Iran : après la guerre, la vengeance du régime contre son peuple
Le cessez-le-feu arraché entre Washington et Téhéran a mis fin aux frappes, mais pas à la violence. Sur le terrain, une autre guerre s’installe, plus silencieuse et plus implacable : celle d’un régime fragilisé qui resserre son emprise sur une population épuisée, privée de tout levier de protection.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
— Le cessez-le-feu n’a apporté qu’un répit provisoire à une population déjà épuisée par les frappes et la crise
— Resté intact dans ses structures essentielles, le régime iranien intensifie exécutions, arrestations et contrôle social
— Entre peur, misère et black-out, le peuple iranien apparaît plus que jamais comme le grand perdant de la séquence
Dans les grandes villes iraniennes, l’annonce de la trêve a d’abord été vécue comme une délivrance presque physique. Après des semaines de bombardements, la peur immédiate – celle de voir les infrastructures s’effondrer, l’électricité disparaître, les villes plonger dans le chaos – s’est brièvement dissipée. Mais ce soulagement n’a pas tenu. Très vite, une autre angoisse s’est imposée : celle du retour à la réalité intérieure. Car pour beaucoup d’Iraniens, cette guerre n’a rien résolu. Elle a détruit, tué, désorganisé, sans provoquer le basculement espéré. Le régime est toujours là, et il revient dans un état de crispation plus avancé encore. La séquence a laissé un sentiment diffus d’abandon, nourri par des signaux contradictoires venus de Washington, entre promesse de soutien aux contestataires, frappes aux effets larges, puis négociation précipitée. Au lieu d’un point de rupture, le cessez-le-feu apparaît comme une suspension qui fige une situation dégradée.
Un pouvoir intact qui resserre l’étau
Ce retour du régime ne prend pas la forme d’un simple durcissement ponctuel. Il s’agit d’une reprise en main méthodique, administrative, appuyée sur des structures conçues pour survivre aux crises. L’architecture du pouvoir – Gardiens de la révolution, appareil judiciaire, police, conseil de sécurité nationale – reste en place et continue d’assurer la continuité du système. Dans cette mécanique, la priorité est claire : contenir la menace intérieure. Dès les premiers jours de la trêve, l’appareil judiciaire a accéléré les procédures, multipliant les condamnations à mort, souvent à l’issue de procès expéditifs. Les chefs d’accusation – « inimitié envers Dieu », espionnage – permettent de liquider des opposants arrêtés lors des manifestations ou dans le contexte de la guerre, sur la base d’aveux obtenus sous contrainte. Les témoignages concordent sur les méthodes : isolement prolongé, torture, absence de garanties juridiques élémentaires, parfois même absence d’information des avocats avant l’exécution.
Les chiffres traduisent cette intensification. Des dizaines de milliers d’arrestations lors des dernières vagues de protestation, des milliers de morts selon certaines estimations, et plus récemment encore des milliers d’interpellations supplémentaires liées au conflit. Le message est limpide : prévenir toute reconstitution d’un mouvement insurrectionnel. Loin d’être désorganisé par les frappes, le régime semble avoir recentré son appareil sur sa fonction première – la maîtrise de sa propre population.
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