Diamants belges : la fin de l’exception américaine, un choc pour Anvers
Selon les informations du Financial Times, les diamants belges ont perdu leur exemption aux droits de douane américains après le changement de base juridique opéré par l’administration Trump. Une évolution qui frappe directement Anvers et inquiète un secteur déjà fragilisé par la volatilité du commerce mondial.
Publié par Harrison du Bus
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Résumé de l'article
La nouvelle base juridique utilisée par Donald Trump pour imposer un droit de douane mondial de 10 % supprime les exemptions précédemment accordées aux diamants belges. Anvers, centre majeur du commerce mondial du diamant, perd un avantage stratégique face à ses concurrents, dans un contexte d’incertitude accrue et de tensions commerciales persistantes entre Washington et Bruxelles.
La parenthèse est refermée. Les diamants belges ne bénéficient plus d’aucun passe-droit aux États-Unis. La nouvelle base juridique choisie par l’administration Trump pour instaurer un droit de douane mondial de 10 % ne permet plus d’accorder des exemptions ciblées par pays. Une évolution qui frappe de plein fouet Anvers, déjà fragilisée, et qui illustre l’effet domino de la bataille commerciale engagée à Washington.
Une exemption balayée par un changement de base juridique
L’an dernier, l’Union européenne avait obtenu de Washington une série d’exemptions sur une douzaine de produits, dont les diamants, le liège portugais et les avions. Cette dérogation avait été arrachée au terme d’un intense lobbying belge, Anvers étant l’un des principaux centres mondiaux de taille et de polissage.
Mais la donne juridique a changé. Après que la Cour suprême américaine a invalidé la base légale initiale utilisée par Donald Trump pour imposer ses droits de douane, le président américain a activé une autre disposition — la Section 122 du Trade Act de 1974 — afin d’instaurer un droit de douane global de 10 %. Ce nouveau mécanisme impose que les mesures soient appliquées « de manière cohérente » à tous les pays. Autrement dit, il ne permet plus d’exemptions spécifiques par État. Les carve-outs négociés avec l’Union européenne disparaissent donc mécaniquement. Les diamants taillés et polis en Europe, qui échappaient aux droits de douane depuis septembre dernier, sont désormais à nouveau soumis à la taxe américaine.
Un secteur concentré, donc vulnérable
En valeur globale, l’impact semble modeste : les exemptions supprimées concernent environ 4,6 milliards de dollars d’échanges annuels sur les 633 milliards d’exportations européennes vers les États-Unis en 2025, soit moins d'1 % du total. Mais cette lecture agrégée masque une réalité plus brutale. L’effet est concentré sur quelques filières et quelques territoires. Et pour Anvers, plaque tournante historique du commerce diamantaire, le choc est réel.
L'Antwerp World Diamond Centre a immédiatement indiqué que les entreprises devaient considérer que le droit de 10 % s’applique « jusqu’à confirmation claire du contraire ». Le ministère belge des Affaires étrangères Maxime Prévot dit analyser les nouvelles mesures, tandis que la Commission européenne a engagé des contacts avec Washington afin de clarifier la portée et la durée du nouveau régime.
Matthias Diependaele, ministre-président flamand, parle d’« onde de choc » ; les volumes d’échange sont sous pression, la volatilité s’accroît et la prévisibilité de la demande américaine s’est pratiquement évaporée.
Dans une industrie où les marges sont fines et les chaînes de valeur mondialisées — entre extraction, taille, certification et négoce — l’introduction d’un droit uniforme modifie brutalement les arbitrages.
Un avantage concurrentiel effacé
L’exemption européenne offrait un avantage stratégique face à des concurrents comme l’Inde ou Dubaï. Sa disparition remet tous les acteurs sur une ligne théoriquement identique — mais dans un contexte de marché déjà affaibli. La question n’est pas seulement tarifaire. Elle est aussi psychologique. L’incertitude constante entourant les décisions américaines pèse sur les flux commerciaux. Donald Trump a déjà évoqué la possibilité de porter ce droit de 10 à 15 %, plafond autorisé par la Section 122. Cette perspective entretient une volatilité peu compatible avec un commerce de biens à forte valeur unitaire.
Les experts juridiques soulignent d’ailleurs que la Section 122 lie les mains de l’administration américaine : elle ne permet pas d’accorder des exemptions ciblées à certains pays. La suppression des dérogations européennes n’est donc pas nécessairement un choix politique dirigé contre la Belgique ; elle découle d’un cadre légal plus rigide. Reste que pour Anvers, l’effet est le même.
Une onde de choc au-delà du diamant
Le cas belge n’est pas isolé. Le liège portugais perd lui aussi son exemption, affectant environ 247 millions de dollars d’exportations vers les États-Unis. En revanche, certaines catégories de produits initialement exemptées à l’échelle mondiale ont été transférées dans le nouveau régime.
La logique américaine semble désormais être celle d’un traitement uniforme, quitte à sacrifier des arrangements bilatéraux précédemment négociés.
Pour l’Union européenne, l’enjeu est double : clarifier la durée de cette nouvelle taxation globale et éviter qu’elle ne devienne structurelle. Pour la Belgique, la priorité est plus immédiate : préserver la compétitivité d’un secteur emblématique qui constitue un maillon central de la chaîne mondiale du diamant. Dans un contexte où le commerce international est devenu un instrument stratégique, le diamant anversois découvre qu’il n’existe plus de pierres intouchables.