Études supérieures : en 13 ans, la part des Américains qui les jugent « très importantes » chute de 70 % à moins d’un tiers
Seuls 31 % des Américains considèrent désormais les études supérieures comme « très importantes », contre 70 % en 2013, selon Gallup. Un effondrement spectaculaire qui traverse toutes les catégories de la population, sur fond d'explosion du coût des études et de remise en cause du rendement du diplôme.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Seuls 31 % des Américains jugent désormais les études universitaires « très importantes », contre 70 % en 2013. Une chute historique sur fond de coûts jugés prohibitifs et de remise en cause du modèle universitaire.
Pendant des décennies, le diplôme universitaire a incarné aux États-Unis l'une des voies royales vers la réussite sociale. Cette évidence est en train de se fissurer.
Seuls 31 % des Américains considèrent aujourd'hui qu'une formation universitaire est « très importante », selon un nouveau sondage Gallup réalisé du 3 au 24 août. C'est quatre points de moins qu'en 2025 et le niveau le plus faible jamais enregistré depuis que l'institut pose cette question.
Le retournement est spectaculaire : en 2013, ils étaient encore 70 % à donner cette réponse. En treize ans, la proportion a donc été divisée par plus de deux.
Dans le même temps, la part des Américains estimant les études universitaires « peu importantes » est passée de seulement 6 % à 29 %. Ceux qui les considèrent comme « assez importantes » représentent désormais 39 % de la population, contre 23 % en 2013.
Autrement dit, les deux positions les plus opposées sont presque à égalité : 31 % jugent l'université très importante, 29 % peu importante. Treize ans auparavant, 64 points les séparaient.
Même les Américains de 1978 y croyaient davantage
La profondeur du retournement apparaît encore davantage lorsqu'on remonte aux premières enquêtes de Gallup.
En 1978, 36 % des Américains considéraient les études universitaires comme très importantes. Cette proportion avait bondi à 64 % dès 1985, avant d'atteindre 70 % en 2013. Elle est désormais tombée à 31 %.
La confiance dans l'importance du diplôme se situe donc aujourd'hui légèrement en dessous de son niveau d'il y a près d'un demi-siècle. Ce recul n'est pas concentré dans une seule catégorie de la population. Gallup observe une baisse dans tous les grands groupes démographiques étudiés.
Les femmes, les électeurs démocrates, les diplômés du supérieur ainsi que les Américains noirs et hispaniques continuent à accorder davantage d'importance à l'université que les autres catégories. Mais même parmi eux, la proportion considérant le diplôme comme « très important » a fortement reculé.
En comparant les enquêtes de 2019 à celles de 2025 et 2026, Gallup constate des baisses à deux chiffres jusque dans les groupes historiquement les plus attachés aux études supérieures.
Seulement 12 % jugent quatre années d'université abordables
Une raison s'impose : le prix. Une autre enquête menée par Gallup avec la Lumina Foundation montre que seulement 12 % des adultes américains considèrent aujourd'hui une formation universitaire de quatre ans comme financièrement abordable.
Le résultat éclaire une partie du paradoxe américain. Les familles ne semblent pas avoir renoncé au diplôme lui-même. Des enquêtes précédentes de Gallup montrent que la majorité des parents préféreraient encore que leur enfant entreprenne une formation supérieure de deux ou quatre ans immédiatement après le lycée.
Mais elles sont devenues beaucoup plus critiques envers le système qui délivre ces diplômes, notamment sur sa capacité à contenir ses coûts. Le scepticisme porte donc moins sur l'idée de se former que sur la valeur attribuée au modèle universitaire traditionnel au regard de son prix.
Un paradoxe : les diplômés restent attachés au diplôme
Les résultats deviennent encore plus intéressants lorsqu'on interroge directement les personnes qui fréquentent l'enseignement supérieur ou qui en sont sorties diplômées.
Selon l'étude State of Higher Education de Gallup et de la Lumina Foundation, 73 % des adultes ne possédant actuellement ni diplôme ni qualification estiment qu'obtenir un diplôme de deux ou quatre ans est au moins aussi important qu'il y a vingt ans.
Chez les diplômés de l'université, ils sont encore 69 % à partager ce constat. L'Amérique ne semble donc pas avoir simplement conclu que les études ne servent plus à rien. Elle paraît plutôt remettre en cause le statut exceptionnel qu'avait acquis le diplôme universitaire : celui d'une étape presque incontournable de la réussite professionnelle et sociale.
La fin d'une évidence américaine
Cette évolution intervient alors que le marché du travail américain accorde une visibilité croissante aux métiers accessibles sans cursus universitaire traditionnel et que le coût des études nourrit depuis des années le débat sur la dette étudiante.
Le Washington Post souligne ainsi une relation devenue particulièrement conflictuelle entre les Américains et leurs universités : beaucoup souhaitent toujours que leurs enfants obtiennent un diplôme, tout en jugeant très sévèrement le prix demandé pour y parvenir.
Les chiffres de Gallup ne décrivent donc pas l'effondrement de toute confiance dans l'enseignement supérieur : 70 % des personnes interrogées continuent à considérer une formation universitaire comme « très » ou « assez » importante.
Mais ils montrent quelque chose de plus précis : le diplôme a perdu son caractère d'évidence. En 2013, sept Américains sur dix le considéraient comme « très important ». Treize ans plus tard, ils ne sont plus que trois sur dix. Pour une société qui a longtemps présenté l'université comme l'une des principales portes d'entrée vers la classe moyenne, le renversement est considérable.