« Je suis mondialement connu, vous êtes un sale connard » : Jérôme Guedj subit les raffinements de l'intellectuel Didier Eribon
Le député socialiste Jérôme Guedj accuse le sociologue Didier Eribon de l'avoir copieusement insulté dans une rue parisienne. Doigts d'honneur, invectives et insulte de « sale sioniste » : l'élu publie un récit accompagné d'une vidéo. Une scène où le prestige universitaire n'aura guère suffi à garantir l'élégance des manières.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Jérôme Guedj accuse Didier Eribon de l'avoir insulté dans la rue. Notoriété, Annie Ernaux et « sale sioniste » : récit d'une altercation publique.
On peut avoir consacré sa vie à l'étude des rapports sociaux sans avoir acquis pour autant les rudiments de la civilité. Le sociologue Didier Eribon, auteur de Retour à Reims et figure de la gauche intellectuelle française, en offre, si l'on en croit le récit publié par Jérôme Guedj, une illustration particulièrement embarrassante.
Dans une longue publication sur X, accompagnée d'une vidéo, le député socialiste de l'Essonne raconte avoir été violemment pris à partie par l'universitaire sur un trottoir parisien. Insultes, doigts d'honneur, proclamations de célébrité : l'épisode aurait rapidement quitté le terrain de la controverse politique pour celui de l'invective. Avec, pour couronnement, l'évocation d'un « sale sioniste ».
« Doigts d’honneur, dégage connard, dégage sale sioniste : quand Didier Eribon m’exprime sa haine »
— Jérôme Guedj (@JeromeGuedj) October 19, 2026
« Mais c’est Eribon !! »L’incrédulité de mon ami résonne encore. Il vient de reconnaître l’homme qui quelques secondes auparavant m’a aboyé dessus à coup de « Dégage, connard ! »… pic.twitter.com/FNdOleddQs
« Je suis mondialement connu » : la célébrité comme dernier argument
Jérôme Guedj explique qu'il discutait avec son épouse et un ami lorsqu'un passant s'est mis à l'invectiver. « Dégage, connard ! », lui aurait lancé l'homme, en multipliant les doigts d'honneur.
Son ami reconnaît alors Didier Eribon. Le député décide de remonter sur son vélo, de le rattraper et de lui demander des comptes. « Monsieur Eribon, est-ce ainsi que vous traitez vos désaccords ? En insultant les gens dans la rue et en leur faisant des doigts d'honneur avec la plus crasse des vulgarités ? », raconte-t-il lui avoir demandé.
La réponse attribuée au sociologue mérite une place particulière dans les annales de la vanité universitaire : « Oui, je suis Didier Eribon, je suis mondialement connu et vous êtes un sale connard. »
Il est des réputations qui dispensent leurs détenteurs de se présenter. D'autres, apparemment, doivent être annoncées par leur propriétaire, de préférence entre deux injures.
La célébrité, invoquée pour répondre à un reproche de grossièreté, présente ici une vertu singulière : elle ne réfute rien, mais renseigne abondamment sur celui qui s'en réclame.
Annie Ernaux, ou le carnet d'adresses en guise de répartie
Pourquoi une telle hostilité ? Selon Jérôme Guedj, Didier Eribon lui reproche ses prises de position contre La France insoumise et Jean-Luc Mélenchon.
« Vous avez insulté les Insoumis, vous avez traité Jean-Luc Mélenchon de salopard antisémite », lui aurait-il lancé.
Le député socialiste, ancien proche de Mélenchon, s'est en effet éloigné du mouvement insoumis, notamment en raison de ses désaccords sur l'antisémitisme.
Voilà qui aurait pu nourrir une controverse politique sérieuse. Mais, dans le récit de Guedj, la discussion prend une direction autrement mondaine.
Lorsque le député reproche à son interlocuteur la violence de son attitude, celui-ci aurait répondu : « Mais ma vie est formidable ! Ce soir, je dîne avec mon amie Annie Ernaux, prix Nobel de littérature. »
On cherchera vainement le rapport entre les accusations d'antisémitisme, les désaccords au sein de la gauche et le menu du dîner de Mme Ernaux. Il faut croire que, faute de convaincre son interlocuteur, on peut toujours tenter de l'impressionner par ses invitations.
La scène serait simplement ridicule si elle ne révélait pas, dans les propos rapportés, une contradiction plus profonde. Didier Eribon a consacré une partie de son œuvre aux mécanismes de domination et aux hiérarchies sociales. Le voici qui, selon Guedj, oppose à un contradicteur sa renommée internationale et la distinction de ses fréquentations.
Le sociologue des rapports de classe aurait ainsi trouvé, au moment de se défendre, une ressource fort ancienne : rappeler qu'il appartient au beau monde.
Jérôme Guedj résume cet épisode d'une formule : « L'arrogance de l'entre-soi germanopratin convoquée pour justifier une attitude de voyou. »
« J'aurais pu vous dire : dégage, sale sioniste ! »
Le récit cesse toutefois de prêter à sourire lorsque Jérôme Guedj rapporte les mots suivants : « J'aurais pu vous dire aussi, et je pourrais vous dire : dégage, sale sioniste ! »
La précision importe : selon le député, Didier Eribon aurait formulé cette injure comme une possibilité, et non directement sous la forme d'une apostrophe. Mais le choix même de l'expression, dans le contexte d'une altercation personnelle, est lourd de sens.
Pour Jérôme Guedj, il ne fait aucun doute que cette formule renvoie à son identité juive. « Didier Eribon ne m'a pas dit “sale juif”, mais tout mon être l'a entendu dans ses mots et sa gestuelle », écrit-il.
Le député y voit une manifestation de cet antisémitisme qui, selon lui, emprunte désormais le vocabulaire de l'antisionisme pour se rendre socialement présentable.
Il s'agit de son interprétation des paroles rapportées, et elle doit être distinguée d'une qualification judiciaire. Mais elle pose une question précise : pourquoi faire surgir, au milieu d'un différend sur Jean-Luc Mélenchon, une expression aussi chargée d'hostilité ?
Un universitaire rompu à l'analyse du langage ne saurait, en tout cas, ignorer que les mots possèdent un sens, une histoire et des effets qui dépassent parfois les intentions que leur prête celui qui les prononce.
L'intelligence des livres et les manières du trottoir
Didier Eribon n'est pas un inconnu de la vie intellectuelle française. Sociologue et philosophe, auteur notamment de Retour à Reims, il s'est imposé par ses travaux sur les identités, les mécanismes d'exclusion et les rapports de domination.
Ce parcours rend d'autant plus remarquable la scène décrite par Jérôme Guedj.
Un désaccord politique pouvait donner lieu à une discussion, à une réfutation argumentée, voire à une polémique vigoureuse. Dans le témoignage du député, il aurait débouché sur des doigts d'honneur, des insultes et une invocation presque cérémonielle des relations prestigieuses de l'universitaire.
La culture ne garantit pas la courtoisie ; elle rend seulement son absence plus difficile à excuser.
Guedj explique avoir hésité pendant le week-end avant de publier son récit. Le pays, écrit-il, est déjà suffisamment fracturé. Il a finalement décidé de rendre l'incident public afin de ne pas laisser passer ce qu'il considère comme une manifestation de haine.
La vidéo accompagnant sa publication apporte un élément documentaire à son témoignage, même si l'intégralité de la rencontre et les paroles citées ici n'ont pas toutes pu être vérifiées indépendamment.
Au-delà de cette altercation, une interrogation demeure sur la place de la civilité dans la confrontation intellectuelle. On peut contester avec vigueur les positions de Jérôme Guedj, critiquer ses jugements sur La France insoumise ou défendre Jean-Luc Mélenchon. Rien de cela ne nécessite de recourir à l'injure.
Et si les paroles rapportées sont confirmées dans leur intégralité, Didier Eribon aura livré une démonstration assez peu flatteuse : celle d'un homme capable d'analyser savamment les mécanismes du mépris sans toujours parvenir à s'en préserver lui-même.
Il avait, paraît-il, un dîner avec un prix Nobel de littérature. On aurait préféré qu'il eût d'abord trouvé quelques mots dignes d'un homme de lettres.