Actiris : Cristina Amboldi démissionne... un jour avant la fin de son mandat
La directrice générale d’Actiris, Cristina Amboldi, a présenté sa démission avec effet immédiat. Un départ abrupt qui intervient dans un contexte de tensions politiques, de contestations internes et de fragilité persistante autour de sa désignation.
Publié par Demetrio Scagliola
Résumé de l'article
- Cristina Amboldi démissionne de la direction d’Actiris dans un climat de tensions politiques et internes
- Elle dénonce un manque de respect, de concertation et des ingérences politiques
- Sa nomination, annulée par le Conseil d’État, restait fragilisée depuis plusieurs mois
- Actiris se retrouve sans direction dans un moment délicat pour ses politiques d’emploi
La décision est tombée ce lundi et a immédiatement plongé Actiris dans une situation délicate. En l’espace de quelques jours, l’organisme bruxellois de l’emploi se retrouve sans direction, alors que le mandat de la directrice générale adjointe n’a pas été renouvelé par le gouvernement. Une vacance au sommet qui survient à un moment particulièrement sensible pour l’institution.
Cristina Amboldi a remis sa démission au ministre bruxellois de l’Emploi et de l’Économie, Laurent Hublet (Les Engagés), invoquant un malaise devenu insurmontable. Dans les colonnes du Soir, elle explique que « le cadre actuel pour l’exercice de la fonction n’est plus en adéquation avec [sa] façon de voir celle-ci ». Dans un courrier adressé au personnel, elle dénonce plus frontalement un « manque de respect récurrent envers les administrations », pointant aussi l’absence de concertation et des ingérences politico-politiques dans la gestion de l’organisme.
Un climat et des relations nettement dégradés
Derrière ces mots, c’est bien un climat de tension durable qui apparaît. Selon plusieurs sources internes, les relations se sont nettement dégradées ces dernières semaines, notamment autour d’un plan d’économies porté par le ministre et qui touche directement les politiques d’insertion socio-professionnelle et d’accompagnement des demandeurs d’emploi. Au sein du comité de gestion, certains membres évoquent un manque de transparence et une concertation jugée insuffisante, des griefs qui auraient contribué à tendre davantage une situation déjà fragile.
Mais au-delà des difficultés récentes, cette démission remet aussi en lumière une question plus ancienne : celle de la légitimité même de Cristina Amboldi à la tête d’Actiris. Sa nomination avait été contestée dès le départ et a connu un tournant majeur en juin 2025, lorsque le Conseil d’État a annulé la procédure de désignation, estimant qu’elle n’offrait pas les garanties d’impartialité nécessaires. En cause notamment, son passage comme cheffe de cabinet adjointe auprès du ministre bruxellois de l’Emploi de l’époque, Bernard Clerfayt (DéFI), et l’accès anticipé à certains documents de sélection.
Si elle avait été maintenue à la tête de l’organisme à titre temporaire en novembre dernier, pour un mandat de six mois, cette situation transitoire n’avait jamais totalement dissipé les interrogations. Dans un contexte politique où DéFI ne fait plus partie de la majorité bruxelloise, les perspectives de renouvellement de son mandat apparaissaient d’ailleurs très limitées.
Démission: un timing qui pose question
Démissionner le 30 mars alors que ton CDI se termine le 31 mars… fallait oser! " Youssef Handichi (MR)
La démission de Cristina Amboldi intervient donc à la croisée de ces deux dynamiques : un conflit de gouvernance immédiat et une fragilité structurelle héritée de sa désignation.
Sur le plan politique, les réactions n’ont pas tardé. Le député MR Youssef Handichi a ironisé sur les réseaux sociaux : « Démissionner le 30 mars alors que ton CDI se termine le 31 mars… fallait oser! #Actiris ». De son côté, le président du MR Georges-Louis Bouchez avait déjà évoqué ce week-end, lors d’un échange avec François De Smet (DéFI) sur la désignation d'Axel Miller à la SFPM, , le caractère « très contesté » de cette nomination, en rappelant son lien avec un cabinet ministériel et les manquement à l'impartialité de la procédure de recrutement.
Dans l’immédiat, le comité de gestion d’Actiris assurera la gestion quotidienne de l’organisme, en attendant le lancement d’une procédure de recrutement pour une nouvelle direction générale. Le cabinet du ministre évoque la volonté d’assurer une transition « fluide », mais cette démission constitue déjà un premier test politique pour Laurent Hublet.
Dans son message d’adieu au personnel, Cristina Amboldi reconnaît que le moment choisi peut surprendre, mais assume sa décision : continuer dans ces conditions reviendrait, écrit-elle, à « faire semblant ». Une formule qui résume, en creux, l’impasse dans laquelle se trouvait devenue sa position.