Iran, ultimatum américain, détroit d'Ormuz : Raphaël Jerusalmy redoute un point de non-retour
Pour l’écrivain et analyste israélien Raphaël Jerusalmy, ancien officier du renseignement militaire israélien, la séquence actuelle autour de l’Iran pourrait marquer un basculement majeur. Frappes sur les infrastructures, risque d’escalade régionale, vulnérabilité énergétique de l’Europe, capacité de défense d’Israël : il décrit une confrontation appelée, selon lui, à changer de nature dès lors que l'ultimatum de Donald Trump expire cette nuit à 0 heures GMT. Des frappes pourraient déjà commencer ce mardi soir, selon cet expert.
Publié par Nicolas de Pape
• Mis à jour le
Résumé de l'article
-Raphaël Jerusalmy estime que l’ultimatum lancé à l’Iran pourrait déboucher sur une escalade militaire sans précédent et sur un véritable point de non-retour.
-Selon lui, les frappes viseraient désormais l’économie et les infrastructures du régime, avec une riposte iranienne annoncée comme très violente.
-Il juge qu’Israël dispose encore de solides capacités de défense, mais veut accélérer sa production de missiles pour dépendre moins des Etats-Unis.
-Très sévère envers l’Europe, il considère que sa passivité face au détroit d’Ormuz et au chantage énergétique est à la fois dangereuse et irresponsable.
21News : Il y a cet ultimatum de Trump... Est-ce qu'il bluffe une nouvelle fois? Les choses s'accélèrent... Qu’est-ce que vous en pensez ? Est-ce qu’on est vraiment à un tournant ?
Raphaël Jerusalmy : Cette nuit (de mardi à mercredi, NDLR), nous allons savoir si nous sommes effectivement à un tournant. Si c’est le cas, nous entrerons dans une escalade sans précédent. D’un côté, la frappe américaine, si elle a lieu, sera extrêmement massive. Cette fois, elle visera des infrastructures non militaires afin d’affaiblir le régime sur le plan économique. Elle sera probablement accompagnée de frappes israéliennes, car les Israéliens ont fourni au Pentagone une liste de cibles qu’ils recommandent de frapper, liées à l’énergie et à l’économie.
On a déjà frappé aujourd’hui des ponts, des voies ferrées, donc tout ce qui touche aux communications ferroviaires et routières. C’est déjà une escalade, dans la mesure où les Iraniens ne resteront pas sans réponse. Ils tireront tout ce qu’ils pourront. Ce sera peut-être chaotique, mais ce sera aussi très violent.
Je note d’ailleurs que, depuis le début de cette offensive, on a cru à chaque fois que Trump n’aurait pas le cran de passer à l’acte. D’abord, on a pensé qu’il n’oserait pas commencer. Ensuite, qu’il n’irait pas jusqu’au bout de ce qu’il a déjà bombardé, ni jusqu’aux éliminations ciblées qui ont eu lieu. Or, aujourd’hui, les Américains ont bombardé militairement l’île de Kharg, qui est l’île pétrolifère essentielle à l’économie iranienne. Là aussi, on s’était dit : il ne le fera pas. Et il l’a fait.
Alors, avons-nous affaire à un ultimatum de bluff ? Ou à un zigzag tactique ? Trump peut aussi repousser l’échéance et dire : je vous donne encore vingt-quatre heures. C’est très difficile à dire. Mais, dans tous les cas, les frappes ont déjà commencé.
Une riposte iranienne annoncée comme "très violente"
21News : Les Iraniens disent qu’ils vont détruire un câble internet dans le détroit d’Ormuz. Un cable qui alimente le Moyen-Orient. Est-ce que c’est aussi du bluff ?
Raphaël Jerusalmy : Non, pas nécessairement. S’ils en ont la possibilité technique, je l’ignore. Ce n’est pas aussi simple qu’on le croit. On a vu que les Russes, sous Poutine, ont touché des câbles en mer du Nord, mais cela suppose un matériel spécialisé et puissant. Donc, est-ce un bluff ? Je ne peux pas l’affirmer.
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