi noter que cette séquence s’inscrit dans une soirée électorale déjà tendue pour le service public, après les polémiques du premier tour. Ce nouveau moment de flottement ajoute une touche de théâtralité à un scrutin municipal qui, sans être national par nature, agit de plus en plus comme un laboratoire d’alliances, de rivalités et de positionnements présidentiels.
Une scène légère, mais pas tout à fait innocente
Il serait excessif de transformer cette hésitation en crise d’État. Mais il serait tout aussi naïf de n’y voir qu’un simple quiproquo. En politique, surtout à la télévision, les micro-séquences comptent souvent moins par leur contenu brut que par l’impression qu’elles laissent. Or celle-ci a laissé une impression très nette : celle d’une majorité ou d’un ex-bloc majoritaire où les fidélités ne sont plus alignées, où les ambitions se croisent, et où le nom d’Édouard Philippe ne va plus de soi pour tout le monde, même parmi ceux qui ont gouverné à ses côtés.
La réplique finale de Prisca Thevenot, destinée à refermer la parenthèse, n’a d’ailleurs fait que confirmer cette volonté de réinscrire la discussion dans un cadre partisan clair. Oui, elle a salué la victoire d’Édouard Philippe. Mais elle a surtout rappelé qu’elle était « adhérente Renaissance » et qu’elle était « très bien dans sa famille politique ». Autrement dit, derrière le sourire crispé et le flottement du direct, chacun a repris sa place.
Et c’est là que réside l’intérêt de ce petit moment promis aux archives : il aura montré, en quelques secondes de télévision, que la bataille de 2027 a déjà commencé, jusque dans les réflexes, les silences et les noms que l’on hésite, ou non, à prononcer.