Pensions: ce qu’on ne vous dit pas sur les réformes des retraites en Belgique
Derrière les débats enflammés sur la réforme des pensions portée par le gouvernement De Wever, une réalité s’impose : le système belge a déjà profondément changé au cours des quinze dernières années. Une étude fouillée du CRISP met en lumière une transformation progressive mais structurante, souvent sous-estimée.
Publié par Demetrio Scagliola
Résumé de l'article
- L’étude du CRISP montre que les pensions ont déjà été profondément réformées entre 2011 et 2025, bien avant les débats actuels.
- Le système a basculé vers une logique de carrière : il faut désormais travailler plus longtemps pour partir à la retraite.
- Les régimes (salariés, indépendants, fonctionnaires) se rapprochent progressivement, même si des différences subsistent.
- Les réformes à venir du gouvernement De Wever
Sommaire
- Une bascule stratégique : du préfinancement à la réforme
- Travailler plus longtemps : la réforme la plus structurante
- Une convergence des régimes… mais incomplète
- Un changement de nature du système
- Des pensions plus encadrées… mais aussi plus redistributives
- Le contexte actuel : vers une réforme de rupture ?
- Un débat explosif… et loin d’être tranché
- Conclusion : une transformation silencieuse… avant une rupture ?
Le constat de départ est posé sans détour par le politologue Quentin Detienne : les réformes des pensions en Belgique s’inscrivent dans une trajectoire entamée dès le début des années 2010, dans le sillage de la crise financière. « De nombreuses réformes ont été adoptées […] dans une période marquée par la crise bancaire et financière […] et ses répercussions sur les finances publiques »
Contrairement à une idée répandue, ces réformes ne sont pas marginales. Elles ont profondément modifié l’équilibre du système, notamment en réponse à deux pressions majeures : le vieillissement démographique et la soutenabilité budgétaire
En chiffres, l’enjeu est colossal : plus de 2,5 millions de pensionnés et 68,2 milliards d’euros de dépenses annuelles, soit plus de 11 % du PIB.
Une bascule stratégique : du préfinancement à la réforme
L’un des aspects les plus intéressants de l’étude du CRISP est de montrer ce changement de paradigme. Jusqu’aux années 2010, la Belgique misait sur une logique de préfinancement (via notamment le Fonds de vieillissement). Mais cette stratégie a été abandonnée au profit d’une transformation interne du système. « À partir des années 2010 […], cette politique de préfinancement cède le pas […] à une autre stratégie, celle des réformes du système lui-même », souligne ce bulletin.
À partir de ce moment-là, l’objectif devient double : tout d'abord, il s'agit d'augmenter le taux d’emploi des seniors mais aussi contenir la croissance des dépenses.
Autrement dit : faire travailler plus longtemps pour financer le système.
Travailler plus longtemps : la réforme la plus structurante
C’est probablement l’enseignement central de l’étude de Quentin Detienne : la réforme la plus importante n’est pas celle que l’on croit. Le relèvement de l’âge légal (vers 67 ans) a marqué les esprits. Mais en réalité, le véritable tournant est ailleurs : dans le durcissement des conditions d’accès à la pension anticipée. « Les voies d’accès à la pension […] se sont considérablement rétrécies depuis 2011 »
En réalité, la durée de carrière exigée est passée de 35 à 42-44 ans et le départ anticipé devient de plus en plus difficile. Les conséquences de cette évolutions sont palpables : le système bascule d’un modèle basé sur l’âge… vers un modèle basé sur la carrière. « Avant ces réformes, c’est l’âge […] qui était déterminant […]. Désormais, le centre de gravité […] se trouve plutôt dans la durée de la carrière », poursuit Quentin Detienne. Une évolution lourde de conséquences sociales, notamment pour : les jeunes diplômés (entrée tardive sur le marché du travail) et pour les carrières hachées.
Une convergence des régimes… mais incomplète
Autre transformation majeure mise en évidence par le CRISP : la convergence progressive des régimes de pension. Traditionnellement, la Belgique reposait sur trois systèmes distincts : les salariés, les indépendants et les fonctionnaires.
Mais avec le temps et les réformes, ces différences se sont réduites, notamment sur : les conditions d’accès et sur certaines règles de calcul. « Les conditions […] ont été fortement rapprochées entre les trois régimes », poursuit le bulletin. Mais des spécificités subsistent, en particulier pour les agents statutaires, même si celles-ci sont désormais clairement dans le viseur des réformes actuelles, les différences demeurent tout de même profondes.
Un changement de nature du système
Plus profondément encore, l’étude pointe une mutation conceptuelle. La pension n’est plus seulement une « retraite » au sens classique. « La pension “de retraite” n’en est plus véritablement une ; elle a été remplacée par une prestation répondant à la logique de l’assurance vieillesse. » Deux évolutions majeures illustrent ce basculement : la possibilité de cumuler pension et activité professionnelle et le lien renforcé entre carrière et droits. Le système s’éloigne ainsi d’un modèle de sortie définitive du marché du travail.
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