Les pacifistes sont en Europe et les missiles sont en Iran (Analyse)
Le spectacle offert aujourd’hui par une partie de nos responsables politiques et intellectuels est consternant. Il fait penser à la maxime de François Mitterrand en pleine crise des missiles soviétiques : "Les pacifistes sont à l'Ouest et les euromissiles sont à l'Est."
Publié par Nicolas de Pape
Résumé de l'article
- Le pacifisme d’une partie des élites européennes conduit à minimiser la menace réelle du régime iranien.
- Face à une théocratie violente et expansionniste, les démocraties ne peuvent rester dans l’ambiguïté.
- Fermer les yeux sur la répression en Iran révèle un aveuglement idéologique et un renoncement à défendre les libertés.
La République islamique d’Iran, qui a co-financé des dizaines d'actes terroristes, qui massacre ses opposants, qui embastille ses femmes jugées trop libres, qui pratique la "diplomatie des otages" envers plusieurs ressortissants étrangers, qui a pendu un champion de lutte et deux de ses amis, qui montre tous les jours sa capacité de nuisance et qui possède des missiles à longue portée (4.000 km) pouvant frapper l’Europe, bénéficie d’une étrange mansuétude dans certains milieux.
En l’absence d’un Guide suprême sur ses deux jambes, les Gardiens de la Révolution qui détiennent le véritable pouvoir en Iran, tentent d’internationaliser le conflit en frappant leurs voisins sunnites et démontrent tous les jours la dangerosité de ce régime, ce qui justifie a posteriori l’intervention américaine.
Un conflit moral avant d'être géopolitique
Face aux « pacifistes » au sein même de la coalition Arizona, le ministre de la Défense, Theo Francken a même dû ironiser : Il ne s’agit pas d’envoyer des paras sur Téhéran ou Ispahan mais d’un simple soutien logistique à l’Arabie saoudite qui attend, soi-dit en passant, bientôt une délégation économique emmenée par la Reine Mathilde… On ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre, nous dit M. Francken tandis que Georges-Louis Bouchez appelle à « aider l’Arabie saoudite ».
Et pourtant, les cris d’orfraie fusent : « Ce n’est pas notre guerre ! »
Non, ce n’est pas « notre » guerre au sens où nous n’en avons pas fixé l’agenda, ni le calendrier, ni les modalités. Les États-Unis et Israël ont pris leurs décisions, seuls. On peut le regretter. On peut le discuter.
Mais on ne peut pas faire semblant de ne pas voir de quoi il s’agit.
Ce conflit dépasse la seule géopolitique. Il touche à ce que nous sommes.
D’un côté, un régime théocratique qui pend ses opposants, enferme des dissidents, prend des otages, finance des opérations terroristes et revendique sa capacité à frapper aveuglément tous les pays à sa portée. De l’autre, des démocraties imparfaites, certes, mais qui ont choisi le droit d’ingérence humanitaire.
À un moment, il faut choisir son camp.
Ce conflit dépasse la seule géopolitique. Il touche à ce que nous sommes. À ce que nous voulons défendre. Les principes hérités des Lumières ne sont pas des abstractions : ils sont contestés, frontalement, par un régime qui n’en reconnaît ni la légitimité ni la valeur.
Et pourtant, une partie de la gauche européenne (et même du Centre) semble incapable de le dire. Pire : elle donne parfois le sentiment de préférer l’échec de Washington ou de Jérusalem à la chute des mollahs. Comme si l’anti-américanisme était devenu un réflexe plus puissant que la défense des libertés fondamentales.
Un conflit qui remonte à 1979
Ce tropisme n’est pas nouveau. Il plonge ses racines dans une vieille fascination pour les révolutions « anti-impérialistes », même lorsqu’elles débouchent sur des régimes autoritaires. En 1979 déjà, une partie de l’intelligentsia occidentale saluait la révolution iranienne, aveuglée par sa dimension contestataire, incapable d’en voir la nature profondément réactionnaire.
L’histoire bégaie. Aujourd’hui, ce même logiciel conduit certains à détourner le regard face à la réalité iranienne. À minimiser la violence du régime. À relativiser sa dangerosité. À refuser toute forme de soutien, même indirect, à ceux qui le combattent.
Ceux qui se veulent les champions des opprimés semblent soudain bien silencieux lorsqu’il s’agit du peuple iranien. Un peuple pourtant musulman, lui aussi. Un peuple qui se soulève régulièrement, au prix de sa liberté, souvent de sa vie : des milliers voire des dizaines de milliers de manifestants ont été massacrés les seuls 8 et 9 janvier. Le peuple iranien a désormais « son » 7 octobre. Mais voilà : il ne coche pas les bonnes cases. Il n’offre pas le même rendement politique. Moins visible. Moins médiatique. Moins mobilisateur dans les urnes que les Palestiniens.
Alors on détourne les yeux. Et l’on préfère s’indigner contre les « va-t-en-guerre » occidentaux plutôt que contre les geôliers de la prison d’Evin.