500 euros de Job Bonus, taxe auto en baisse… mais la Wallonie va aussi serrer la vis
Job Bonus jusqu’à 500 euros, taxe de circulation en baisse, successions moins taxées mais économies importantes : le gouvernement wallon MR-Les Engagés a dévoilé son budget et sa trajectoire jusqu’en 2029, année où il promet le retour à l’équilibre.
Publié par Demetrio Scagliola
Pour la première fois, le gouvernement wallon ne présente pas seulement son budget pour l’année suivante, mais une trajectoire complète sur trois exercices. L’objectif politique reste celui fixé au début de la législature : ramener les comptes wallons à l’équilibre en 2029. Le déficit SEC devrait ainsi passer de 2,016 milliards d’euros en 2026 à 1,351 milliard en 2027, puis 855 millions en 2028, avant un léger surplus de 15 millions d’euros en 2029.
Une trajectoire qui s’est toutefois dégradée par rapport à celle prévue dans l’accord de gouvernement : celui-ci tablait encore sur un déficit de 1,124 milliard en 2027 et de 600 millions en 2028. Sans nouvelles mesures, en revanche, le déficit aurait atteint 1,736 milliard en 2027, 1,801 milliard en 2028 et encore 1,370 milliard en 2029.
« Nous avons travaillé, pour la première fois, sur une trajectoire budgétaire pluriannuelle, sur trois ans, s'articulant autour d'une série de priorités », a expliqué lundi le ministre-président Adrien Dolimont.
Jusqu’à 500 euros de Job Bonus
La mesure la plus directement perceptible pour les ménages sera la création d’un Job Bonus wallon, inspiré du système flamand. La Région y consacrera 205 millions d’euros.
À partir de 2028, les salariés domiciliés en Wallonie gagnant jusqu’à 5.000 euros brut par mois pourront recevoir une prime annuelle. Elle atteindra 500 euros pour les revenus les plus modestes, puis diminuera progressivement jusqu’à 50 euros pour un salaire brut de 5.000 euros. Le gouvernement prévoit par ailleurs une exonération fiscale fédérale afin que l’intégralité de la prime bénéficie au travailleur.
Selon le gouvernement, quelque 900.000 travailleurs devraient être concernés.
Autre arbitrage important : les allocations familiales échappent aux économies. Allocation de base, suppléments sociaux, aides liées au handicap ou à la monoparentalité ainsi que primes de naissance, d’adoption et de rentrée scolaire sont maintenus.
La taxe de circulation va baisser
Les automobilistes bénéficieront également d’une baisse de la taxe annuelle de circulation à partir du 1er avril 2027. Le gain atteindra 75 euros pour les véhicules de 751 à 1.950 cm³, 60 euros entre 1.951 et 3.050 cm³ et 40 euros au-delà. Pour une voiture de 1.600 cm³, le gouvernement donne l’exemple d'une taxe qui passerait, sur la base des tarifs actuels, de 358,51 à 283,51 euros.
Les véhicules électriques seront ramenés au tarif plancher. Les oldtimers soumis aux restrictions propres aux véhicules de collection ne paieront plus de taxe annuelle à partir d’avril 2027. La taxe sur les remorques légères disparaîtra en 2028 et les familles monoparentales obtiendront une réduction supplémentaire de 30 euros.
Mais cette baisse doit être mise en parallèle avec l’arrivée de la vignette automobile wallonne, prévue le 1er mai 2027. Elle doit rapporter quelque 327 millions d’euros sur une année complète et faire contribuer également les automobilistes étrangers utilisant le réseau wallon.
Les successions également revues
Le gouvernement confirme aussi une importante réforme des droits de succession à partir du 1er janvier 2028. En ligne directe, les 75.000 premiers euros hérités par bénéficiaire seront exonérés. Selon les estimations régionales, 62 % des successions en ligne directe devraient ainsi ne plus être taxées, contre moins de 25 % actuellement.
Pour les autres héritiers, le taux maximal sera ramené de 80 à 50 %. La baisse déjà annoncée des droits de donation immobilière entrera également en vigueur en 2028.
3,5 milliards pour les infrastructures et 750 millions pour la rénovation
L’autre volet du budget est celui des investissements. Le nouveau Plan Infrastructures mobilisera plus de 3,5 milliards d’euros sur sept ans, pour les routes, ponts, tunnels, voies hydrauliques ou encore la mobilité active.
Son financement reposera notamment sur la vignette, l’extension du prélèvement kilométrique pour les poids lourds et le CO2 tolling.
Le gouvernement réserve par ailleurs 750 millions d’euros à la rénovation énergétique des logements, dont 150 millions en 2027 et 300 millions dès 2028. L’objectif est de soutenir le nouveau système de rénovation tout en continuant à financer les engagements pris dans le cadre des anciens régimes de primes.
Trois années d’efforts budgétaires
Mais ces nouvelles dépenses et baisses fiscales ont leur contrepartie. Pour dégager les marges nécessaires, le gouvernement appliquera en 2027, 2028 et 2029 une diminution de deux points de certaines indexations ainsi que des sauts d’index ciblés. L’indexation normale reprendra en 2030.
Les pouvoirs locaux seront notamment concernés. Pour le Fonds des communes, le Fonds des provinces et plusieurs autres dotations, ce sont bien deux points d’indexation qui seront retranchés, et non 2 % du montant des dotations. Surtout, il n’y aura pas de rattrapage en 2030 des indexations non accordées durant les trois années précédentes.
Les dispositifs d'aide à l'emploi seront également mis à contribution. La réforme des APE, la révision des mécanismes d’indexation, la rationalisation des aides à la formation ou encore la lutte contre le double subventionnement doivent générer 170 millions d’euros d’économies en 2027, 284 millions en 2028 et 368 millions en 2029.
Wallonie Entreprendre, les aéroports et les provinces mis à contribution
D’autres économies structurelles sont prévues. Les moyens régionaux accordés à Wallonie Entreprendre et Wallonie Santé seront progressivement ramenés à zéro, tandis que les subsides accordés aux aéroports wallons diminueront. Une première réduction de 20 millions est prévue en 2028, puis de 31 millions en 2029. Les provinces devront de leur côté fournir un effort de 13 millions d’euros par an.
Le gouvernement et le Parlement wallons seront eux-mêmes soumis à un gel complet des indexations. L'exécutif rappelle que cette mesure s'ajoute à la réduction du nombre de ministres, à la diminution de 10 % des effectifs des cabinets et au gel de la rémunération des ministres et députés.
Le secteur du handicap est en revanche explicitement immunisé contre l’effort budgétaire. Le gouvernement prévoit même 5,9 millions d’euros supplémentaires dès 2027 pour les situations les plus complexes.
Le pari du gouvernement Dolimont est donc désormais posé : rendre du pouvoir d’achat, maintenir un niveau élevé d’investissement et, simultanément, réduire suffisamment la progression des dépenses pour effacer le déficit wallon en trois ans. Une équation dont une partie des effets ne se fera réellement sentir qu’en 2028, année où entreront notamment en vigueur le Job Bonus et la réforme des successions.