"Je ne promets pas de cadeaux, car il n’y en aura pas " : De Wever presse la majorité de trouver 4 milliards
Face à une trajectoire budgétaire jugée préoccupante, le Premier ministre Bart De Wever appelle la majorité à prendre ses responsabilités. Selon lui, un effort supplémentaire d’au moins 4 milliards d’euros sera indispensable pour remettre les finances publiques sur les rails d’ici la fin de la législature.
Publié par Demetrio Scagliola
Résumé de l'article
- Le déficit belge devrait atteindre 25,1 milliards d’euros en 2026 et grimper jusqu’à 35,8 milliards en 2029 sans mesures supplémentaires
- Bart De Wever plaide pour un effort budgétaire d’au moins 4 milliards d’euros, voire davantage
- Le Comité de monitoring estime le besoin réel à 4,9 milliards d’euros minimum pour rester dans les clous européens
- La majorité est divisée sur la méthode, entre refus de nouvelles taxes et nécessité de trouver des recettes
Le signal du Premier ministre est clair : la Belgique devra serrer la vis. Devant la commission de l’Intérieur de la Chambre, Bart De Wever n’a pas cherché à minimiser la situation.
« Nous savons tous que cela sera difficile, mais c’est indispensable », a-t-il insisté. Le constat s’appuie sur le dernier rapport du Comité de monitoring, présenté lundi au gouvernement. Sans surprise majeure, selon le Premier ministre, mais avec une tendance lourde : « la situation n’est pas rose ».
Les chiffres donnent le ton. En 2026, le déficit budgétaire devrait atteindre environ 25,1 milliards d’euros, soit 3,8 % du PIB. Mais c’est surtout la trajectoire à moyen terme qui inquiète : sans mesures supplémentaires, le déficit pourrait grimper à 35,8 milliards d’euros en 2029, voire 41,5 milliards en 2031.
Un effort d’au moins 4 milliards… probablement plus
Pour contenir cette dérive, Bart De Wever évoque un effort budgétaire de 4 milliards d’euros “ou un peu plus pour être sûr”. Une estimation qui reste en deçà des calculs du Comité de monitoring, qui chiffre le besoin réel à 4,9 milliards d’euros pour respecter les engagements européens. « Les partis de la majorité doivent assumer leurs responsabilités, un point c’est tout », a martelé le Premier ministre.
À court terme, l’écart reste encore « gérable » (0,1 % du PIB en 2026). Mais il se creuse rapidement pour atteindre 0,6 % du PIB en 2029, soit plusieurs milliards d’euros supplémentaires à trouver.
Des recettes décevantes et des dépenses en hausse
Plusieurs facteurs expliquent cette dégradation. Tout d'abord, Des réformes fiscales incomplètes : certaines mesures censées générer des recettes, comme la réforme de la TVA sur certains secteurs, ont été retoquées ou retardées. Evidemment, on ne eut faire abstraction du contexte géopolitique tendu : la guerre au Moyen-Orient et les tensions autour du détroit d’Ormuz pèsent sur les prix de l’énergie et sur les recettes attendues. Enfin, les dépenses en hausse, notamment en matière de défense, avec 1,4 milliard d’euros supplémentaires prévus d’ici 2029 pour répondre aux engagements internationaux.
Résultat : même les efforts déjà consentis — plus de 30 milliards d’euros d’économies cumulées — ne suffisent plus à stabiliser la trajectoire.
L’Europe en ligne de mire
Au-delà des équilibres internes, la Belgique doit aussi composer avec les règles européennes. En théorie, le déficit public ne peut dépasser 3 % du PIB. Or, la Belgique devrait atteindre 4,9 % en 2029, bien au-delà des clous. L’objectif a donc été revu à la baisse : ramener le déficit autour de 4 %, voire simplement respecter la norme européenne de limitation des dépenses.
Mais même cet objectif intermédiaire reste hors de portée sans nouvelles mesures. Une réduction supplémentaire de 6 à 7 milliards d’euros serait nécessaire pour revenir dans les clous les plus stricts.
Un accord avant l'été?
Reste une question centrale : comment trouver ces milliards ? Les lignes de fracture sont déjà bien visibles au sein de la coalition Arizona. Le MR refuse toute hausse d’impôt tandis que Vooruit plaide pour un effort équilibré, combinant économies et nouvelles recettes Bart De Wever, lui, presse le tempo : « Mon opinion : il faut simplement s’y mettre. » Mais aucun calendrier clair n’a encore été fixé. Le Premier ministre semble vouloir d’abord corriger la trajectoire pour 2026 avant d’imposer, d’ici l’été, un accord plus large pour redresser les finances à l’horizon 2029.
Croissance fragile, instabilité géopolitique: l’exercice ne s'annonce pas facile, loin de là.
C'est donc un choix politique majeur qui se profile, un de plus : où couper, qui faire contribuer, et à quel rythme ? La vie classique d'une coalition à la belge...