Gaza : le chiffre de 75.200 morts du Lancet rattrapé par une controverse scientifique
Présentée comme l’une des estimations indépendantes les plus solides du bilan humain à Gaza, la Gaza Mortality Survey est désormais contestée dans The Lancet Global Health. Deux chercheurs ne nient pas l’ampleur des pertes, mais s’attaquent au cœur de la méthode : la représentativité de l’échantillon.
Publié par Rédaction
Résumé de l'article
La controverse ne remet pas en cause l’ampleur des pertes humaines à Gaza, mais fragilise le statut de référence scientifique de la Gaza Mortality Survey.
Deux chercheurs contestent surtout la représentativité de l’échantillon, donc la solidité de l’extrapolation à toute la population.
Le chiffre de 75.200 morts violentes n’est pas invalidé, mais il ne peut plus être brandi comme une estimation incontestable.
Le débat porte désormais autant sur le bilan humain que sur la manière dont ce bilan a été construit.
Présentée comme l’une des estimations indépendantes les plus solides du bilan humain à Gaza, la Gaza Mortality Survey est désormais contestée dans The Lancet Global Health. Deux chercheurs ne nient pas l’ampleur des pertes, mais s’attaquent au cœur de la méthode : la représentativité de l’échantillon.
Le débat scientifique autour du bilan humain de la guerre à Gaza connaît un nouveau développement. Dans une correspondance publiée dans The Lancet Global Health, le démographe Sergio DellaPergola, professeur émérite à l’Université hébraïque de Jérusalem, et le chercheur indépendant Mark Zlochin remettent en question certains aspects méthodologiques de la Gaza Mortality Survey, une enquête de terrain très citée depuis sa publication.
Cette enquête, conduite par Michael Spagat et plusieurs coauteurs, avait été présentée comme une estimation indépendante de la mortalité à Gaza. Réalisée auprès de 2.000 ménages, elle concluait à environ 75.200 morts violentes entre le 7 octobre 2023 et le 5 janvier 2025, avec un intervalle de confiance compris entre 63.600 et 86.800. Ce chiffre était supérieur au bilan alors rapporté par le ministère de la Santé de Gaza pour la même période. L’étude estimait également que les femmes, les enfants et les personnes âgées représentaient un peu plus de 56% des morts violentes recensées.
La représentativité de l’échantillon en question
La critique formulée par Sergio DellaPergola et Mark Zlochin ne porte pas sur la réalité des pertes humaines à Gaza, mais sur la capacité de l’enquête à produire une estimation représentative de l’ensemble de la population. Pour eux, la solidité d’un bilan extrapolé à l’échelle d’un territoire dépend d’abord de la qualité de l’échantillon et du respect du protocole de collecte.
Les deux chercheurs affirment avoir réanalysé les données rendues publiques par les auteurs de la Gaza Mortality Survey ainsi que les documents méthodologiques associés. Ils disent y avoir repéré plusieurs anomalies, notamment au niveau des équipes d’enquêteurs. Selon leur analyse, certaines équipes auraient produit des résultats très différents des autres, au point de soulever un doute sur l’homogénéité de la collecte.
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