Lois anti-LGBTQIA+ au Sénégal : Ducarme propose de couper la coopération belge
La Belgique doit-elle suspendre sa coopération avec le Sénégal après le durcissement de lois anti-LGBTQIA+ ? Le député MR Denis Ducarme a déposé une proposition de résolution pour “couper les vivres” à un pays qui, selon lui, “bafoue une liberté aussi essentielle que la liberté sexuelle”, relançant le débat entre pression politique et diplomatie.
Publié par Demetrio Scagliola
Résumé de l'article
- Denis Ducarme propose de suspendre la coopération avec le Sénégal après une loi prévoyant jusqu’à 10 ans de prison pour homosexualité
- Le député MR veut faire de la coopération un “outil de pression” face aux violations des droits fondamentaux
- Le texte met le gouvernement face à un choix : maintenir le dialogue ou conditionner plus strictement l’aide belge
Le député Denis Ducarme (MR) vient de déposer une proposition de résolution à la Chambre visant à suspendre la coopération au développement entre la Belgique et le Sénégal, après l’adoption d’une loi renforçant la criminalisation de l’homosexualité.
Adoptée le 11 mars 2026, cette législation prévoit des peines allant de cinq à dix ans de prison et étend la répression à la promotion ou au financement de l’homosexualité. Pour Denis Ducarme, il s’agit d’un basculement majeur. Il décrit une loi qui “criminalise l’homosexualité, la promotion, tout ce qui est autour”, en soulignant que même des associations pourraient être visées.
Selon lui, la gravité des sanctions change totalement la donne : “on parle de peines de prison qui vont de 5 à 10 ans”, insiste-t-il, qualifiant la situation d’“effrayante”.
“On ne peut pas continuer à travailler avec un pays qui bafoue une liberté essentielle”
Dans ce contexte, Denis Ducarme estime que la Belgique ne peut pas maintenir sa coopération avec le pays africain sans réagir. Il rappelle que le Sénégal fait partie d’une liste restreinte de pays partenaires et juge incohérent de poursuivre les collaborations dans ces conditions. “On ne peut pas continuer à voir l’agence de coopération au développement travailler avec un pays qui bafoue à ce point une liberté aussi essentielle que la liberté sexuelle”, insiste le député hennuyer.
Denis Ducarme revendique une démarche assumée et offensive. Il explique avoir “beaucoup d’enthousiasme à déposer ce texte et à le faire voter”, en précisant qu’il ne s’agit pas d’un geste symbolique : “il y a des textes qu’on dépose de manière symbolique et puis il y a les textes que l’on dépose pour aller au bout du chemin”.
“La coopération comme outil de pression”
Face aux critiques évoquant un risque de pénaliser les populations locales, Denis Ducarme rejette fermement cet argument. Il considère qu’il s’agit d’une position “hypocrite”. Selon lui, “si on ne réagit pas, on laisse faire, et finalement on est complice de ce type de dispositions discriminatoires”. Il défend donc une approche plus ferme, où la coopération devient un levier politique. Dans sa vision, la coopération au développement doit être “de plus en plus conditionnée” et liée au respect de critères fondamentaux, notamment en matière de droits et libertés. Il assume également l’idée d’en faire “un outil de pression”, estimant qu’il serait “tout à fait complice et hypocrite de ne pas utiliser ce moyen pour faire savoir à l’État sénégalais qu’on n’est pas en accord”.
Au cœur de sa proposition, Denis Ducarme assume une ligne claire : défendre les droits fondamentaux, quitte à rompre avec un partenaire. Il explique que son texte vise avant tout à “défendre les homosexuels sénégalais” et à “couper les vivres à la coopération au développement à un pays qui criminalise une liberté aussi fondamentale, cela est tout de même affrayant".
Denis Ducarme redoute aussi les effets indirects de la politique du Sénégal. "Il faut s'attendre à ce que de nombreux homosexuels sénégalais demandent l'asile politique en Europe, légitimement, cela va aussi comporter un coût supplémentaire pour les finances d'une certain nombre de pays européens. Même si cet aspect pragmatique est secondaire, il faut aussi en tenir compte. "
Le député insiste néanmoins sur la hiérarchie de ses motivations : la défense des droits reste centrale, les considérations plus pragmatiques – comme les conséquences migratoires ou financières – étant, selon ses propres termes, “secondaires”.
Plus de 40 millions d'aide...
Au-delà du contenu, Denis Ducarme entend aussi peser sur l’exécutif. Il rappelle que “le Parlement a son rôle d’initiative à jouer” et que certaines décisions peuvent s’imposer au gouvernement. Il espère d’ailleurs un soutien large à sa résolution, estimant qu’il s’agit d’un sujet capable de “réunir très largement”. Le député reconnaît toutefois que rompre une convention de coopération n’est pas simple sur le plan juridique. Mais il souligne que cela reste possible “à partir du moment où il y a un non-respect d’éléments essentiels”, comme les droits humains, qui constituent justement la base des accords de coopération.
Pour rappel, la coopération au développement entre la Belgique et le Sénégal, active depuis 1968, repose aujourd’hui sur un programme gouvernemental 2024-2029 doté d’une enveloppe de 40 millions d’euros sur cinq ans, principalement consacrée au développement socioéconomique, à l’emploi, au climat et à la santé, mais aussi à l'inclusion des jeunes, des femmes et des hommes "pour le développement humain". On est loin du compte aujourd'hui. À cela s’ajoute une participation belge de 11 millions d’euros au programme régional « Climat au Sahel », que se partagent quatre pays de la région.
Au-delà de ces montants bilatéraux, la Belgique soutient également de nombreux projets au Sénégal via des ONG, des institutions multilatérales (ONU, Banque mondiale, FMI) et des mécanismes européens, ainsi que par des investissements dans le secteur privé via BIO Invest, ce qui fait du Sénégal un partenaire important de la coopération belge.