Belfort : un policier roué de coups à la tête alors qu’il est au sol, une enquête est ouverte pour tentative d’homicide
Les images sont d’une extrême violence. En marge des blocages de lycées à Belfort, un policier a été attaqué dans le dos puis roué de coups alors qu’il gisait au sol. Hospitalisé après avoir perdu connaissance, il souffre notamment d’un traumatisme crânien. Le parquet enquête pour tentative d’homicide volontaire.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Un policier a été attaqué dans le dos puis roué de coups à la tête vendredi près d'un lycée de Belfort. Hospitalisé après avoir perdu connaissance, il souffre notamment d'un traumatisme crânien. Le parquet a ouvert une enquête pour tentative d'homicide volontaire.
Un policier à terre. Autour de lui, plusieurs individus. Puis les coups de pied qui continuent de pleuvoir, notamment au niveau de la tête, alors que le fonctionnaire paraît déjà sonné.
Des images irregardables que nous avons floutées, des penalties dans la tête à l’heure où chacun sait que cela peut être mortel. Tentative d’homicide aggravée sur ce policier de Belfort par une bande de lâche qui n’ont rien de lycéens mais tout de meurtriers.
— Linda Kebbab (@LindaKebbab) October 2, 2026
Dont la peine… pic.twitter.com/tX9gc3YXZk
Les images filmées vendredi matin à Belfort sont particulièrement violentes. Elles montrent l'agression collective d'un policier en marge des blocages de lycées qui secouent depuis plusieurs jours la ville et, plus largement, de nombreux établissements français.
Le fonctionnaire a perdu connaissance et a dû être hospitalisé. Son pronostic vital n'est heureusement pas engagé et son état n'inspirait plus d'inquiétude majeure vendredi après-midi.
Mais la qualification retenue à ce stade par la justice mesure la gravité des faits : le parquet de Belfort a ouvert une enquête pour tentative d'homicide volontaire sur personne dépositaire de l'autorité publique.
Attaqué dans le dos puis frappé alors qu'il est à terre
Les faits se sont produits vers 9 heures vendredi matin aux abords du lycée Gustave-Courbet. Selon les premiers éléments rapportés par Actu17, le policier, un commandant, venait d'interpeller un individu lorsqu'il a été attaqué dans le dos. Le fonctionnaire chute alors au sol.
Plusieurs personnes se précipitent sur lui et lui portent des coups de pied et de poing alors qu'il est sonné. Les images montrent notamment des coups dirigés vers sa tête. Le policier aurait également été aspergé de gaz lacrymogène.
Blessé et choqué, il a été transporté à l'hôpital Nord Franche-Comté. Actu17 évoque notamment un traumatisme crânien.
Un suspect a été interpellé à la suite de l'agression, selon le média spécialisé. L'enquête devra désormais déterminer précisément le rôle de chacun des participants et permettre l'identification des autres auteurs.
« Des images d'une rare violence »
Le ministre français de l'Intérieur Laurent Nuñez a rapidement réagi à la diffusion de la vidéo. « Ces images d'une rare violence sont insoutenables », écrit-il. Il confirme que le policier, « volontairement ciblé », a été hospitalisé après avoir perdu connaissance et précise que son état « n'inspire heureusement plus d'inquiétude majeure ».
Le ministre confirme également l'ouverture de l'enquête pour tentative d'homicide volontaire et assure que « tout sera mis en œuvre pour identifier les auteurs ».
Ces images d’une rare violence sont insoutenables.
— Laurent Nuñez (@NunezLaurent) October 2, 2026
Le policier volontairement ciblé a été hospitalisé après avoir perdu connaissance. Son état n’inspire heureusement plus d’inquiétude majeure à cette heure. Toutes mes pensées l’accompagnent.
Une enquête a été ouverte par le… https://t.co/jRONDcMUIT
Surtout, Laurent Nuñez rattache l'agression au changement de nature du mouvement observé depuis plusieurs jours autour de certains établissements.
« Quand ils engagent la force, conformément à mes instructions, ils ne font pas face à des manifestants mais à des émeutiers », affirme-t-il à propos des policiers et gendarmes mobilisés.
« Des penalties dans la tête »
Linda Kebbab, secrétaire nationale du syndicat Un1té, emploie des mots encore plus durs. « Des images irregardables », écrit-elle en évoquant des « penalties dans la tête » portés au policier.
Elle estime que les individus visibles sur les images « n'ont rien de lycéens mais tout de meurtriers » et insiste sur le risque mortel représenté par des coups de pied portés à la tête d'une personne au sol. La syndicaliste anticipe également une éventuelle requalification judiciaire des faits en violences volontaires et dénonce ce qu'elle considère comme une « impunité systémique ».
Il s'agit à ce stade de son appréciation : le parquet a bien ouvert l'enquête sous la qualification de tentative d'homicide volontaire et aucune décision judiciaire définitive n'a encore été rendue sur la qualification qui sera finalement retenue.
Des violences urbaines greffées aux blocages
L'agression intervient dans un contexte déjà extrêmement tendu à Belfort. La préfecture du Territoire de Belfort indiquait vendredi que, depuis plusieurs jours, des individus extérieurs aux blocages avaient transformé certaines mobilisations en scènes de violences urbaines.
Cocktails Molotov, jets de pierres et d'acide contre les forces de l'ordre, incendies de poubelles, dégradations de mobilier urbain et tentatives de violences contre du personnel éducatif ont été recensés par les autorités. Plus de trente personnes avaient déjà été interpellées dans la ville depuis le début des troubles. Vendredi matin encore, trois nouvelles interpellations avaient eu lieu.
La veille, plusieurs dizaines de perturbateurs s'étaient mêlés aux rassemblements devant les établissements Courbet, Follereau et Condorcet. Des pierres avaient été lancées à plusieurs reprises contre les forces de l'ordre et des départs de feu avaient été signalés.
Il convient néanmoins de distinguer les lycéens mobilisés de ceux qui participent aux violences. La presse locale rapportait jeudi que des élèves présents dans les rassemblements disaient eux-mêmes ne pas se reconnaître dans ces actes. Dans certains groupes impliqués dans les incidents, ni l'âge ni même le statut de lycéen des participants n'avaient pu être établis.
Deux jeunes déjà condamnés la veille
Le contraste avec l'agression de vendredi est d'autant plus frappant que le tribunal correctionnel de Belfort jugeait, la veille encore, deux jeunes hommes arrêtés au cours des premiers affrontements.
Âgés de 18 ans et jusqu'alors inconnus de la justice, ils étaient poursuivis notamment pour des jets de projectiles contre les forces de l'ordre. L'un a été condamné à un an d'emprisonnement avec sursis probatoire pendant deux ans. L'autre a écopé de 140 heures de travail d'intérêt général, assorties de six mois d'emprisonnement en cas de non-exécution.
Ces condamnations ne préjugent évidemment en rien de la réponse judiciaire qui sera apportée à l'agression de vendredi, d'une tout autre gravité. Cette fois, c'est bien une tentative d'homicide volontaire sur un policier que le parquet cherche à caractériser.
Un mouvement qui « a changé de nature »
L'agression de Belfort survient au lendemain d'une journée marquée par près de 2.000 interpellations à travers la France. Le ministre de l'Éducation Édouard Geffray estimait jeudi soir que le mouvement avait « changé de nature » et était désormais « pris en otage par des groupuscules violents ». Quelque 400 établissements devaient rester fermés vendredi.
À Belfort, la scène de vendredi constitue désormais l'un des épisodes les plus graves de cette séquence. Elle ne montre plus des poubelles incendiées, des vitrines brisées ou des projectiles lancés à distance. Elle montre un homme déjà au sol, entouré de plusieurs individus et frappé à la tête jusqu'à perdre connaissance. Et c'est désormais sous la qualification de tentative d'homicide volontaire que la justice française examine ces images.