Francesca Albanese honoris causa ou l’honneur perdu de trois universités flamandes (Carte blanche)
Trois universités flamandes s’apprêtent à décerner conjointement un doctorat honoris causa à Francesca Albanese, dont plusieurs pays réclament la démission après son énième dérapage à connotation antisémite à Doha. Une carte blanche de Nadia Geerts, agrégée en philosophie, essayiste, militante laïque et féministe, conseillère au Centre Jean Gol, membre du CA de la RTBF.
Publié par Contribution Externe
Résumé de l'article
- Trois universités flamandes s'apprêtent à nommer docteur honoris causa Francesca Albanese.
- Les déclarations récentes de la rapporteure spéciale de l'ONU pour les territoires palestiniens devraient pourtant inciter à plus de retenue.
« Le Hamas a construit des écoles, des infrastructures publiques, des hôpitaux. Il est essentiel de comprendre que, lorsqu'on pense au Hamas, il ne faut pas imaginer des assassins surarmés, des combattants. Ce n'est pas du tout comme ça… »
Voilà comment Francesca Albanese, rapporteure spéciale de l'ONU sur les territoires palestiniens occupés, dépeignait le Hamas lors d'un discours prononcé en Sicile le 8 août 2025. Il faut dire que Madame Albanese avait déjà tancé le maire de Reggio Emilia, Marco Massari, lui demandant de ne plus répéter ce genre de propos, parce que ce sale gamin avait osé proférer cette ineptie – jugez plutôt - : « la fin du génocide et la libération des otages sont des conditions nécessaires pour entamer, autant que possible, un processus de paix ».
Relativisme et propos à double sens
Francesca Albanese, c’est aussi celle qui, au sujet des atrocités commises par le Hamas le 7 octobre 2023, estimait qu’il fallait « replacer la violence dans son contexte ». Une invitation qui fut perçue par le Congrès juif européen comme une relativisation de l’attaque la plus meurtrière contre des civils juifs depuis la Shoah, prouvant qu’Albanese ne condamnait pas sans ambiguïté la violence visant des civils.
Ces dernières semaines, Francesca Albanese est même durement critiquée par plusieurs États européens, dont des ministres et responsables ont publiquement réclamé la démission après plusieurs dérapages considérés comme incompatibles avec la position qu’elle occupe. Parmi eux, ce discours prononcé au forum d’Al Jazeera à Doha, le 7 février 2026, au cours duquel elle a déclaré : « nous […] voyons maintenant que nous, en tant qu’humanité, avons un ennemi commun ». Elle précisera ensuite que cet « ennemi commun » n’est pas Israël, mais « le système qui a rendu possible le génocide en Palestine – le capital financier qui le finance, les algorithmes qui le dissimulent et les armes qui le rendent possible ».
Le problème étant évidemment que relier Israël et la finance internationale « dissimulée » ressemble furieusement à un stéréotype antisémite, d’autant qu’elle réserve cette analyse à Israël - alors que la finance internationale est au moins aussi largement à l’œuvre derrière le Hamas et le Hezbollah, sans qu’elle s’en émeuve le moins du monde.
Certains observateurs ont d’ailleurs noté l’incongruité d’un tel discours… tenu aux côtés de Khaled Mechaal, ancien chef du bureau politique du Hamas, et du ministre des affaires étrangères iranien Abbas Araghchi !
Trois universités persistent et signent
Mais tout cela n’empêche pas trois universités flamandes de Belgique (la Vrije Universiteit Brussel (VUB), l'Université d'Anvers et l'Université de Gand) d’avoir choisi de récompenser Madame Albanese par un doctorat honoris causa qui « couronne l'engagement exceptionnel de Francesca Albanese en faveur de la protection des droits de l'homme et du renforcement du droit international. » (…) Son travail apporte une contribution importante au droit international et au débat social sur la responsabilité, la justice et la dignité humaine. ». Et le recteur de la VUB, Jan Danckaert, de renchérir : « nous reconnaissons non seulement l'expertise académique et juridique de Francesca Albanese, mais aussi son courage à défendre constamment le droit international. »
En Belgique, tout le monde n’est pas de cet avis, cependant. Ainsi, dans une lettre ouverte, Joël Kotek et Viviane Teitelbaum ont appelé les trois universités flamandes, qui décernent pour la première fois ensemble une telle récompense, à revenir sur leur décision, soulignant que Francesca Albanese s’était distinguée « par une série de prises de position s’inscrivant, de manière récurrente, dans un répertoire de tropes antisémites » : « En juillet 2014, elle écrivait sur Facebook que « l’Amérique est subjuguée par le lobby juif et les Européens par le sentiment de culpabilité de la Shoah ». En 2015, elle affirmait que la CIA et le Mossad seraient derrière les attentats de Paris contre Charlie Hebdo. Ces affirmations relèvent d’un imaginaire conspirationniste bien identifié : celui de la puissance occulte des Juifs, dont les Protocoles des Sages de Sion, faux fabriqué vers 1903 par la police politique tsariste, constituent l’archétype. Le tout récent dérapage n’est que la confirmation de sa weltanschauung antisémite. »
Quant au Forum des Organisations Juives, il souligne que « Ses comparaisons répétées entre Israël et le nazisme sont perçues comme une banalisation de l’Holocauste et comme antisémites au sens de la définition de l’IHRA (Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste). Le gouvernement américain les qualifie également comme telles. Cela envoie un mauvais signal aux étudiants et ne constitue en aucun cas un exemple d’intégrité ou d’éthique académique ».
Pourtant, jusqu’ici, les trois universités ne paraissent pas avoir l’intention de faire marche arrière. Et à mon humble avis, ce n’est pas en accordant une récompense honorifique à une telle personnalité qu’on fera reculer l’antisémitisme sur les campus universitaires belges. Mais cela préoccupe-t-il encore le moins du monde les autorités académiques ?