Bruxelles : le MR n’a pas droit à l’erreur sur son casting. Les premières pistes se dessinent
Le Mouvement Réformateur joue bien plus qu’un rapport de forces local. Entre contraintes budgétaires sévères et marges politiques limitées, le parti doit surtout convaincre qu’il peut incarner une ligne claire à droite dans une capitale où le symbole compte souvent davantage que l’ampleur réelle des réformes.
Publié par Harrison du Bus
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Résumé de l'article
Le MR est confronté à une Région aux capacités financières restreintes et à un système institutionnel qui limite toute rupture politique majeure. Dans ce contexte, l’enjeu se déplace vers le choix des profils appelés à gouverner : entre tentation de figures consensuelles et nécessité d’assumer un positionnement à droite, le parti doit convaincre sa base qu’il peut imprimer une direction claire. Au-delà de Bruxelles, c’est aussi sa crédibilité nationale qui se joue, la capitale faisant office de vitrine pour sa capacité à incarner ses orientations politiques.
À Bruxelles, le scrutin régional n’a jamais été un exercice secondaire. Pour le Mouvement Réformateur (MR), il s’annonce cette fois comme un test stratégique majeur. Non seulement pour son ancrage dans la capitale, mais aussi pour la crédibilité de son positionnement à droite dans un paysage politique fragmenté.
Une Région aux marges de manœuvre limitées
La Région de Bruxelles-Capitale fait face à des contraintes budgétaires sévères, à une dette en forte hausse et à une dépendance structurelle à des mécanismes de financement complexes. Dans ce contexte, promettre une révolution politique serait illusoire. Les compétences régionales — mobilité, urbanisme, logement, économie locale — sont importantes, mais elles s’exercent dans un cadre institutionnel et financier contraint.
Le Parti Socialiste (PS) a d’ailleurs obtenu plusieurs garanties : pas de modification des tarifs de la Société des transports intercommunaux de Bruxelles (STIB), qui représente l’un des budgets les plus importants de la Région, ainsi que le maintien des grandes lignes de la politique du logement.
Autrement dit, le prochain gouvernement bruxellois ne pourra pas « changer le système ». Il pourra corriger, réorienter, rationaliser — mais pas bouleverser. C’est précisément pour cela que le casting devient décisif.
Le piège du centre mou
Pour le MR, la tentation pourrait être grande d’opter pour des profils consensuels et technocratiques, capables de rassurer au-delà de son électorat naturel. Ce serait pourtant une erreur stratégique.
Dans un espace politique où la concurrence est vive — entre un PS solidement implanté, Ecolo en quête de rebond et des formations plus radicales en embuscade — l’ambiguïté ne paie plus. L’électeur bruxellois qui vote MR attend une ligne claire : fermeté budgétaire, priorité à la sécurité, défense des indépendants et des classes moyennes, rationalisation de l’administration.
Si la Région ne peut pas transformer structurellement l’économie ou la fiscalité nationale, elle peut en revanche envoyer des signaux politiques forts. Et ces signaux passent d’abord par les femmes et les hommes qui composent l’exécutif.
On parle beaucoup de Georges-Louis Bouchez comme potentiel ministre-président. L’hypothèse pourrait séduire : par sa personnalité, il incarnerait à lui seul un changement de cap pour Bruxelles, alors que les trois années à venir s’annoncent compliquées en matière de marqueurs libéraux à imprimer. Il cherche à s’ancrer davantage à Bruxelles, mais quitterait-il dès à présent la présidence du MR ? Rien n’est moins sûr.
Le MR pourrait aussi porter une personnalité plus consensuelle à la ministre-présidence — les noms de Bernard Quintin, Valérie Glatigny, Éléonore Simonet ou David Weytsman sont régulièrement cités. Mais dans ce cas, cette figure devrait être accompagnée d’une personnalité clairement positionnée à droite, par exemple comme secrétaire d’État, afin de rassurer la base. Malgré le peu de marqueurs libéraux contenus dans l’accord de gouvernement bruxellois, le parti doit convaincre qu’un changement de paradigme est en marche.
Peu de députés correspondent à ce profil affirmé, d’où la possibilité pour Georges-Louis Bouchez d’aller chercher sa fameuse surprise soit une figure issue de la société civile, soit un élu local connu pour ses positions à droite, afin de compenser l’image potentiellement trop « Vivaldi » que pourrait renvoyer l’exécutif bruxellois.
Bertin Mampaka pourrait, lui, conserver son siège si la présidence du Parlement revenait au MR, envoyant ainsi un signal en matière de diversité et de représentation.
Tout dépendra évidemment de la décision de Georges-Louis Bouchez lui-même. Un élu résume la situation : « C’est assez amusant de voir les mêmes qui envisageaient presque de quitter le parti il y a quinze jours espérer aujourd’hui un poste ministériel. La base attend qu’on récompense enfin des profils réellement de droite, issus du terrain, plutôt que d’aller chercher des surprises ensuite peu visibles. »
Incarnation plutôt que gestion
La politique bruxelloise est devenue hautement symbolique. Sécurité dans certains quartiers, propreté, mobilité, gestion des finances : chaque dossier cristallise un débat idéologique. Dans ce contexte, un gouvernement composé de profils tièdes ou excessivement technocratiques risquerait d’apparaître déconnecté des attentes d’une partie de l’électorat.
Le MR doit donc assumer son positionnement. Mettre en avant des personnalités clairement identifiées à droite, capables de défendre des réformes impopulaires si nécessaire, d’assumer une ligne de rigueur budgétaire et de tenir un discours cohérent sur l’autorité publique.
Car si les marges de manœuvre sont limitées, la cohérence politique, elle, ne l’est pas.
Une question de crédibilité nationale
L’enjeu dépasse Bruxelles. La capitale est une vitrine. Pour un parti qui aspire à peser fortement au niveau fédéral, apparaître hésitant ou dilué dans une coalition bruxelloise serait un mauvais signal.
À l’inverse, un casting assumé, cohérent et idéologiquement clair permettrait au MR de démontrer qu’il ne se contente pas d’occuper le pouvoir, mais qu’il cherche à orienter la politique publique dans le sens de ses convictions.
Dans une Région où les transformations seront nécessairement graduelles, le choix des profils devient le principal levier politique. Le MR n’a peut-être pas la possibilité de révolutionner Bruxelles. Mais il a celle — cruciale — de ne pas rater son rendez-vous avec son propre électorat