« Des adultes manipulent des enfants » : à Liège, Bernard Quintin pointe les Antifas
Après une nouvelle nuit de violences à Liège, Bernard Quintin durcit le ton. Le ministre de l’Intérieur évoque une « infiltration » des manifestations, accuse des adultes de « manipuler des enfants » et pointe directement le mouvement antifa.
Publié par Demetrio Scagliola
Résumé de l'article
- Bernard Quintin cible les antifas et évoque des adultes qui « manipulent des enfants » au sein de la contestation.
- Le profil des personnes arrêtées évolue : les mineurs représentaient 70 % des arrestations jusqu’à mardi, contre environ 50 % désormais.
- Liège interdit les rassemblements de plus de trois personnes et reçoit des renforts policiers fédéraux, bruxellois et anversois.
Les violences qui secouent Liège depuis plusieurs jours auraient-elles dépassé le cadre de la contestation étudiante ? Le ministre de l’Intérieur Bernard Quintin (MR) le pense. Présent jeudi matin aux côtés du bourgmestre Willy Demeyer (PS) et du chef de corps de la police liégeoise, il a explicitement pointé la responsabilité d’adultes et évoqué « un mouvement comme Antifa ».
Le ton se durcit à Liège. Après une nouvelle journée marquée mercredi par des affrontements, des dégradations et plus de 50 arrestations administratives et judiciaires, Bernard Quintin s’est rendu jeudi matin dans la Cité ardente. Le ministre de l’Intérieur a assisté au briefing des forces de l’ordre avant de tenir une conférence de presse avec Willy Demeyer et le chef de corps Jean-Marc Demelenne.
« La situation est inacceptable », a martelé le ministre. « On a le droit de ne pas être d’accord, mais on n’a en aucun cas le droit de tout casser et de s’en prendre aux personnes. »
Mercredi, les policiers ont notamment été visés par des jets de pierres, de pavés et de mortiers d’artifice. Des vitrines ont été brisées, des incendies allumés et un véhicule incendié. La gare des Guillemins a temporairement été fermée tandis que la circulation du tram était interrompue dans l’hypercentre.
La mobilisation étudiante à Liège avait commencé autour de revendications liées notamment aux réformes de l'enseignement. Reuters faisait état mercredi de centaines de jeunes dans les rues et de 107 arrestations depuis le début du mouvement.
Quintin cible « un mouvement comme Antifa »
Mais Bernard Quintin va désormais plus loin dans l’analyse des événements. Le ministre estime que la contestation ne peut plus être considérée comme un mouvement exclusivement composé d'élèves.
« Il y a une responsabilité des parents, des écoles, mais aussi du mouvement antifa », a-t-il déclaré. « En semaine, l’école reste obligatoire. Des adultes parviennent à manipuler des enfants. »
Le ministre a également parlé d’actions « infiltrées », évoquant des « adultes qui manipulent des enfants pour faire passer des messages politiques violents » et citant « un mouvement comme Antifa ».
Le profil des personnes interpellées semble néanmoins évoluer. Selon le chef de corps Jean-Marc Demelenne, jusqu’à mardi, environ 70 % des personnes arrêtées étaient mineures. Cette proportion est désormais tombée aux alentours de 50 %.
« Depuis le 1er octobre, on assiste à une augmentation continue de la violence, mais aussi à une augmentation du nombre de casseurs », explique le chef de corps. « Ces derniers jours, ce sont des profils qui n’ont plus rien à voir avec des élèves. »
La police n'observe toutefois pas d'arrivée massive de manifestants venus de l'extérieur : « Globalement, nous n'avons pas remarqué de manifestants étrangers à la Ville de Liège de manière massive », précise Jean-Marc Demelenne.
Un mouvement antifasciste très actif à Liège
La référence de Bernard Quintin aux antifas ne tombe cependant pas de nulle part. Le mouvement antifasciste liégeois est particulièrement actif depuis plusieurs mois, notamment autour des événements organisés par le MR et des venues de Georges-Louis Bouchez.
Le 26 novembre 2025, une conférence du MR consacrée à l’enseignement et organisée au Palais des Congrès avait déjà donné lieu à une importante mobilisation anti-MR et à des violences et dégradations dans le centre-ville. La RTBF avait alors fait état de plusieurs centaines de manifestants opposés à la venue du président libéral.
En janvier dernier, le Front antifasciste liégeois avait de nouveau appelé à manifester à l'occasion des vœux du MR au Palais des Congrès. Quelque 300 manifestants s'étaient retrouvés face à un dispositif mobilisant plus de 200 policiers.
Georges-Louis Bouchez avait alors directement pris les antifascistes pour cible après qu'une effigie le représentant eut été brûlée. Le président du MR dénonçait des militants qui, selon lui, prétendent défendre la démocratie tout en cherchant à empêcher le débat public.
Cette présence militante dépasse d'ailleurs les seules mobilisations contre le MR. Le Front antifasciste de Liège organise des rencontres et activités régulières dans la ville. Le 3 octobre dernier, quelques jours seulement avant les violences actuelles, le Festi'FAL célébrait ainsi ses cinq ans au Manège Fonck, avec ateliers politiques, visite antifasciste de Liège, rencontres avec différents collectifs et soirée militante. Les organisateurs affirmaient eux-mêmes que le mouvement antifasciste « n'a jamais été aussi vivant ».
Des militants avaient également organisé cette année des événements de soutien à des personnes poursuivies à la suite d'une mobilisation contre la présence de Georges-Louis Bouchez et ce qu'ils qualifient de « privatisation » de l'Université de Liège.
Davantage de policiers et rassemblements interdits
Face à l'escalade, les autorités veulent reprendre le contrôle de la rue. « L'ordre et la tranquillité seront rétablis », assure Bernard Quintin. « Tous les moyens nécessaires » seront mobilisés, avec le renfort de la police fédérale et de policiers venus notamment de Bruxelles et d'Anvers.
Willy Demeyer a, de son côté, pris une mesure exceptionnelle. Depuis jeudi à 6 heures, les rassemblements de plus de trois personnes sont interdits sur l'ensemble du territoire de la Ville de Liège, sauf une série d'exceptions. L'ordonnance doit rester en vigueur jusqu'au 16 octobre à 23h59, sauf modification.
Le bourgmestre justifie cette décision par la difficulté pour les forces de l'ordre de contrôler des groupes particulièrement mobiles et nombreux.
« La masse de personnes rend compliquée l'intervention de la police et augmente le risque de danger pour les élèves », souligne Willy Demeyer. « Aux dernières nouvelles, nous avons des blessés dans les rangs policiers, pas chez les émeutiers. »
Après une semaine de contestation, le dossier prend ainsi une nouvelle dimension. La question n'est désormais plus seulement de savoir comment ramener les élèves dans les classes et répondre à leurs inquiétudes. Les autorités cherchent aussi à déterminer qui gravite autour du mouvement et dans quelle mesure des groupes militants adultes participent à la radicalisation des manifestations.