Darya Safai, députée fédérale N-VA : « Le peuple iranien ne voit pas l’attaque américano-israélienne comme une invasion, mais comme une intervention humanitaire »
Députée fédérale N-VA et Iranienne de naissance, Darya Safaï ne mâche pas ses mots. Elle accuse la République islamique d’Iran d’avoir commis un « génocide » contre son propre peuple, évoquant « au moins 40 000 morts en deux nuits », et affirme que le régime active aujourd’hui des cellules dormantes en Europe, responsables selon elle de menaces visant des opposants iraniens. Dans cet entretien sans filtre, elle défend l’intervention américano-israélienne qu’elle considère comme une « intervention humanitaire nécessaire » au nom de la « responsabilité de protéger », et donc conforme au Droit international. Elle dénonce violemment « l’hypocrisie » de responsables européens restés silencieux face aux massacres et qui critiquent aujourd’hui Washington et Jérusalem. Selon elle, le régime iranien est désormais massivement rejeté par la population et la chute des ayatollahs n’est plus qu’une question de temps.
Publié par Nicolas de Pape
• Mis à jour le
Résumé de l'article
Darya Safai, née en Iran et qui a rejoint la N-VA, est estomaquée par l'attitude isolationniste voire hostile aux Américains de certains politiciens belges et européens.
Se retrancher derrière le droit international est "hypocrite", selon elle. Les Iraniens ont besoin de la protection justement de la Communauté internationale comme, avant eux, les Bosniaques ou les Libyens.
Pourquoi applaudir l'élimination de Ben Laden - contraire à l'époque au Droit international - et pas celle de Khamenei?
Pour la députée fédérale N-VA, un Iran démocratique pro-occidental serait de l'intérêt de tous en Europe.
21News : Bonjour Darya Safai. Apparemment, vous avez encore reçu des menaces…
Darya Safai : Oui. Je viens justement d’arriver de la police. Il y a beaucoup de menaces, pas seulement contre moi, mais aussi contre beaucoup d’autres Iraniens de la diaspora. Il faut absolument faire quelque chose, parce que le régime est vraiment en train d’activer ses cellules dormantes. On sait de quoi il s’agit. Aujourd’hui encore, c’était dans l’actualité : le régime iranien active ses cellules dormantes en Iran, mais aussi ailleurs. Et, comme par hasard, nous, les Iraniens installés ici, nous recevons beaucoup de menaces. Nous savons très bien de quoi il retourne. Pour certaines personnes, nous savons même qui elles sont…
21 News : Vous avez donc pu donner à la police certaines identités, éventuellement ?
Darya Safai : Oui. Je suis allée à la police et j’ai demandé qu’on augmente le niveau de sécurité pour la communauté iranienne. Ces gens sont payés par le régime pour lui être fidèles. Et maintenant qu’ils sont activés, ils peuvent passer à l’acte. Vous vous souvenez sans doute de l’affaire Assadollah Assadi, ce terroriste du régime qui avait tenté de préparer un attentat en France. Dans ce dossier aussi, il y avait des cellules dormantes activées. Ce sont des gens extrêmement dangereux, parce qu’ils ne sont pas seulement engagés idéologiquement : ils sont aussi payés pour faire ce qu’on leur demande. C’est pour cela que je suis allée immédiatement faire un signalement à la police, pour qu’on agisse.
Trump a fait sa part, mais le changement de régime appartient au peuple iranien.
21 News : Revenons à la situation géopolitique. Comment expliquez-vous que Donald Trump se soit finalement décidé ? Les Israéliens, on comprend pourquoi, mais Donald Trump a pris un très gros risque politique et il l’a quand même pris. Avez-vous des informations à ce sujet ? Qu’est-ce qui a pu le convaincre, selon vous ?
Darya Safai : Je ne peux pas parler à sa place, ni prétendre disposer d’informations directes. Mais ce que je pense, c’est que le président Trump a considéré dès le départ qu’il devait faire sa part, et qu’il ne pouvait pas faire davantage. Et, d’une certaine manière, c’est vrai. Le changement de régime ne peut pas être décidé de l’extérieur. Ce n’est pas au monde extérieur, ni à un gouvernement étranger, de décider du changement de régime en Iran. Cela appartient au peuple lui-même.
En revanche, ce qui était essentiel, c’était d’affaiblir le régime jusqu’au point où le peuple puisse enfin faire ce qu’il voulait faire depuis longtemps. Le peuple iranien voulait changer ce régime, mais il en était empêché et il a été massacré pour cela. Il n’avait pas d’armes, il n’avait rien pour se défendre. C’est aussi pour cela qu’il a été tué par milliers, par dizaines de milliers.
Nous avons au minimum 40 000 noms de personnes tuées en deux nuits seulement. Deux nuits.
Ce qu’il faut comprendre, c’est que cette guerre ne peut être menée qu’ensemble. Il y a une part qui revient au peuple iranien, et il y a une part que les États-Unis peuvent assumer. Les États-Unis ne peuvent pas accomplir à la place du peuple iranien le changement de régime. En revanche, ils peuvent aider, intervenir, affaiblir le régime.
Et contrairement à ce que beaucoup veulent faire croire, le peuple iranien n’a pas perçu l’action des États-Unis et d’Israël comme une invasion. Le peuple iranien a remercié Donald Trump et Benjamin Netanyahu. Il a vu cette action comme une intervention humanitaire nécessaire.
« Il existe aussi, dans le droit international, une responsabilité de protéger »
21News : Justement, beaucoup disent que cette intervention serait contraire au droit international.
Darya Safai : Oui, et c’est précisément là que je veux être très claire. On parle beaucoup de droit international, mais on oublie qu’il existe aussi, dans le droit international, un mécanisme que le monde entier devrait regarder en face : la responsabilité de protéger.
Quand un régime massacre son propre peuple, quand il tue au moins 40 000 personnes en deux nuits, on ne parle plus simplement d’une répression brutale. On parle d’un massacre. On parle d’un génocide. Et à ce moment-là, la communauté internationale a une responsabilité : celle de protéger.
Donc à tous ceux qui discutent sans fin pour savoir si telle ou telle action serait conforme ou non au droit international, je pose une question très simple : pensez-vous, oui ou non, que vous avez une responsabilité de protéger le peuple iranien ?
Parce qu’un régime qui tue son propre peuple n’aura évidemment aucun scrupule à vous tuer, vous aussi. Les missiles qu’il développe, les armes nucléaires qu’il cherche à obtenir, ce n’est pas seulement pour les Iraniens. C’est aussi pour vous, en Europe, pour les États-Unis, et bien sûr pour Israël, qu’il veut effacer de la carte.
Bosnie, Ben Laden et « l’hypocrisie » européenne
21News : L’Europe semble pourtant très spectatrice. Selon vous, elle aurait dû soutenir l’intervention américano-israélienne ?
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