« Impossible sans nouveaux impôts » : Bruno Colmant défie Georges-Louis Bouchez
Invité de Bel RTL, l'économiste Bruno Colmant a vivement critiqué la stratégie budgétaire du gouvernement fédéral et défendu une autre approche de la dette publique. Une sortie qui a provoqué une réaction de Georges-Louis Bouchez, relançant un débat de fond qui oppose les deux hommes depuis plusieurs années.
Publié par Demetrio Scagliola
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Résumé de l'article
- Sur Bel RTL, Bruno Colmant a critiqué la priorité donnée à la réduction du déficit budgétaire et défendu le maintien de l'État social.
- Georges-Louis Bouchez a réaffirmé son attachement à la rigueur budgétaire et à la maîtrise de la dette publique.
- Leur échange renvoie à un débat plus ancien sur LN24 où les deux hommes s'étaient déjà affrontés sur l'endettement de l'État et l'avenir des finances publiques.
La discussion sur l'état des finances publiques belges s'est invitée lundi matin sur les ondes de Bel RTL. Invité de la matinale, l'économiste Bruno Colmant a vivement critiqué l'approche budgétaire actuellement défendue par le gouvernement fédéral et les partis de la majorité. Quelques heures plus tard, le président du MR, Georges-Louis Bouchez, lui a répondu sur les réseaux sociaux, relançant un débat qui oppose les deux hommes depuis plusieurs années sur la dette, les impôts et le rôle de l'État.
Colmant critique « l'obsession » de la réduction du déficit
Bruno Colmant a mis en garde contre ce qu'il considère comme une focalisation excessive sur la réduction de la dette publique et du déficit budgétaire.
L'ancien chef de cabinet de Didier Reynders au ministère des Finances estime que la Belgique ne pourra pas simultanément préserver son modèle social, financer les investissements nécessaires et refuser toute hausse de recettes. « On ne peut pas réduire le déficit budgétaire et maintenir l'État social sans augmenter les impôts », a-t-il notamment affirmé.
Une position cohérente avec les analyses qu'il développe depuis plusieurs années. Bruno Colmant considère que les finances d'un État ne peuvent être gérées comme celles d'un ménage et que l'endettement public doit être jugé avant tout à l'aune de sa soutenabilité.
L'économiste n'hésite d'ailleurs plus à critiquer frontalement la philosophie budgétaire de l'Arizona. « Ce gouvernement fédéral, qui érige la réduction du déficit budgétaire en totem viril, m'attriste immensément car je crois en l'État », déclarait-il récemment. Pour lui, la question fiscale doit également être abordée sous l'angle des services rendus à la collectivité. « On paie des impôts pour recevoir un service collectif », rappelle-t-il régulièrement.
Fidèle à son habitude, Georges-Louis Bouchez a très rapidement réagi à cette interview via un post sur les réseaux sociaux. "Les médias adorent donner la parole à des « experts » sur tous les sujets. Ce qui m’a toujours frappé est que ces experts pouvaient parfois faire de la politique sans jamais devoir rendre des comptes sur leurs propos a posteriori". souligne Bouchez qui rappelle un débat sur LN 24 en 2020 où les deux hommes s'opposaient déjà. "En 2020 où j’expliquais que le déficit de la Belgique mais aussi sa dette étaient de grands problèmes pour nos finances publiques, nos concitoyens et le Pays. Un économiste bien connu des plateaux TV me soutenait l’inverse … Aujourd’hui, il ne me semble pas arrogant d’indiquer que j’avais malheureusement raison", poursuit le présidet du MR. "Il va vous répondre que les taux d’intérêt ont augmenté mais c’était certain qu’ils allaient augmenter un jour. Comme sur les abus sociaux, le nucléaire ou la sécurité, dire des choses que certains ne veulent pas entendre ne permet pas d’être le plus aimé. Ça tombe bien, je n’ai jamais considéré qu’un politique devait être aimé. Il doit mener son action avec rigueur, se basant sur des faits et cherchant l’intérêt général, même si cela déplaît à un grand nombre" conclut Bouchez.
Une opposition ancienne avec Georges-Louis Bouchez
Les propos tenus lundi matin rappellent en effet le débat qui avait déjà opposé Bruno Colmant et Georges-Louis Bouchez sur le plateau de LN24 en 2020.
🎤 Les médias adorent donner la parole à des « experts » sur tous les sujets. Ce qui m’a toujours frappé est que ces experts pouvaient parfois faire de la politique sans jamais devoir rendre des comptes sur leurs propos a posteriori.
— Georges-L BOUCHEZ (@GLBouchez) July 14, 2026
💸 Exemple ici en 2020 où j’expliquais que le… pic.twitter.com/Ydd2mSaE4J
Lors du débat sur LN 24 en 2020, les deux hommes échangeaient déjà sur la dette publique et ses conséquences pour l'avenir du pays. Bruno Colmant défendait alors une vision relativement sereine de l'endettement public. « Est-ce que cet endettement qui se précipite sur l'avenir doit ou pas être remboursé ? Eh bien, aucun pays ne rembourse la dette publique », expliquait-il. Avant de poursuivre : « Je crois qu'en tout cas on ne vit pas une situation d'angoisse pour le moment. »
Pour l'économiste, l'enjeu n'est donc pas de faire disparaître la dette mais de garantir sa soutenabilité et la capacité de l'État à continuer à la financer dans le temps.
Bouchez : « La dette aujourd'hui, ce sont les impôts de demain »
Une analyse que Georges-Louis Bouchez avait immédiatement contestée et qu'il continue de combattre aujourd'hui. « La dette aujourd'hui, ce sont les impôts de demain. »
Selon lui, les théories qui minimisent les risques liés à l'endettement public ignorent la possibilité de crises soudaines. « J'ai le sentiment que c'est un petit peu un raisonnement à la grecque. Les Grecs aussi se sont dit qu'ils pouvaient s'endetter indéfiniment et qu'il n'y aurait jamais de problème. Sauf qu'un jour, il y a une catastrophe. »
Georges-Louis Bouchez insistait également sur les limites des prévisions économiques.
« Les prédictions des économistes, c'est comme les prédictions des juristes : ça marche toujours sauf quand il y a un imprévu. »
Évoquant la crise financière de 2008 et la crise de la dette qui a suivi en Europe, il ajoutait :
« Personne n'avait prévu 2008, personne n'avait prévu les conséquences de 2010. » Pour le président du MR, la prudence budgétaire reste donc une nécessité. « Je préfère faire partie de ceux qui ont cette rigueur parce qu'il y a un principe de base qui est sain en économie : on ne doit pas dépenser plus que ce qu'on reçoit. »
D'un ancien libéral à un critique de l'orthodoxie budgétaire
L'opposition entre les deux hommes est d'autant plus singulière qu'ils partagent une partie de leur histoire politique. Bruno Colmant a longtemps été associé à la famille libérale. Ancien chef de cabinet de Didier Reynders, il a accompagné plusieurs réformes importantes et occupé de nombreuses fonctions dans le monde financier et académique.
Mais au fil des années, ses prises de position ont progressivement évolué vers une vision plus interventionniste de l'économie, davantage centrée sur le rôle de l'État, les investissements publics et la protection du modèle social.
À l'inverse, Georges-Louis Bouchez a fait de la maîtrise des dépenses publiques l'un des marqueurs centraux de son action politique. Depuis plusieurs mois, il répète que la Belgique souffre davantage d'un problème de dépenses que d'un problème de recettes et qu'un assainissement budgétaire est indispensable pour éviter de faire peser sur les générations futures le poids des déficits actuels.
Cette évolution idéologique de Bruno Colmant nourrit régulièrement les spéculations sur un éventuel engagement politique.
L'économiste n'a jamais exclu de franchir un jour le pas, tout en précisant qu'il ne se voyait pas rejoindre une formation actuellement au pouvoir. Son nom revient régulièrement dans les discussions lorsqu'il est question du PS ou de DéFI, deux formations avec lesquelles certaines de ses analyses économiques présentent aujourd'hui davantage de convergences.