Avec la confiscation des avoirs chez Euroclear, la Commission européenne risque de saper l’ensemble du système financier (Analyse)
Publié par Lode Goukens
• Mis à jour le
Pourquoi le dossier Euroclear refait-il soudain surface ? Pourquoi devient-il d’un coup urgent pour la Commission européenne, le gouvernement allemand et l’Ukraine, alors qu’au Canada et en Australie les avoirs russes ne sont même pas bloqués ? En France, 18 milliards d’euros d’avoirs russes restent intouchés, et au Luxembourg on réclame 72 milliards d’euros de compensation pour le blocage des fonds.
Que l’Ukraine souhaite ardemment récupérer cet argent russe apparaît clairement dans une campagne de désinformation visant la Belgique et Euroclear, orchestrée ces derniers jours par les services secrets ukrainiens. Ce sujet animait d’ailleurs les discussions lundi dans le quartier de la Rue de la Loi. S’attaquer par propagande à une nation amie va très loin.
De quoi s’agit-il ? Euroclear gère environ 183 à 185 milliards d’euros d’actifs russes gelés, principalement ceux de la banque centrale russe. Ces avoirs sont en grande partie des liquidités provenant de titres précédemment investis, gelés par les sanctions européennes depuis l’invasion de l’Ukraine en 2022. Ces liquidités génèrent des intérêts, placées via la Banque nationale dans des investissements à faible risque. Une partie de ces intérêts, notamment 3,5 milliards d’euros, a déjà été transférée à l’Ukraine. Mais juridiquement, les fonds restent la propriété de la Russie. Une petite partie, environ 9 milliards d’euros, correspond encore à des titres arrivant à échéance en 2026.
Le risque majeur n’est donc pas seulement la confiscation, mais la destruction de la fiabilité du système de clearing — la base même des marchés financiers.
L’ancien Premier ministre Alexander De Croo (Open vld) avait plaidé en 2024, notamment aux États-Unis, pour utiliser ces avoirs afin d’aider l’Ukraine. Avant lui, l’eurodéputé Johan Van Overtveldt (N-VA) avait défendu une idée similaire. Leur motivation ? Les intérêts que la Banque nationale devait verser à Euroclear étaient tels qu’ils faisaient basculer ses résultats dans le rouge. Même si Euroclear paie énormément d’impôts en Belgique, cela ne compensait pas cette charge.
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